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Débats autour de l'enseignement de l'histoire en France

La rentrée de septembre a vu s’ouvrir une nouvelle page du débat sur l’enseignement de l’histoire. Celui-revient à chaque rentrée, tel un marronnier, mais cette fois-ci l’intensité est montée d’un cran, voire plus. En effet, l’offensive est partie du Figaro, d’abord Le Figaro Magazine fin août, puis Le Figaro Histoire en octobre...


 

A cette manœuvre qui accompagne la sortie d’ouvrages sur la question, de nombreuses réponses ont été données par des collectifs d’enseignants en histoire-géo, jusqu’à l’Inspecteur général lui-même, Laurent Wirth, dans un « débat » extrêmement violent avec Dimitri Casali. Retour sur ces semaines tendues dont les enjeux sont loin d’être anodins.

Le Figaro Magazine : « Qui veut casser l’histoire de France ? »

figaro_hisoire_4C’est du groupe Figaro qu’est donc lancée l’offensive avec la sortie du Figaro Magazine du 24 août, et ce titre choc : « Qui veut casser l’histoire de France ? ». Une initiative qui fait écho à celle lancée par le même journal en 1979, avec le titre « On n’enseigne plus l’histoire à vos enfants », suite à une polémique lancée par Alain Decaux.

Dans le numéro du 24 août, mené par un Jean Sevillia qui comme toujours prétend ne pas faire dans l’idéologie, sont dénoncés les nouveaux programmes d’histoire (la géographie semble ne jamais exister dans ces débats…). Leur tort ? Oublier les grands hommes de l’histoire nationale (Clovis, Saint Louis, Louis XIV, Napoléon), la chronologie et flatter les penchants mondialistes et multiculturalistes d’une certaine gauche obsédée par le « paradigme des Droits de l’Homme », notamment en introduisant des parties « exotiques », comme l’histoire du Monomotapa. L’enseignement de l’histoire ne serait devenu qu’une litanie de repentance en direction d’un public immigré, le roman national jeté aux oubliettes, les grands hommes sacrifiés sur l’autel de « l’historiquement/politiquement correct ».

A l’appui de ce dossier, la sortie de trois ouvrages salués par Jean Sevillia : Ils ont tué l’histoire-géo de Laurent Wetzel (interviewé dans le magazine), L’Histoire fabriquée de Vincent Badré, et L’Histoire de France interdite, de Dimitri Casali, ouvrage dont le titre fait logiquement penser à celui de l’ouvrage de Franck Ferrand, L’histoire interdite. Dimitri Casali qui, depuis quelques années, s’est fait le chevalier – médiatique- de ce combat contre les nouveaux programmes, avec par exemple son Altermanuel de l’histoire de France.

« Vague brune sur l’histoire de France »

Les réactions n’ont pas tardé, notamment par le biais du collectif Pour un aggiornamento de l’enseignement de l’histoire-géo.

Le numéro du Figaro Magazine est attaqué sur plusieurs angles. D’abord une orientation idéologique réactionnaire, et même plus à droite encore, par la reprise de nombre de clichés et des remarques sur "l’exotisme" (implicitement "non-françaises") des nouvelles civilisations enseignées, ou une certaine obsession de l’islam que l’on retrouve dans les ouvrages cités, mais également dans ceux de Jean Sevillia (Historiquement correct et Historiquement incorrect). L’autre angle d’attaque du collectif est plus « professionnel », dans le sens qu’il démontre que le discours du Figaro Magazine sur les programmes scolaires est en grande partie erroné, voire mensonger, sur le fond et les thèmes réellement étudiés en classe, notamment par la confusion entre manuels, programmes et pratiques de classe, procédé quasiment systématique dans le discours des pourfendeurs de l’enseignement de l’histoire, mais également dans celui des journalistes…Les auteurs des ouvrages défendus par Le Figaro Magazine ayant bénéficié d’un fort relais médiatique, cela peut être un problème.

Le Figaro Histoire : « La Vérité sur l’histoire à l’école »

Le numéro du Figaro Magazine ayant fait son effet, la seconde salve a été lancée par le très luxueux Figaro Histoire, dans un dossier cette fois bien plus imposant (plus de quarante pages) et brassant des thèmes encore plus larges que les nouveaux programmes d’histoire.

Prétendant revenir sur plus d’un siècle d’histoire scolaire, les journalistes donnent une version parfois surprenante de l’évolution des programmes et des politiques de l’enseignement de l’histoire, non sans cacher leur nostalgie du roman national, de la chronologie et des grands hommes. Ils vont cependant plus loin, par exemple en rapprochant de façon plus que douteuse des gens comme Bainville et Bloch.

Une fois encore, les articles du Figaro Histoire sont critiqués sur les deux mêmes axes principaux : une idéologie très droitiste, stigmatisant certaines populations, des manipulations/instrumentalisations ainsi que des erreurs (voire des mensonges) sur cette histoire scolaire autant que sur la façon de concevoir les programmes.

Depuis le début de cette polémique, il n’y avait pas eu de réaction de la part de la vénérable APHG. Or, dans ce numéro du Figaro Histoire, c’est son secrétaire général, Hubert Tison, qui prend la parole et pour l’essentiel se situe dans l’esprit (et la lettre) des autres articles. Interpellé par une lettre ouverte de Laurence de Cock (du collectif Pour un aggiornamento…), il n’a pas répondu, et surtout l’APHG a publié un communiqué fustigeant une soi-disant attaque personnelle contre Hubert Tison, sans jamais répondre sur le fond. Difficile de savoir d’ailleurs ce que pense l’APHG de cette polémique, mais si l’on en croit les interventions de certains de ses membres dans les medias (au journal de JP Pernaud sur TF1 par exemple), sa ligne ne serait guère différente de celle du Figaro…

On notera que les rares réponses du Figaro (ou donc de l’APHG) aux critiques sont de taxer les contradicteurs d’idéologues issus de cette gauche qui aurait inspiré les programmes, tout en refusant eux –à l’image de Jean Sevillia- de se placer sur le terrain idéologique et politique. Or, c’est bien de cela qu’il s’agit (et l’Aggiornamento a répondu sur ce point).

« Débat » entre Dimitri Casali et Laurent Wirth

Depuis ce numéro du Figaro Histoire, l’offensive a continué, avec une grande promotion médiatique pour les ouvrages de L. Wetzel, V. Badré et D. Casali, ainsi que des articles réguliers dans Le Figaro, le dernier en date, le témoignage d’un lycéen d’un établissement catholique de Dax, valant son pesant d’or, et ayant provoqué une réponse pleine d’humour du site Goliard[s]…

Mais c’est surtout un débat qui a montré que cette polémique n’a rien d’anodin et peut déchaîner les passions, voire la violence. Comme pour tout débat polémique, l’émission Arrêts sur Images a voulu enquêter. L’équipe a finalement réussi à inviter Dimitri Casali et Laurent Wirth (pour faire simple, le grand patron des programmes tant décriés) pour ce qui a vite tourné au pugilat. Difficile après avoir visionné l’émission de savoir qui en est sorti vainqueur, mais certainement pas la pédagogie et l’information sur la réalité des programmes. On peut considérer malgré tout que Casali a su passer pour la victime d’un représentant de l’establishment qu’il se plaît à fustiger, tandis que Wirth, probablement échaudé par les nombreuses attaques personnelles et menaces qu’il a subies, n’a pas réussi à défendre ses programmes. Il est tout de même parvenu à récupérer le texte « Vague brune sur l’histoire de France »…

 

Cette polémique, qui n’est sans doute pas terminée, n’est pas anecdotique. Alors que l’histoire-Buisson semble condamnée avec l’arrêt du projet de Maison de l’Histoire de France, cette offensive du Figaro, le succès de ses numéros et des ouvrages défendus dans ses pages, ainsi que le nombre et la vigueur des réponses apportées (sans parler des menaces reçues par certains signataires), montrent que l’enseignement de l’histoire demeure en France un enjeu majeur à ne surtout pas négliger ou réduire à une querelle de spécialistes.

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