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Musiques ! Échos de l'Antiquité (Dossiers d'Archéologie)

La musique est un des arts les plus anciens. Remontant à la préhistoire, l'association des sons, du rythme et de la chorégraphie permettaient de répondre à de nombreux besoins culturels ou cultuels notamment. Le musée du Louvre-Lens présente en cette fin d'année (du 13 septembre au 15 janvier prochain) une exposition intitulée « Musiques ! Échos de l'Antiquité » explorant ce thème pour le début de la période historique. Les Éditions Faton proposent dans un nouveau numéro des Dossiers d'Archéologie d'aborder ce sujet musical dans les mondes antiques égyptiens, mésopotamiens, grecs et romains.

 

Après un article introductif présentant l'exposition, le dossier s'intéresse aux instruments découverts et retrouvés grâce aux fouilles et aux études iconographiques. Richard Zettler propose une contribution sur la découverte des instruments de musique dans les tombes royales d'Ur par Charles Leonard Woolley. L'archéologue a fait preuve de beaucoup de minutie et d'ingéniosité pour extraire les œuvres du sol et les restaurer. Catherine Bridonneau et Hélène Guichard présentent la collection d'instruments de musique du Louvre acquise depuis l'expédition d'Égypte jusqu'à nos jours ; l'article montre sa diversité et les erreurs d'interprétation faites sur les œuvres qui la composent menant parfois à des représentations fantaisistes comme la position de la harpe angulaire. Dorothée Elwart propose un focus intitulé « Le sistre égyptien. Objet sonore et effigie d'Hathor ». Cet instrument bien connu par l'iconographie et les fouilles archéologiques est un bel exemple des liens entre pouvoir, religion et musique qui seront développés dans d'autres contributions. Ricardo Eichmann traite des techniques d'accordage des instruments à cordes dans l'Égypte ancienne. Jean Dubos et Benoît Mille présente le fac-similé de la trompe de Neuvy qui est la seule tuba romaine connue à ce jour. Outre les difficultés de la reproduction, l'article présente quelques conclusions sur l'utilisation, les sonorités et les limites de cette expérience.

musiques-Échos-de-l-antiquite DALa seconde partie s'intéresse davantage aux praticiens de la musique. Nele Ziegler retrace l'histoire de Rishaya, un musicien du roi de Mari, haut fonctionnaire et chef de musique bien connu grâce aux archives palatiales. La carrière de celui-ci et sa proximité avec le roi sont éclairées par l'auteur. Les musiciens n'étaient pas seulement destinés à distraire la cour et le prince, ils avaient aussi un rôle diplomatique et étaient envoyés en ambassade à l'étranger. Sibylle Emerit propose une synthèse sur les stèles de musiciens de l'Égypte ancienne. L'auteur y retrace une histoire sociale assez fournie : dès l'Ancien Empire, les musiciens sont intégrés au sein de l'administration royale dans une structure très hiérarchisée ; ils sont souvent représentés en fonctionnaires et rares sont les stèles où ils figurent avec leurs instruments. Les musiciens sont mieux attestés dans les temples et dans un contexte religieux à partir du Nouvel Empire. On constate également une organisation hiérarchique dans ce milieu. La diversité des instruments est réelle mais la figure du chanteur-harpiste est prépondérante dans les sources égyptiennes. Alexandre Vincent traite également de l'importance des musiciens dans le domaine religieux à l'époque romaine. Comme l'atteste la fête annuelle des musiciens aux ides de janvier, les tibucines (joueur d'aulos grec ou double hautbois) en particulier étaient indispensables à la bonne réalisation des rites et scandaient la bonne réalisation des sacrifices.

Une troisième partie est consacrée plutôt aux représentations de musiciens et des instruments. Après un focus sur les fibules en forme d'instruments à vent par Michel Feugère, Ariane Thomas propose une synthèse sur les représentations de la musique dans l'Orient ancien. Les praticiens de la musique sont aussi bien des rois comme le roi d'Ur Shulgi que des eunuques, sans compter les femmes. Bien que souvent attachées aux cultes, ces musiciennes sont aussi souvent dénudées et nous rappellent la « longue tradition orientale des musiciennes et/ou chanteuses, esclaves ou prisonnières de guerre, qui charmaient la cour par leur art et leur beauté ». Mais la musique a un statut ambigu car elle renvoie aussi à la marginalité, que ce soit par les acteurs (saltimbanque) ou par des comportements emprunts d'un certain libéralisme comme le reflètent certaines danses équivoques. Des éléments exotiques sont aussi présents à l'image des montreurs de singes musiciens voire des singes flutistes et reflètent d'une musique plus populaire. Les musiques semblent circuler comme l'attestent certains textes (voir l'article de Nele Ziegler) mais aussi des documents iconographiques. Christophe Vendries et Violaine Jeammet présentent « les figurines en terre cuite de l'époque hellénistique ». Elles permettent de connaitre une grande diversité d'instruments voire des spécificités locales comme celles produites en Égypte. On notera l'existence de statuettes et d'un ensemble dit le « concert d'Égine » d'une qualité technique remarquable. Mais l'aspect le plus étonnant reste la forte présence de nains dans ces statuettes. Cette récurrence est à mettre en lien avec l'essor de la curiosité pour le merveilleux et la présence de nains dans les maisons des aristocrates grecs ou romains. Le nain est à assimiler aux autres figures transgressives de musiciens que l'on a retrouvées comme celles de pygmées, de nains, d'animaux anthropomorphes, de « grotesques » ou encore de personnages ithyphalliques. Danielo Castaldo propose une contribution sur les rapports entre « les dieux et la musique en Grèce antique » rappelant les divers mythes narrant notamment l'histoire de la création de divers instruments de musique. Christophe Vendries aborde trois peintures pompéiennes représentant des musiciens et l'impact de celles-ci au XVIIIe et XIXe siècle notamment.

La restitution de la musique est abordée à la fin de ce dossier. La contribution de Sylvain Perrot permet de mieux comprendre le déchiffrage du système de notation grec rendu possible par l'existence de traités parvenus jusqu'à nos jours. Enfin l'article de Susanne Rühling s'intéresse à l'archéologie expérimentale et en particulier à la reconstruction d'orgues antiques, ses objectifs et son intérêt.

Ce dossier est une réussite et permet d'avoir une vue d'ensemble sur la musique dans l'Antiquité sous ces divers aspects (techniques, sociaux, culturels en particulier). La riche iconographie, toujours d'excellente facture, enrichit la découverte de cet univers. La fin des Dossiers d'Archéologie est comme à l'accoutumée consacrée aux diverses actualités mais on notera la présence d'un article sur la civilisation hittite, sa redécouverte et certains enjeux politiques (en particulier nationaliste sous Atatürk). Ce dernier aborde aussi l'intérêt croissant porté par la population locale pour ces sites à l'inverse de la faiblesse du tourisme international. Enfin l'exposition au Musée d'Arles Antique sur le luxe romain est traitée dans ce numéro et met en valeur le patrimoine arlésien et les découvertes archéologiques de la villa de la Harpiste. Encore un excellent numéro des Dossiers d'Archéologie.

Musiques ! Échos de l'Antiquité. Dossiers d'Archéologie n° 383, septembre-octobre 2017.

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