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La généalogie des Bourbon confirmée ?

Philippe Charlier, médecin légiste à l’hôpital de Garches, grand spécialiste des énigmes historiques à qui l’on doit de savoureux ouvrages, comme « les secrets des Grands Crimes de l’Histoire » et l’équipe de l’Institut de biologie évolutive de Barcelone dirigée par Carles Laluela-Fox viennent de mettre en évidence « un profil génétique commun à Henri IV et Louis XVI, passant par leurs pères ». Sept générations séparant ces deux rois de France, Louis XVI descendrait donc directement d'Henri IV. Ce qui prouverait non seulement que la tête d’Henri IV retrouvée en 2008 est bien la sienne mais également que Louis XIV est bien le fils de Louis XIII !

 

Le périple de la tête d’Henri IV

Rappelons-nous : pendant la Terreur en 1793, le député Barrère affirmait qu’il fallait « démolir les tombeaux des rois de France ». C’est ainsi qu’une foule déchainée s’est pressée dans la crypte de la basilique, ouvrant entre autre le cercueil de plomb d’Henri IV ; le corps est exposé pendant deux jours, des curieux en profitent pour prélever des dents, arracher des poils de la barbe ou encore des cheveux ; la tête fut certainement séparée du reste du corps à cette date-là. En 1817, lorsque Louis XVIII ordonne que les restes des rois soient déposés dans une fosse commune, il manque la tête du Vert Galant ! Elle n'est réapparue qu'au XIXe siècle dans une collection privée d'un comte allemand, vendue aux enchères en 1919 à Drouot (Paris) et acquise pour 3 francs par Joseph-Emile Bourdais antiquaire à Dinard. A sa mort en 1947, la tête reste un moment chez sa sœur, puis est revendue pour 5000 francs en 1955 à Jacques Bellanger retraité et passionné d'histoire.

tte_Henri_IVNous sommes en 2008, peu de temps avant les 400 ans de la mort d’Henri IV. Deux journalistes Stéphane Gabet et Pierre Belet souhaitant préparer un sujet sur ce roi, contacte Jean Pierre Babelon historien renommé, qui leur raconte avoir eu un contact avec J. Bellanger afin d’authentifier la tête. Après un an de négociation, le retraité confie la tête aux journalistes pour la transmettre à P. Charlier.

En 2010, P. Charlier conclue à l’authenticité du crâne à 99.9 %, après avoir pratiqué une étude paléo-pathologique complète du crâne et mis en évidence trente points de convergence entre ce que l’on sait du roi et cette tête, sans pourtant pouvoir extraire l’ADN, car les tissus prélevés contenaient trop de plomb provenant du cercueil.

Enfin, le 31 décembre 2012, P. Charlier annonce la bonne nouvelle : le 0,1 % restant est découvert. Il a prélevé un échantillon au fond de la gorge de la tête momifiée, un endroit protégé des agressions extérieures, et l’a envoyé à ses confrères espagnols. «Grâce aux appareils de séquençage génétique à haut débit, nous avons réussi à extraire une partie du matériel génétique d'Henri IV », explique Carles Lalueza-Fox. « Nous avons notamment retrouvé six des seize marqueurs du chromosome Y que nous avions identifié dans le sang de Louis XVI.» Comme ces marqueurs sont très rares dans la population occidentale, les chercheurs sont certains du lien paternel, transmis par le chromosome Y, entre les deux rois.

La tête maintenant bien analysée, a été léguée au chef actuel de la maison de Bourbon, Louis Alphonse de Bourbon.

Le sang de Louis XVI

CalebasseDu sang, soit disant appartenant à Louis XVI, avait été découvert dans une calebasse de 23 cm de haut détenue par une famille aristocratique italienne de Bologne qui possédait cette gourde portant des inscriptions gravées. Ces fruits, une fois vidés de leur chair, séchés et décorés, faisaient office, à l'époque comme aujourd'hui, de boîtes. La gourde aurait contenu un mouchoir qui avait trempé dans le sang royal le jour où Louis XVI fut guillotiné le 21 janvier 1793, fait conforté par une inscription: «Maximilien Bourdaloue le 21 janvier de cette année imbiba son mouchoir dans le sang de Louis XVI après sa décollation.»

