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Expo : Larmes d’albâtre, les pleurants du tombeau de Jean sans Peur

À l’occasion des travaux de rénovation du musée des beaux-arts de Dijon, le musée de Cluny présente jusqu’au 3 juin 2013, les pleurants du tombeau de Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Ce sont ainsi 39 figures en albâtre formant un cortège et comptant parmi les chefs-d’œuvre de la sculpture bourguignonne du XVe siècle qui sont exposées à travers une nouvelle et envoutante scénographie rendant parfaitement l’émotion et la beauté de chacune des statuettes.

 

Une scénographie originale pour une petite mais exceptionnelle exposition

pleurants_jean_sans_peur2Dans la première salle du musée de Cluny, le visiteur se retrouve confronté à un sobre mais envoutant cortège funéraire : 39 statuettes d’albâtre d’une quarantaine de centimètres, originellement circulant sous une galerie rappelant un cloître tout le long du tombeau du duc de Bourgogne, Jean sans Peur. Ce dernier avait beaucoup d’admiration pour le tombeau de son père, Philippe le Hardi, réalisé par Jean de Marville et son collaborateur et successeur, Claus Sluter. Suivant la volonté de Jean sans Peur, son fils, le nouveau duc Philippe le Bon commanda aux environs de 1435 une réplique du tombeau de Philippe le Hardi, confiant l’ouverture du chantier en 1443 au sculpteur espagnol Jean de La Huerta que parachèvera Antoine Le Moiturier en 1470. Plus d’un quart de siècle fut ainsi nécessaire pour terminer le tombeau de Jean sans Peur, dont le cortège des pleurants ne constitue que la plus célèbre partie du dispositif général et que cette exposition présente avec brio et intelligence.

En effet, son intérêt premier est de permettre d’affranchir les pleurants de leur cadre architectural d’origine, le tombeau du duc. Le public peut dès lors les admirer sous un nouveau jour, quasiment en tête à tête. Le musée de Cluny a opté pour une scénographie originale en les disposant sur une rampe, évoquant le véritable cheminement d’un cortège funéraire et exprimant avec force l’émotion du deuil éternel. Cette présentation donne ainsi à la fois une vision d’ensemble du cortège de pleurants et une vision individuelle pour chacune des statuettes dont nous apprécions de pouvoir admirer le soin donné au rendu des détails de costume et d’accessoires, la variété des attitudes et leur expressivité apportant un caractère très vivant.

Le motif des pleurants dans l’art funéraire

pleurants_jean_sans_peurLe motif des pleurants sur les tombeaux des ducs de Bourgogne Philippe le Hardi et Jean sans Peur est loin d’être nouveau, le motif des suites de personnages sous des arcatures remontant aux sarcophages antiques. Mais c’est avant tout à partir des XIe et XIIe siècles qu’il se développe avec l’affirmation des monuments funéraires placés hors-sol à l’intérieur d’une église pour honorer et perpétuer le souvenir. Le motif propre du cortège funéraire dans toutes ses composantes comme le présente l’exposition proviendrait de l’entourage de saint Louis au milieu du XIIIe siècle. En effet, les premiers tombeaux conservés de ce type sont ceux du frère du roi, Philippe-Dagobert et de son fils aîné, Louis. Le motif des pleurants connut ensuite un fort développement du XIVe jusqu’à XVIe siècle auprès des grands, qu’il s’agisse de la haute noblesse ou du haut clergé et que cela soit dans la pierre, le marbre ou ici dans l’albâtre.

Pour expliquer ce développement, il convient de se rapporter au cérémonial des obsèques des souverains et des princes de la fin du Moyen Âge. Il s’agit de cérémonies pouvant durer plusieurs jours voire des mois comme dans le cas de Jean sans Peur, comportant des cortèges et des célébrations liturgiques et se terminant parfois par un banquet funèbre. Le motif des pleurants renvoie ainsi directement au déroulement des cérémonies des funérailles où dans le cas des ducs de Bourgogne des manteaux et des chaperons noirs étaient distribués à l’ensemble des laïcs y participant, les différences sociales marquées par la tenue s’effaçant alors avec le noir du deuil, maîtres et serviteurs étant égaux face à l’universalité de l’expérience de la mort. Les pleurants du duc où ne se distinguent que les membres du clergé séculier et régulier se font ainsi le reflet de cette pratique.

 

coup-de-coeurL’exposition Larmes d’albâtre est un véritable coup de cœur et vient conclure en beauté la tournée internationale des pleurants du tombeau de Jean sans Peur, passés par les États Unis, Bruges et Berlin. Première et sans doute dernière fois qu’elles quittent le gisant du duc de Bourgogne du musée des beaux-arts de Dijon, ces statuettes forment un patrimoine complet et unique le rendant incontournable parmi les sculptures funéraires du XVe siècle de l’Occident médiéval.

Larmes d’albâtre. Les pleurants du tombeau de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, jusqu’au 3 juin 2013 au musée de Cluny.

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