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Expo : Histoires d'armes (château de Blois)

La guerre est un sujet très populaire chez les passionnés d'histoire, mais également un thème polémique. Cela tombe bien, ce sera celui des prochains Rendez-vous de l'Histoire, à Blois (10-13 octobre 2013). A cette occasion, le château royal de Blois et le Musée de l'Armée proposent une exposition sur les armes : « Histoires d'armes, de l'âge de bronze à l'ère atomique ». L'angle choisi est à la fois classique et original, mais surtout passionnant.

 

L'arme, entre fétichisme et répulsion

Il faut avant tout préciser que l'exposition se concentre sur l'utilisation de l'arme en Europe, et plus spécifiquement les armes des fantassins, même si d'autres thèmes sont abordés.HISTOIRES DARMD.LEPISSIER IMG 2013 07 08 0008

Le choix des commissaires de l'exposition, Christophe Larribère, Olivier Renaudeau et Jean-Marie Van Hove, est de sortir des manières habituelles de présenter les armes. Celles-ci provoquent des sentiments contrastés, du fétichisme des collectionneurs à la répulsion pour ces objets dont le but est avant tout de tuer son prochain. En général, l'histoire des armes est abordée par le prisme technique et technologique, puis tactique et stratégique. Choses que l'exposition propose évidemment, mais en y ajoutant – et c'est sa principale qualité – l'aspect culturel et social. En effet, si les armes sont liées à la pratique de la guerre et au progrès technologique, elles ont aussi un rôle dans la société, une image qui nous renseigne sur l'époque et les civilisations qui les ont employées.

Des armes mythiques

Située dans l'aile Gaston d'Orléans du château de Blois, l'exposition s'ouvre par trois armes mythiques très différentes, dont la présentation résume bien l'esprit de cette expo.

Chronologiquement, la première arme est l'épée à deux mains, bien connue des amateurs du Moyen Âge et des jeux de rôle, qui a contribué au mythe des chevaliers surhommes se battant avec d'énormes épées peu maniables. Des « problèmes » pointés par les commissaires : l'épée à deux mains ne pesait « que » 3 kg, et elle a été utilisée surtout à la fin du Moyen Âge et au début de l'époque moderne, notamment dans les régiments de lansquenets, au sein desquels les joueurs d'épée étaient utilisés pour briser les longues piques des régiments adverses.

Seconde arme exposée, le « canon de 75 », fabriqué à la fin du XIXe siècle et pièce d'artillerie majeure de la Première Guerre mondiale, utilisé encore lors du conflit suivant. Pièce devenue légendaire, par le biais de cartes postales, de publicités, d'objets, ou d'affiches comme celle présentée, où une Marianne nue pose aux côtés du canon.
Dernière arme, à la fois mythique et terrifiante : la bombe atomique, avec une réplique de celle qui a rasé Hiroshima, « Little Boy ». Ici aussi, l'angle de l'exposition est bien résumé par le choix de montrer l'effet direct de cette arme, avec la célèbre photo de la ville rasée, prise quelques semaines après le bombardement.

De près

Après cette introduction, l'exposition entre dans le vif du sujet avec la salle intitulée « de près », consacrée au corps à corps. Une frise chronologique, partant de l'Antiquité pour se dérouler jusqu'à nos jours, met en parallèle l'évolution des armes et des techniques.HISTOIRES DARMD.LEPISSIER IMG 2013 07 08 0049

Les commissaires rappellent, et c'est important, que pendant des millénaires les hommes se sont battus avec leurs armes de chasse. Les armes spécifiques à la guerre sont en fait assez tardives, et liées en grande partie au travail du métal, notamment le bronze. Et quand les armes se développent, les armures y répondent. Une tension entre attaquer et se protéger qui se retrouve dans toute l'exposition.

L'apparition d'armes spécifiques montre aussi l'importance de la guerre au sein de la société, et le lien entre évolution des armes (et de la façon de les utiliser) et évolution des sociétés. Ainsi, les armées groupées de citoyens grecs ou de légionnaires solidaires de l'Antiquité romaine laissent place peu à peu au chevalier, individu noble, qui combat parce que c'est le devoir de son ordre et qu'il en a les moyens. Un combat cependant encore « groupé » et axé sur le choc, l'individualisation du combattant arrivant bien plus tard.

Cette partie de l'exposition montre des pièces remarquables, comme un chevalier et sa monture (XVIe siècle) ou une hallebarde et une pique, avant que le mousquet ne vienne les remplacer peu à peu. A raison, une fois de plus, l'expo insiste sur la permanence de la manière de se battre : malgré l'arrivée des fusils, le corps à corps existe toujours, et la baïonnette en est la preuve. Objet insolite enfin, une pelle aiguisée, ayant appartenu à un soldat allemand de la Seconde Guerre mondiale.

De loin

La suite de l'exposition est logiquement consacrée aux armes à distance. Armes longtemps « maudites », à l'image de l'arbalète, car considérées comme lâches (sauf en Angleterre, avec l'arc long et le succès que l'on sait), voire inspirées par le diable quand la poudre s'en est mêlée. Une poudre utilisée évidemment par les premiers canons, dont deux exemples sont exposés : une couleuvrine de l'époque de François Ier et un canon suédois du XVIIe siècle.

