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Histoire et images médiévales : Croisades et jihad

La revue consacrée au Moyen Âge, Histoire et images médiévales, profite de sa nouvelle formule pour revenir sur un sujet certes classique, les croisades, mais traité de façon bien plus convaincante que ce à quoi nous avons droit en général. L’intitulé « Nouveaux regards » est bienvenu dans cette redécouverte des croisades et la comparaison avec le jihad musulman, grâce au travail de l’historien Abbès Zouache (Université Lyon 2 et IFAO du Caire). Un numéro référence sur le sujet.


 

Croisade et guerre sainte

HIMT41_COUVLa première partie de ce dossier revient sur la définition de la croisade, et plus particulièrement son caractère religieux et l’histoire du terme croisade lui-même. Après un chapitre sur « l’invention de la croisade », soit comment l’on passe de pèlerins à croisés, ainsi qu’un mot sur le point de vue des musulmans, l’auteur traite de l’historiographie de la croisade, et notamment de l’opposition entre historiens « traditionnalistes » et « pluralistes ». Les premiers définissent la croisade uniquement comme un pèlerinage guerrier, initié par le pape, visant à libérer Jérusalem et les chrétiens d’Orient ; les seconds ne retiennent que l’initiative du pape, l’indulgence donnée aux croisés et le vœu à la croix, ce qui permet de faire durer les croisades bien après le XIIIe siècle, mais également de les faire démarrer avant 1095 (par exemple à Barbastro, en 1064), et de combattre les hérétiques et les infidèles autant en Espagne que dans le Nord de l’Europe, ou dans le Sud-ouest de la France…

Abbès Zouache insiste quant à lui sur le lien entre la croisade et les phénomènes de paix et de trêve de dieu qui ont marqué les débuts du XIe siècle. De même, il fait remonter l’origine de la guerre sainte des chrétiens à saint Augustin (Ve siècle), puis au pape Léon IV (mort en 855). Il conclut par la spécificité de la croisade, terme selon lui galvaudé aujourd’hui, et qui ne signifie pas seulement une guerre sainte, mais le lien avec la Terre sainte et surtout Jérusalem, sur laquelle un Thomas d’Aquin, par exemple insiste bien plus que sur le combat contre les infidèles. On en revient à l’origine de la croisade : le pèlerinage.

Croisade et jihad

Dans cette seconde partie, Abbès Zouache s’intéresse à « l’autre camp », les musulmans. D’abord, il rappelle le contexte de division au XIe siècle, avec l’arrivée des Turcs, les luttes internes et celles avec les Fatimides d’Egypte. Contexte, donc, qui facilite grandement les succès croisés, non seulement à Antioche et Jérusalem, mais également dans les premières années du XIIe siècle, moment où se mettent en place les Etats latins. Vient cependant « la lente réunification politique », avec Nûr al-dîn, puis Saladin, sans oublier les Mamelouks, qui prendront Acre en 1291.

L’union de l’oumma contre les Francs s’est faite autour de la religion, principalement l’islam sunnite (les Fatimides chiites du Caire étant déposés par Saladin). C’est ce qu’aborde Abbès Zouache dans cette même partie, en montrant comment se développe l’idée de jihad, qui créé des combattants (mujâhidûn), et légitime les souverains, sous l’influence des oulémas. On remarque d’ailleurs, et on l’oublie trop souvent, que le jihad n’est pas lancé uniquement contre les Francs, mais également contre les Mongols…

Permanence de la croisade

La dernière partie de ce numéro n’est pas la moins intéressante puisqu’Abbès Zouache y traite de la mémoire et de l’image de la croisade durant l’histoire, jusqu’à aujourd’hui, tant du point de vue occidental que musulman.

Dans l’Occident chrétien, les croisés sont d’abord des modèles, même quand (très vite finalement) elle intéresse moins les peuples et les souverains. Les premiers combattants sont loués, alors que les vaincus sont considérés comme punis par Dieu pour ne pas avoir su comme leurs aînés défendre les Lieux saints. Puis vient ce qu’Abbès Zouache appelle « une mémoire de l’hostilité », qui se développe dès le Moyen Âge, et plus encore avec la Réforme puis les Lumières. Enfin, les « mémoires concurrentes » et les comparaisons entre les croisades et l’impérialisme occidental, la colonisation notamment. A cette diabolisation s’oppose une idéalisation d’une croisade « civilisatrice », à l’instar du classique ouvrage de René Grousset, L’Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem (1934-1936). Aujourd’hui, le contexte international et la popularité du concept de choc des civilisations provoquent des débats jusque dans les films, à l’instar du Kingdom of Heaven de Ridley Scott (2005), jugé par certains historiens comme trop pro-Saladin et anti-Templiers.

Dans le chapitre suivant, Abbès Zouache montre l’évolution de l’image et de l’importance des croisades dans la mémoire des musulmans. La croisade est d’abord mal comprise, en premier lieu son caractère religieux. Puis, elle est bien vue comme une agression, ce dont témoignent les chroniques, au moins jusqu’au XIIIe siècle. C’est là qu’on regrette un peu qu’Abbès Zouache n’ait pas insisté sur quelques points : par exemple, le fait que Baybars a été longtemps bien plus populaire et connu dans le monde musulman que Saladin, qui en fait n’est vraiment célébré qu’à partir de la fin du XIXe siècle et au XXe siècle. De plus, l’historien évoque la « Renaissance de l’attrait pour les croisades », mais pas le fait que, justement, elles ont été presque ignorées ou jugées comme moins marquantes que d’autres épisodes historiques, telle l’invasion mongole, et ce pendant presque toute l’époque moderne.  Si les Occidentaux ont pu jouer sur l’imaginaire de la croisade dans leur lutte contre les Ottomans, peut-on en dire autant de ces derniers ? Et s’il y a eu regain d’intérêt, c’est bien qu’à un moment, il y a eu désintérêt. On peut également estimer qu’il n’insiste pas assez sur le lien entre la colonisation subie au XIXe siècle, et ce nouvel intérêt des pays musulmans (en tout cas arabes et turcs) pour la période des croisades. En revanche, on le suit évidemment quand il évoque le contexte de la décolonisation, les parallèles faits entre les Etats latins et Israël, ou entre Saladin et Nasser.

La croisade reste donc d’actualité, malgré un renouveau salutaire de l’historiographie, y compris dans les pays arabes.

Un numéro de référence

En dépit des infimes réserves avancées, on peut affirmer sans hésitation que ce numéro d’Histoire et images médiévales consacré aux croisades est incontournable pour les amateurs de ce thème toujours populaire, mais polémique. Les sujets traités, la nouveauté (dans une revue grand public) avec laquelle ils sont abordés, la présentation, et la présence de bibliographies, rendent justice à cette histoire passionnante.

- Histoire et images médiévales : Nouveaux regards, croisades et jihad, no 41, décembre-janvier 2011/2012. Actuellement en kiosques.

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