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Expo : Gaston Fébus, Prince Soleil (musée de Cluny)

fbusPrince atypique de la Guerre de Cent ans, à cheval entre France et Angleterre, Gaston Fébus (1331-1391) était guerrier, politique et mécène, auteur d’un célèbre Livre de Chasse, et surtout déterminé à mettre en scène sa propre magnificence. Le musée de Cluny – musée national du Moyen Âge (Paris), lui consacre une exposition, l’occasion de (re)découvrir une personnalité complexe et finalement méconnue, ainsi qu’une période, à la fois trouble et riche de l’histoire de France.recommande


 

 

Gaston Fébus et la Guerre de Cent ans

L’un des intérêts du Prince Soleil est le contexte dans lequel il vit et surtout agit. En effet, par ses possessions, il se situe au cœur des conflits de l’époque, et pas seulement de la Guerre de Cent ans. Comte de Foix et vicomte de Béarn, Gaston Fébus est à la frontière du royaume de France, de l’Angleterre (par l’Aquitaine), ainsi que de la Navarre (et par ce biais la Castille) et de l’Aragon ! Contrairement à son père Gaston II, qui avait choisi de soutenir Philippe VI de Valois, le Prince Soleil ne cesse de naviguer entre chacun des camps, n’inspirant guère confiance aux rois de France successifs, alors qu’il laisse le Prince Noir traverser ses terres ou choisit de se marier –avant certes de la répudier sans ménagement- avec Agnès, la soeur de Charles de Navarre, dit le Mauvais. Comme ce dernier, Gaston Fébus est un rival acharné de la maison d’Armagnac, alliée des rois de France. Il faut attendre le règne de Charles VI, et même la dernière année de la vie du comte de Foix pour que ce dernier soit reconnu comme il estime devoir l’être, et que le roi de France lui rende visite sur ses terres. C’est d’ailleurs à Charles VI qu’il lègue sa principauté à sa mort.

Sa position stratégique permet donc à Gaston Fébus de rester relativement neutre, et de ne pas trop souffrir de la guerre et des chevauchées anglaises, même s’il participe un temps au conflit dans les années 1340, du côté français. En politique avisé et sans scrupules, il fait payer cher cette neutralité, et agit de même dans le conflit entre Pierre le Cruel et Henri de Transtamare, en monnayant le passage des Grandes Compagnies de Du Guesclin, en route pour la Castille. Cela lui permet de financer son projet : construire sa propre légende de son vivant.

Un prince du XIVe siècle

A une époque où les Grands pèsent de tout leur poids sur un roi affaibli par les conflits, Gaston Fébus se présente à la fois comme un prince type du XIVe siècle, et comme une personnalité originale et imprévisible, avec une réputation ambiguë qu’il sait très bien entretenir.

Né en 1331, fils de Gaston II, auquel il succède en 1343 comme comte de Foix, Gaston Fébus est d’abord un prince de guerre. Il combat dans un premier temps les Anglais, mais s’illustre surtout par sa participation aux croisades des Chevaliers teutoniques en Prusse, en 1356. La guerre, il la fait contre ses rivaux, notamment le comte d’Armagnac, qu’il défait à la bataille de Launac en 1362, et ne libère que contre forte rançon. Après la répudiation d’Agnès de Navarre, il doit lutter contre le frère de celle-ci, Charles le Mauvais. Un temps, il affronte même le duc Jean de Berry, avec lequel il est en rivalité pour les faveurs du roi Charles VI…

Gaston Fébus est bien sûr un prince territorial. Ses domaines sont scindés en deux gros blocs, le comté de Foix et la vicomté de Béarn, ce qui fait qu’il est censé prêter hommage au roi de France pour l’un, et au roi d’Angleterre pour l’autre. Il passe sa vie à tirer profit de cette situation au départ difficile, et à réformer l’économie de ses territoires, tout en accumulant les richesses par divers procédés parfois douteux. Le fait qu’il frappe monnaie montre bien qu’il n’est pas un prince mineur.etatspyrnens

Fébus est enfin un prince des arts, au même titre que les autres Grands du moment, tels les ducs de Berry et de Bourgogne. Il entretient une cour fastueuse, et travaille à sa légende de son vivant, se voulant lui-même poète et lettré, comme le montre son Livre de la Chasse, ainsi que prince bâtisseur avec la construction de places fortes à Pau ou Orthez. C’est dans cette logique de célébration de sa magnificence qu’il décide de se faire appeler « Fébus », en référence au Soleil et à Apollon.

Cela ne l’empêche pas d’avoir un côté sombre, qui va bien au-delà de ses intrigues politiques. Cruel et avare, il tombe dans la paranoïa et accuse son fils de complot contre lui à l’instigation de Charles le Mauvais. Il le tue lui-même dans un accès de colère, et se retrouve sans héritier légitime. Quand il meurt subitement en 1391, après une chasse à l’ours, ses possessions vont dans les mains de Mathieu de Castelbon, d’une branche cadette des Foix-Béarn, et sous l’autorité de Charles VI, comme semble l’avoir souhaité Gaston lors de la visite du roi. Fébus avait tout de même tenté de placer son fils bâtard, Yvain, à la cour de France, mais il meurt brûlé au fameux Bal des Ardents en 1393…

L’exposition Gaston Fébus, Prince Soleil (musée de Cluny)

L’exposition débute par une mise en contexte qui montre bien la position stratégique de Gaston Fébus dans les conflits de l’époque, et son rôle actif (Un prince dans la tourmente de la guerre). Il est ainsi assez excitant de découvrir une lettre du Prince Noir au comte de Foix, ou la promesse de ce dernier à Jean III d’Armagnac de respecter la paix conclue. Cette lettre est signée de la main même de Gaston, qui écrit « Fébus » plutôt que d’utiliser un sceau. C’est l’une des premières signatures de ce type qui nous soit parvenue. D’autres œuvres, pas toutes contemporaines au comte mais liées indirectement à lui (c’est le cas dans toute l’exposition), sont intéressantes à plus d’un titre, comme le traité d’alliance entre Pierre IV d’Aragon et Charles V, ou des documents des Chevaliers teutoniques.

La seconde partie, Images du Prince Soleil, ne porte pas très bien son nom à première vue, surtout parce qu’il n’existe pas de portrait de Fébus de son vivant (les portraits fidèles sont encore rares à l’époque). Les représentations que nous découvrons sont donc postérieures, issues notamment des chroniques de Froissart, mais également bien plus tardives, comme des gravures de Gustave Doré. C’est dans cette partie que l’on découvre aussi les constructions (ou ce qu’il en reste) du Prince Soleil, comme la tour du château Moncade, dernier vestige encore debout, à Orthez.

 

La cour d’Orthez est justement le thème de la section suivante. Vu comme un « chevalier idéal » par Jean Froissart, le comte de Foix accueillait les grands princes de l’époque, tels Jean de Berry et le Prince Noir, ainsi que le roi Charles VI. Pour nous replonger dans l’ambiance de cette cour, l’exposition propose des œuvres contemporaines (ou à peine postérieures) de Gaston, mais pas issues directement de son trésor, originaires d’Angleterre ou d’Italie, comme des lampas, ainsi que des pièces des Trésors de Gaillon et de l’Ariège (de la vaisselle par exemple).

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La dernière partie de l’exposition, La passion des animaux, se concentre sur le Prince lettré et son œuvre majeure, Le Livre de la chasse. Là encore, la majorité des œuvres ne sont pas contemporaines de Gaston Fébus, ou seulement indirectement liées à lui, mais elles n’en sont pas moins remarquables. On y apprend que le comte s’est inspiré pour son ouvrage autant de la tradition de l’Europe du Sud (la Palerme de Frédéric II Hohenstaufen par exemple), que de l’Europe du Nord (le Livre du roy Modus et de la royne Ratio, d’Henri de Ferrières). Peut-être même de l’art arabe puisqu’on pense qu’il possédait un traité arabe de chirurgie traduit en occitan. Quoiqu’il en soit, ce prince bibliophile a surtout inspiré ses successeurs avec ce Livre de la Chasse, comme le montrent toutes les copies exposées, et notamment la pièce majeure de l’exposition, un exemplaire commandé en 1387 par Philippe le Hardi pour Louis de Guyenne, et illustré en 1407 sous la direction du maître de Bedford. L’une des très bonnes idées de l’exposition est d’ailleurs de projeter sur le mur les enluminures de l’ouvrage, permettant d’en admirer les détails, la grande richesse et la beauté.

 

L’épilogue revient sur la mort de Gaston Fébus, avec une dernière pièce remarquable, le traité par lequel le comte lègue sa principauté au roi Charles VI. L’heure de faire un bilan tout relatif d’un prince qui a réussi à fabriquer sa légende, mais dont le caractère et les excès, parmi lesquels l’assassinat de son propre fils, atténuent un peu l’aura « chevaleresque » que voyaient en lui des chroniqueurs comme Froissart.

L’avis d’Histoire pour tous

Si l’exposition est certes courte (deux salles), avec des pièces qui pour beaucoup ne sont pas directement liées au Prince Soleil, on la recommande sans hésitation. D’abord parce que certaines œuvres sont magnifiques (les enluminures), d’autres émouvantes (les traités et les lettres signés par des princes et des souverains incontournables de l’époque). Puis, parce que l’exposition peut servir d’introduction, non seulement à la (re)découverte d’un prince atypique, mais également d’une période passionnante de l’histoire de France. On peut de plus prolonger la visite par le reste du musée de Cluny, notamment en suivant le parcours intitulé Art et nature au Moyen Âge, qui fait le lien entre Gaston Fébus et les collections du musée.

 

- Gaston Fébus (1331-1391), Prince Soleil, au musée de Cluny – musée national du Moyen Âge (Paris), jusqu’au 5 mars 2012. Renseignements sur le site du musée. L’exposition se prolonge à Pau à partir du 17 mars et jusqu’au 17 juin 2012.

A lire :

- Gaston Fébus (1331-1391), Prince Soleil (collectif), catalogue de l’exposition, RMN/BNF, 2011, 176 p.

- C. Pailhès, Gaston Fébus : le Prince et le diable, Perrin, 2007.

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