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Accueil Actualité Expo : Les Bas-Fonds du Baroque (Petit Palais)

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Expo : Les Bas-Fonds du Baroque (Petit Palais)

Le faune Barberini accueille nu le visiteur, jambes écartées. La statue antique du satyre endormi (sans doute sous l'effet du vin) et sans complexes, donne ainsi dès l'entrée le 'la' de l'exposition. Sur les murs qui l'entourent, sont posés les plans version XXL de la Rome du XVIIème siècle, ses quartiers fameux et ceux plus... populaires et secrets, permettant ainsi une certaine familiarisation avec la cité ressuscitée. En attendant de découvrir son esprit quotidien...

 Au fil de l'exposition, trois autres sculptures dont celles de deux jeunes lutteurs dévêtus en pleine action puis celle d'un 'Hermès à la sandale' se penchant pour resserrer ses sangles. On comprend véritablement la pertinence de leur présence à la fin de la visite : l'Antiquité grecquo-romaine, grande muse des peintres de la période Baroque (XVIème-XVIIème), même pour les œuvres sélectionnées ici dans cet événement intitulé : " les bas-fonds du Baroque, la Rome du Vice et de la Misère. "

L'Art Baroque

Faune de BarberiniUn aparté ici : que nomme-t-on le Baroque ? En résumant - sans peur de faire un anachronisme - on pourrait presque parler d'un 'coup de com' réussi de l'Eglise catholique. Après le Concile de Trente (1545-1563), durant lequel les autorités épiscopales devaient répondre aux nouveaux problèmes nés de l'essor du protestantisme, encouragement fut fait aux artistes de populariser la doctrine à travers leurs œuvres (sans la dénaturer mais en la simplifiant via des scènes saintes très imagées, accessibles au peuple peu instruit). Les saints, la Vierge au départ mais aussi ensuite les paysages, les scènes de genre, les mythes antiques revisités ('modernisés'), tous magnifiés par des couleurs souvent chaudes et vives, lumineuses; des tombés, des plis de vêtements (pour les personnages) qui évoquent l'ancienne Rome et flattent inconsciemment la fierté commune de la grandeur passée; le ressenti expressif et instantané. En totale rupture avec l'Art de la Renaissance, plus figé, l'Art Baroque saisit l'instant, tente de montrer l'émotion de l'événement en cours. L'Eglise et ses commissions poussèrent les peintres à une concurrence forcément féroce mais aussi du coup créatrice, pleine d'innovations révolutionnaires (le maître Caravage est représenté dans l'exposition).

Cette parenthèse close, retour au Petit Palais.

Le petit peuple romain dans son quotidien crû

ceremonie initiationLe scénographe Pier Luigi Pizzi y a réalisé un travail extraordinaire en le transformant réellement en un ... petit palais, plein de miroirs, d'arcanes et de mystère. Bel écrin pour accueillir la plèbe magnifiée. La présentation des tableaux est divisée en sections révélatrices : ' la sorcière ', ' Rome souillée ', ' la taverne mélancolique ', etc... Car les ironiques peintres présents utilisèrent les codes en vigueur pour, non pas sublimer le 'Livre Saint' ou la puissante papauté à son apogée mais, les pauvres, les bohémiennes liseuses de bonne aventure, les hommes délicats posant nus sur un lit, les prostituées. Les joueurs, les mendiants, les sorcières, les voleurs. Les bagarreurs, les pochtrons, les filles de peu, les hommes sans destin. Bref : le petit peuple, celui que personne ne pensait jamais à représenter sinon négativement. Peut-être (supposition), certains artistes sentirent monter une exaspération réactive face aux commandes par trop... officielles, des autorités et, finalement, s'amusèrent ou se révoltèrent en utilisant leur art pour montrer : le vrai.

Des maîtres du pinceau et... de l'ironie

Bacchus  un buveurÀ travers des scènes de taverne - non pas enjouées, vives, festives mais, comme traversées par une tristesse intrinsèque à chaque personnage, une sorte de solitude triste posée parmi d'autres - des peintres comme Manfredi ('Réunion de Buveurs') ou Nicolas Régnier ('La Farce'), peuvent passer pour des artistes incroyablement engagés socialement et même, 'existentialistes' avant l'heure. Les peintres sont nombreux; les styles très divers. Mais, toujours le souffle de Bacchus souffle sur l'exposition ('Bacchus & un buveur' de Manfredi, 1621, où divinité païenne et homme se rencontrent, trinquent, se mélangent presque). Souvent les orgies antiques sont évoquées (les Bentvueghels, intronisés par le vin...) Toujours le second degré est présent (beaucoup se représentant eux-mêmes dans leurs peintures, telle cette formidable toile de Van Laer : ' Autoportrait avec une scène de magie ', 1638). Voire l'ironie pure (et risquée, alors) comme cet 'Homme faisant le geste obscène de la fica' (ancêtre de notre... ?) - entre 1625 et 1635 - attribué à Simon Vouet, qui ne lâche pas de son regard sarcastique le spectateur, telle une Joconde perverse mimant l'acte sexuel. Quel culot ! Époustouflant et esclaffant.

Une très belle exposition

la farceQue retenir de ce tourbillon à la fois réjouissant de fraîcheur (malgré les siècles) et, aussi, de prise de conscience des inégalités sociales hallucinantes ? Personnellement (car, finalement, chaque exposition fait appel au ressenti de chacun), je trouve que le regard de tous ces peintres pourtant si différents (même, prosaïquement, de par leur nationalité, flamande, italienne, française, hollandaise, etc...) est incroyablement bienveillant. Ils ne portent pas de jugement moral. Ils montrent, poussent la farce mais, ne condamnent nullement. Sans doute habitués à ces tavernes et à sa (ses) faune(s).

La visite terminée, on ressort donc de l'exposition en repassant devant la statue du satyre fatigué et, ma foi, cette fois-ci, on a juste envie de lui lancer un clin d'œil complice, à celui-là.

Les Bas-Fonds du Baroque (la Rome du Vice et de la Misère), au Petit Palais, Paris, du 24 février au 24 mai 2015.

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