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L'an 1000, la première crise de l'Occident ?

L'an mil est lié, dans les mémoires, à la crainte de l'Apocalypse, mais aussi aux débuts de la féodalité, à l'augmentation de la productivité agricole. Ce sont en réalité des phénomènes qui ne sont pas rattachés à cette époque en particulier. Le vrai changement pour l'Occident, c'est celui de la mondialisation. Et l'Europe est bien en retard. Ce numéro des Cahiers de Science & Vie permet de découvrir quelle est la situation de l'Occident par rapport au reste du monde. Les civilisations les plus rayonnantes à cette époque sont d'ailleurs la Chine, le monde arabo-musulman et l'Inde.


 

csv_an_milEn ces temps de crise, on est plus que jamais tenté de se tourner vers le passé pour voir comment nos lointains ancêtres ont géré leurs plus sévères dépressions. Histoire d'en tirer au minimum des raisons d'espérer, et dans le meilleur des cas leçons ou recettes. Spontanément, le choix se porte sur l'an mil. Que voilà une période troublée ! Dans un Occident chrétien qui craint l'Apocalypse plus que la peste, un changement de millénaire au mitan du Moyen Âge a dû être difficile à négocier. C'est ce qu'ont longtemps cru les historiens jusqu'à ce qu'ils réalisent que la grande peur de l'an mil était une invention de la Renaissance relayée par les philosophes des Lumières et les penseurs de la Révolution française. Qu'à cela ne tienne. L'an mil restera lié, dans les mémoires, aux débuts de la féodalité, avec la montée en puissance des seigneurs, la servitude des paysans meurtris par la violence des chevaliers, le déferlement des châteaux forts sur l'échiquier du pouvoir monarchique. Seulement voilà, ce choc-là non plus n'a pas eu lieu.

Les médiévistes savent aujourd'hui que le système féodal s'est mis en place progressivement au cours des décennies précédentes. L'augmentation de la productivité agricole, la hausse sans précédent de la démographie, le développement des villes ? Eux aussi bien réels, eux aussi amorcés au cours du Xe siècle. En ce début de millénaire, ce n'est pas à un bouleversement que l'Europe doit faire face, mais à un vrai changement dont elle commence à prendre conscience : celui de l'universalisation de la communication. Pour la première fois de toute l'histoire de l'humanité, une idée, une innovation peuvent, de voisin en voisin, faire le tour du monde. En s'interconnectant de la sorte, notre planète a perdu sa dimension infinie pour délimiter ses propres contours. Et l'Occident n'en est pas le centre. Il se traîne, loin derrière des civilisations rayonnantes comme la Chine des Song, l'Empire byzantin, la société arabo-musulmane... Pour briller, il lui faudra relever le défi de la modernité. Il va s'y employer.

L'an 1000, la première crise de l'Occident ? Cahiers Science & Vie, avril 2013. En kiosque et sur abonnement.

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