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L'Inca et le Conquistador (musée du quai Branly)

La conquête de l'empire inca par l'Espagne est l'une des périodes qui passionne le plus le grand public, avec son lot de légendes sur les cités d'or, la violence et l'incompréhension qui a marqué ce choc entre deux grands empires du XVe siècle. Pourtant, on se rend compte que les connaissances réelles sur le sujet sont finalement assez relatives, et que la chute d'Atahualpa charrie aussi beaucoup de fantasmes et de contre vérités. L'exposition proposée par le musée du quai Branly propose de dépasser les idées reçues, en retraçant le parcours parallèle, puis la rencontre, entre l'Inca Atahualpa et l'Espagnol Pizarro.

 

« Une histoire à parts égales » ?

L'expression vient de l'ouvrage de Romain Bertrand qui relatait les premiers contacts entre les Hollandais, les Malais et les Javanais, à la fin du XVIe siècle. L'historien souhaitait sortir de l'européocentrisme en utilisant les sources tant hollandaises ou portugaises, que javanaises, indiennes ou chinoises.

L'exposition du musée du quai Branly tend vers la même logique en racontant la conquête par le biais des sources espagnoles, mais aussi incas, mêlant textes légendaires, récits de voyage, géographie,...Avec, bien entendu, de nombreux objets.

figurines masculines v 1500C'est le cas particulièrement sur l'événement de Cajamarca, moment décisif durant lequel les Espagnols capturent Atahualpa, à la surprise totale des Incas. On lit par exemple le récit parallèle d'un témoin oculaire espagnol, Cristóbal de Mena, et celui du neveu d'Atahualpa, Titu Cusi Yupanqui. L'un affirme que les Espagnols se sont sentis insultés quand l'empereur inca a jeté la Bible que lui avait tendue un moine ; l'autre prétend que ce sont les Espagnols qui ont insulté les Incas en refusant le verre que leur proposait l'Inca. L'épisode, très connu, est symptomatique de l'incompréhension qui a marqué la rencontre entre les deux empires.

Deux empires face à face

jarre v 1500La logique des commissaires de l'expo, partir des personnalités de Pizzaro et d'Atahualpa, permet de mettre en parallèle les ambitions de deux empires, notamment celui des Incas. Du côté de Pizarro, on apprend comment la conquête s'est faite à tâtons, s'inspirant en partie de celle du Mexique, mais avec toujours beaucoup de difficultés, de revirements, de renoncements, et une certaine indépendance des capitaines par rapport à l'Espagne. Sans parler de la concurrence entre eux...Comme au Mexique, il est assez étonnant de voir comment si peu d'hommes (rarement plus de deux cents !), loin d'être en plus des combattants expérimentés pour la plupart, ont pu ainsi progresser, patiemment et presque pas à pas, du Panama au Pérou actuel, et mettre à genoux un empire à son apogée.

En effet, l'empire inca a atteint sa pleine puissance à la fin du XVe siècle, et l'une des qualités de l'exposition est de rappeler comment il s'est construit, et sa situation à l'arrivée des Espagnols. Les Incas ont soumis un grand nombre de peuples, le plus souvent par la force. Certains sont même encore en révolte au moment de la crise de succession que connaît l'empire, et qui facilite grandement les ambitions espagnoles.

On est donc loin d'une certaine idée reçue, qui présenterait les Incas comme un peuple rayonnant et pacifique, massacré et soumis par une bande de soudards. On assiste bien à l'affrontement de deux empires, aux ambitions expansionnistes proches, même si les méthodes diffèrent parfois.

L'expo montre d'ailleurs très bien comment chacun pense que l'autre est venu se soumettre et prêter allégeance. On songe alors au sort de l'ambassade portugaise en Chine, relatée par Serge Gruzinski dans « L'Aigle et le Dragon ». Sauf qu'ici, à l'inverse de l'empire chinois, les Incas tombent dans le piège...

La fin d'un monde, le début d'un Nouveau

expo inca conquistadorAprès la mort d'Atahualpa, vient la conquête en elle-même, et sa complexité. Les Espagnols trouvent des alliés parmi l'aristocratie inca, ou chez les peuples en révolte. C'est une autre qualité de l'exposition de consacrer une large part à ces événements, tout comme à l'affrontement qui suit, cette fois entre conquistadores, qui aboutit à l'assassinat de Pizarro, puis à la prise en main de l'empire conquis par l'Espagne de Charles Quint.

L'expo se conclut, peut-être un peu rapidement (un bémol tout relatif), sur l'émergence du Pérou moderne et sa société métissée.

L'Inca et le Conquistador : une exposition incontournable

Construite en quatre sections, c'est une expo d'histoire et pas d'art. Les œuvres, relativement nombreuses, variées, et pour beaucoup très belles, illustrent les différents thèmes abordés. Les commissaires n'ont pas oublié non plus les supports multimédias, notamment une mise en parallèle de la Cuzco contemporaine et de la Cuzco impériale.

Claire et passionnante, à l'angle finalement assez original pour ce genre d'exposition, « L'Inca et le Conquistador » est vraiment l'événement culturel et historique de cette fin d'été, et de rentrée. A ne surtout pas manquer.

Nous recommandons également le catalogue, véritable manuel d'histoire, beau et au format agréable, qui plus est relativement abordable par rapport à ce que l'on voit d'habitude (37 euros, Actes Sud).

Le site de l'exposition "L'Inca et le Conquistador" au musée du quai Branly.coup-de-coeur

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