Pièce très importante, au-delà du domaine de la guerre, le fusil de 1777. En effet, le coffret de vérification (présenté également), fabriqué par Honoré Blanc, contrôleur des manufactures d'armes, est la première étape de la standardisation des matériels. Sous la pression des artisans, puis avec la chute de la monarchie, ce système ne s'impose pas de suite en France, mais fait le bonheur des Etats-Unis, grâce à Thomas Jefferson, admirateur de Blanc !

Autre aspect majeur montré dans cette pièce, l'individualisation du combat avec l'apparition du fusil « Chassepot » ; se chargeant par la culasse et non plus par la bouche, ce fusil permet au soldat de ne plus être obligé de se tenir debout, et de viser (le tir est plus précis). Les régiments ne sont plus des masses d'hommes serrés les uns contre les autres et attendant le tir, les combattants se déplacent, se mettent à couvert,...La façon de combattre change radicalement.
L'évolution de la poudre provoque également des changements majeurs. Alors qu'auparavant le champ de bataille était noyé dans une fumée opaque (due tant aux tirs des fusils que de l'artillerie), nécessitant l'emploi d'uniformes très colorés, la « poudre B », utilisée notamment avec le célèbre fusil Lebel (1886), fait quasiment disparaître la fumée du combat. Une révolution que l'état-major français tarde à comprendre puisqu'en 1914, les soldats français portent encore des uniformes très visibles, alors que les autres armées, notamment l'armée allemande, commencent à adopter le camouflage...

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Dans la même partie de l'exposition sont présentées d'autres armes célèbres, aux usages très variés : la mitrailleuse Hotchkiss de 1914, terreur de la guerre de tranchées ; et le RPG-7, arme préférée (avec la Kalashnikov) des guérillas et des terroristes, particulièrement lors de la guerre d'Afghanistan, mais utilisé encore aujourd'hui en Syrie ou au Mali contre les blindés ou les hélicoptères.

Enfin, pour revenir à l'éternel problème de « la recherche de la protection » face à l'évolution des armes et des projectiles, nous sont proposés quelques exemples de protection, comme une cuirasse napoléonienne perforée par un boulet, ou un casque Adrian de 1915, percé par une balle.

Au-delà du combat

La dernière partie de l'exposition est certainement la plus originale, et l'une de ses valeurs ajoutées. Divers aspects de l'arme « au-delà du combat » sont abordés. Tout d'abord, l'arme comme objet personnel, avec trois magnifiques pistolets et revolver « customisés », et ayant appartenu pour certains à différents propriétaires, avec chacun leur histoire personnelle. Un symbole de l'arme comme objet intime. Ensuite, l'arme comme objet de prestige, à l'instar du sabre de dragon « modèle de 1915 » ou des pistolets d'apparat. Enfin, l'arme est aussi politique, symbolique, comme le montre la dague de SA présentée à côté de son modèle, une dague Holbein du XVIe siècle.

Les deux clous de l'exposition restent cependant deux armes mythiques, mais de façon différente. L'incontournable Kalashnikov, « icône » des combattants un peu partout dans le monde depuis la guerre froide, et que l'on retrouve aujourd'hui jusque dans les guerres de gangs...Trois modèles, dont une « copie » artisanale sont présentés. Plus impressionnant encore, car objet véritablement historique et pièce magnifique (très bien mise en valeur), l'épée de François Ier ! Volée dans la tente du roi par un lieutenant de Charles Quint suite au désastre de Pavie (1525), emmenée avec son propriétaire en Espagne, elle est récupérée en 1808 par Napoléon lors de son expédition d'Espagne. L'empereur la conservera près de lui, aux Tuileries.

La fin de l'exposition montre deux aspects qui auraient sans doute mérité un peu plus de développement : l'utilisation du bestiaire pour décorer les armes, avec deux belles pièces d'artillerie ; et le « recyclage » des armes, loin de leur emploi d'origine.

Une exposition à ne pas manquer

L'exposition « Histoire d'armes » sera un incontournable des participants des Rendez-vous de l'Histoire de Blois, mais doit l'être aussi de tout visiteur du château. Evidemment, on aurait aimé qu'elle soit plus longue, qu'elle aborde plus l'aviation, voire la marine, ou encore des civilisations extra-européennes. Mais dans le petit espace imparti, le nombre et la qualité des objets exposés sont remarquables. Surtout, les angles choisis sont un véritable plus. Chaque arme est présentée par son aspect technique (puissance, distance de tir, etc), son utilisation tactique ou stratégique, mais également son rôle social ou culturel, démontrant que les armes sont bien plus que des machines à tuer son voisin. En cela, l'exposition se situe bien dans l'évolution récente de l'historiographie de la guerre.

- « Histoire d'armes, de l'âge du bronze à l'ère atomique », château royal de Blois, du 6 juillet au 3 novembre 2013.

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