Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Actualité Expo : Russie viking, vers une autre Normandie ?

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Expo : Russie viking, vers une autre Normandie ?

vikings1Quand on évoque la date de 911 pour l’histoire des Vikings, c’est le traité de Saint-Clair-sur-Epte, signifiant la naissance de la Normandie, qui vient naturellement à l’esprit. Pourtant, la même année et à l’autre bout de l’Europe, des Vikings signaient un traité tout aussi important pour leur histoire, cette fois à Constantinople, avec l’empereur byzantin. C’est de ce fait méconnu que part l’exposition Russie viking, vers une autre Normandie ?, proposée par le Musée de Normandie dans le cadre des 1100 ans de la région.

 

 

L’Appel aux Varègues

L’histoire des Vikings de l’Est se déroule parallèlement à celle des Vikings d’Occident, dont certains iront s’installer en Normandie en 911. Ce que nous apprend, entre autres, l’exposition Russie viking, vers une autre Normandie ? est que les Scandinaves sont tout simplement à l’origine du premier Etat russe ! A la différence de l’Occident, ceux qu’on appelle les Varègues (essentiellement des Suédois) ne rencontrent pas dans leur expansion vers le Sud des Etats organisés comme pouvait l’être, même fragile, l’Empire franc. Ces Vikings connaissent l’existence de routes marchandes (souvent fluviales) traversant ces contrées et menant au riche Empire byzantin. Ils décident donc de construire des comptoirs au Nord de la Russie pour capter ce flux commercial. Les populations locales sont principalement des Slaves, des Baltes et des Finnois et, dès le VIIIe siècle, les Varègues s’imposent, souvent sur demande de ces populations, comme une élite organisée dont on loue les compétences guerrières, à l’image de ce que l’on voit en Occident, ou plus tard en Méditerranée.

C’est ce qu’on appelle dans la tradition russe « l‘Appel aux Varègues », également nommés par les indigènes, les Rus. L’exemple décisif intervient en 862 quand des tribus slaves et finnoises de la région de Novgorod appellent le Varègue Hroererkr, ou Riourik, pour qu’il mette un terme aux dissensions entre elles, et prennent leur tête en tant que chef. Est ainsi fondée la première dynastie russe, qui règnera jusqu’au XVIe siècle. Le territoire s’étend quand le fils de Riourik, Oleg, prend Kiev en 882. Après un raid contre Constantinople en 907, il finit par signer un traité avec l’empereur byzantin en 911, qui lui ouvre les portes de la mer Noire et de la Méditerranée.

De Novgorod et Kiev à Moscou

L’histoire des Varègues et des Slaves commencent alors à se confondre, ce qui est d’ailleurs cause de nombreux débats historiographiques, en particulier durant l’époque soviétique (nous y reviendrons)…Le premier prince Rus (russe) à porter un nom slave est Sviatoslav, qui règne sur le Rus de Kiev de 964 à 972, alors que son fils, Vladimir le Soleil Rouge, règne à Novgorod avant de lui succéder. Celui qu’on surnomme également Vladimir le Saint est un souverain décisif dans l’histoire de la Russie puisque non seulement il étend le territoire russe au détriment des Bulgares, des Baltes ou des Khazars, mais en plus il se convertit au christianisme byzantin, en 988. C’est à cette occasion que Vladimir offre à l’empereur Basile II la fameuse garde varègue (ou varangienne), qui défendra Constantinople contre les Croisés en 1204.Numriser0003b

Le lien avec la Scandinavie et les Vikings est cependant de moins en moins net. Les souverains russes règnent sur des principautés sous domination des deux grands pôles, Kiev et Novgorod. Seule cette dernière garde encore des liens avec les Scandinaves, mais qui sont presqu’anecdotiques. Ainsi, le fils de Vladimir Monomaque, Mtislav, se fait appeler Harald à Novgorod en l’hommage de son grand-père Harold Godwinson, tué par un certain Guillaume le Conquérant à Hastings en 1066…Les princes de Novgorod doivent même repousser des attaques de Suédois au XIIe siècle, et surtout celles des Chevaliers Teutoniques sous le règne d’Alexandre Nevski (prince de Novgorod de 1236 à 1252).