L'équipe de C. Laluela-Fox, de l'Institut de biologie évolutive de Barcelone spécialisée dans les recherches génétiques insiste sur le fait qu’au début, il ne savait même pas si la substance noire à l'intérieur de la gourde était du sang humain. Transmis aussi à l'université de Bologne, les deux instituts, chacun de leur côté ont confirmé que la fine pellicule noire desséchée contenait de l'ADN humain bien conservé, avec un gène bien détecté : celui des yeux bleus… couleur des yeux du roi Louis XVI.

D’autre part le chercheur explique « qu’il aurait été possible de séquencer le génome de l'individu dont le sang se trouve à l'intérieur de la boîte mais cela ne nous aurait pas permis d'en savoir plus sur son identité. Nous nous sommes focalisés sur des marqueurs génétiques utilisés couramment lors des recherches médico-légales, d'une grande variabilité chez les humains, ces marqueurs permettent de détecter des filiations de manière très fine ; ils sont courts et donc facilement repérables ».

En conclusion

Ce que les scientifiques espéraient surtout démontrer est que la tête momifiée est bien celle d’Henri IV. La lignée paternelle entre Henri IV et Louis XVI apporte aussi indirectement une autre confirmation aux historiens : Louis XIV est bien le fils de Louis XIII, et non de Mazarin, P. Charlier n’ayant pas été autorisé à étudier des parcelles du cœur de Louis XIII et de celui de Louis XIV conservées à la basilique Saint-Denis.

Quant à C. Lalueza-Fox, maintenant qu'il a la confirmation que le sang séché est bien celui de Louis XVI, les prochaines études portent sur le déchiffrage du génome complet de Louis XVI afin de tirer des informations sur la famille royale, comme la consanguinité ou la susceptibilité aux maladies.

Sauf que …

Ligne_paternelleEn 2010 déjà, un parti d’opposition s’est constitué, composé de Franck Ferrand, Philippe Delorme et Joël Cornette contestant cette authentification, estimant que les faits se sont produits à différentes époques, les preuves ont été dispersées, les terrains d'investigations ont été nombreux …

L’historien P. Delorme et l’expert en empreintes génétiques O. Pascal restent sceptiques. Les analyses scientifiques ayant trouvé un profil génétique commun entre les deux rois sont insuffisantes ; « la découverte de ces fragments d'ADN ne permet d'affirmer que ce crâne serait celui de Henri IV » ; « l’ADN utilisé pour la comparaison est celui des régions variables du chromosome Y », or « plusieurs personnes dans la population générale peuvent avoir le même chromosome Y sans pour cela être apparentées » ; par ailleurs, l'étude n'a déterminé au total que sept variantes d'un gène, dont deux diffèrent avec le sang attribué à Louis XVI ; « dans la pratique des affaires criminelles, ces deux différences sont suffisantes pour exclure un lien de parenté par la lignée paternelle » ; et « même si l'identité serait parfaite entre l'ADN du chromosome Y du sang et l'ADN du chromosome Y du crâne, il serait impossible d'affirmer que le sang est celui de Louis XVI et le crâne celui d'Henri IV par absence d'élément de référence ».

L’historien conclue donc à « de graves lacunes au niveau de l'enquête historique, complètement bâclée », « l'ADN retrouvé sur la tête est très fragmentaire, c'est-à-dire qu'il n'est absolument pas suffisant pour établir un lien de parenté. Sans rentrer dans les détails, plusieurs personnes sans le moindre lien peuvent avoir ce même chromosome Y ». Il s'étonne aussi que la tête n'ait pas été sciée, comme c'était le cas pour les embaumements royaux sous l'Ancien Régime, et comme l'atteste l'un des témoins oculaires officiels des profanations de 1793.

P. Delorme assure donc que la tête n'est pas celle d'Henri IV. Et rajoute que « pour être tout à fait sérieux, faudrait-il encore prouver que le sang séché est bien celui de Louis XVI. Or, cette affaire ne repose que sur un mouchoir taché dont la provenance n'est pas très claire. C'est d'autant plus dommage que nous aurions aujourd'hui les moyens de déterminer la signature génétique de Louis XVI, soit en la comparant avec les différents cheveux authentifiés, soit en analysant le cœur de Louis XVIII, son frère, conservé à la basilique de Saint-Denis ».

Nous en saurons peut être plus très prochainement, à la sortie de l’ouvrage de P. Charlier prévue pour février et de celui de P. Delorme prévu pour le printemps !

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