C’est toutefois Kiev qui est la première puissance russe entre la deuxième moitié du IXe siècle et le début du XIIe, et elle prend une dimension européenne, devenant un foyer artistique et une plaque tournante commerciale. Kiev est surnommée « la ville aux cent bulbes », et c’est là que Iaroslav le Sage unifie le droit russe. Le XIIe siècle annonce le début des difficultés, d’abord par des querelles de succession, puis avec l’arrivée des peuples d’Asie, en premier lieu les Mongols qui isolent la Russie du reste de l’Europe à partir des années 1240.

Parallèlement, les cités du Nord connaissent un essor. Novgorod est devenue indépendante, et Alexandre Nevski peut se permettre de négocier avec les Mongols pour contrer la menace teutonique. La ville supplante Kiev comme centre culturel et commercial. Elle doit cependant faire face à la montée en puissance de princes installés à Moscou (mentionnée dans les sources à partir de 1147) à la faveur du déclin de Kiev. La ville de Moscou qui devient en 1328 le siège métropolitain de l’Eglise russe, mais qui ne supplante définitivement Novgorod qu’à la fin du XVe siècle, sous Ivan III, dit le Grand (1462-1505) qui unifie les Russies et chasse les Mongols.

L’exposition Russie viking, vers une autre Normandie ?

Ce détour historique était nécessaire pour comprendre l’esprit de l’exposition proposée au Musée de Normandie. Les origines varègues des princes russes, singulièrement ceux de Novgorod, ont provoqué d’intenses débats historiographiques en Russie, en particulier durant la période impériale, puis soviétique (faisant des origines slaves une obligation patriotique). En effet, en insistant sur son appartenance à la « nation varègue », Novgorod contestait la domination moscovite et revendiquait une forme d’autonomie, et ce dès la fin du Moyen Âge. Le lien est toutefois incontestable, tous les grands princes russes descendant plus ou moins directement de Riourik jusqu’à la prise du pouvoir par Boris Godounov en 1598.jouet

Se basant sur des fouilles récentes et présentant plus de cinq cents pièces archéologiques inédites en France, l’exposition Russie viking, vers une autre Normandie ? commence donc avec les origines vikings de la Russie, et les traces de l’installation des Varègues au VIIIe siècle, puis montre la construction d’une nouvelle culture et entité politique, les Rus (ou Rous, ou Russes). Sont ainsi exposées les armes, les vêtements (très bien conservés), les outils et les objets courants des Russes du Moyen Âge. On peut également découvrir des traces d’écriture et comprendre la transition entre le paganisme et le christianisme par le biais d’une riche collection d’amulettes et autres objets religieux, des marteaux de Thor ou des dragons jusqu’aux croix chrétiennes. Des panneaux clairs et des vidéos expliquent parallèlement la construction des premiers Etats russes, autour de Kiev et Novgorod.

De petite taille, l’exposition Russie viking, vers une autre Normandie ? est néanmoins très complète et, surtout, propose un point de vue original sur un pan très méconnu de l’histoire des Vikings. Le parallèle entre la fondation de la Normandie et du premier Etat russe est pertinent à plus d’un titre, même si certes un peu rapide. Quoiqu’il en soit, le destin des Varègues, après celui des Vikings de Normandie, et avant celui des Normands de Méditerranée, montre que les peuples scandinaves méritent à être plus connus du grand public que les images d’Epinal habituelles, et qu’ils comptent d’un poids considérable dans l’histoire de l’Europe, et au-delà…

- Exposition Russie viking, vers une autre Normandie ?, jusqu’au 31 octobre 2011 (derniers jours !). Renseignements sur le site de l'expo.

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire