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Histoire scolaire et « vulgarisation » : violentes polémiques ?

Nous avons évoqué à plusieurs reprises sur histoire-pour-tous les débats autour de l'enseignement de l'histoire, et de sa « vulgarisation » (terme auquel on peut préférer « popularisation »). A chaque rentrée, depuis plusieurs années déjà, les mêmes journaux (Le Figaro Histoire, Valeurs actuelles, Causeur,...) et les mêmes personnages (Casali, Deutsch, Bern, Ferrand,...) s'attaquent à l'histoire enseignée...

 

... à coups de contre-vérités sur les programmes, et systématiquement en condamnant le soi-disant parti-pris idéologique du Ministère, et d'une bonne part des enseignants. Campagne présidentielle oblige, des candidats ont aussi ajouté leur grain de sel dans le « débat ». Il en va de même pour la vulgarisation de l'histoire, squattée le plus souvent par un petit groupe de personnes (les mêmes), que ce soit dans les médias de masse ou une partie de l'édition. Des polémiques récentes montrent que la situation s'aggrave, et que les polémiques sont de plus en violentes. 

Dimitri Casali passe à la vitesse supérieure

L'auto-proclamé spécialiste des programmes scolaires et défenseur des enseignants martyrisés par le politiquement correct avait déjà publié un « Altermanuel de l'histoire de France », en 2011. Régulièrement invité par les médias audiovisuels (il a son rond de serviette à « C dans l'air » dès que le sujet y est abordé), il a le soutien d'une certaine presse, d'Atlantico à Boulevard Voltaire. Il avait même osé « prolonger » le Petit Lavisse (2013).

Cette année, Casali a décidé de publier un nouveau manuel, mais cette fois destiné directement aux enseignants, pas uniquement aux parents d'enfants à qui on n'apprendrait plus l'histoire de France. Des établissements scolaires ont même reçu un mail proposant le manuel parmi tous les autres éditeurs, à l'occasion de la mise en place des nouveaux programmes d'histoire au collège.

Couverture C1 RVB ptteComme l'a montré le site Aggiornamento hist-géo, l'initiative de Casali est soutenue par la Fondation Aristote, liée au mouvement Manif pour tous, et à l'association chrétienne intégriste Civitas. Ce n'est donc sans doute pas un hasard si l'ancien enseignant, dans son chapitre sur la bataille de Poitiers, par exemple, insiste sur le caractère religieux de l'affrontement. Les titres des chapitres parlent d'eux-mêmes : « Charles Martel, sauveur de la chrétienté ? », « La Gaule, proie de l'Islam ». ..

Apologie de la colonisation, Marc Bloch détourné,...

On assiste là à une véritable offensive contre l'histoire scolaire, relayée par des politiques comme François Fillon, qui veut le retour à un roman national dont le but serait de faire aimer la France. Quand on sait que l'ancien Premier ministre a soutenu la Manif pour tous, tout en déclarant que les colonisateurs voulaient seulement « partager leur culture » avec les colonisés, on voit où cela peut mener.

Régulièrement, la célèbre citation (tronquée) de Marc Bloch (« Qui n'a pas vibré au sacre de Reims et à la Fête de la Fédération n'est pas vraiment français », est la version la plus diffusée par les médias) est détournée. Récemment par Marion Maréchal-Le Pen (Toulon, décembre 2015), mais aussi par Alain Finkielkraut, que Patrick Boucheron a tenté de remettre en place devant un public acquis à l'Académicien (débat organisé par Le Monde, le 29 septembre 2016), en contextualisant et en lisant en entier le texte de Bloch. Le procédé n'est pas nouveau, puisque Le Figaro Histoire avait déjà détourné Bloch en 2012 (voir la réponse de Suzanne Bloch dans Libération du 12 novembre 2012). Mais cela devient systématique, et va à présent de l'Académie au Front National.

Lorànt Deutsch censuré par des professeurs gauchistes ?

Une polémique a enflammé le net ces derniers jours : le comédien se serait servi d'un (et même de plusieurs) compte(s) pour répondre, le plus souvent violemment (insultes, menaces, allusion au Bataclan,...), à ses détracteurs. Deutsch nie en bloc être l'auteur, et conteste, mais en plusieurs versions (sur Le Figaro, évidemment) l'enquête très fouillée de Paul Aveline dans Buzzfeed. Dans l'une des versions de son démenti, Deutsch affirme que la cabale contre lui vient « d'idéologues militant à gauche », reprenant ainsi son discours depuis plus de quatre ans, qui n'est qu'une contre-vérité parmi tant d'autres. L'article de Buzzfeed a été repris par la presse sur internet, mais on remarquera que la télévision ne l'a pas évoqué (à part le site, mais seulement sur internet, de BFM). Or, l'essentiel du public de Deutsch se trouve être le même qui regarde les mass médias, pas celui des réseaux sociaux...

6496173-lorant-deutsch-a-une-vision-quasi-maurrassienne-de-l-rsquo-histoireCe qui est le plus intéressant dans cette « affaire » Lorànt Deutsch n'est pas, au bout du compte, qu'il soit ou non « la cathelinierre ». Chacun se fera son opinion en lisant les articles concernés. Cette polémique vient surtout après celle sur la venue du comédien devant des collégiens de 4e, à Trappes. Sur le site Aggiornamento hist-géo, deux enseignants ont exprimé leur désaccord, et finalement Deutsch a annulé sa venue. Comme l'a bien montré le site Acrimed, cette première « affaire » a elle été bien plus relayée par les médias, et le comédien a le plus souvent été présenté comme une victime d'enseignants militants (une nouvelle fois, soi-disant au Front de Gauche...). Le public mal informé a pu, comme à l'époque de la polémique « Métronome », croire que le comédien était animé de bonnes intentions, détruites par le militantisme et le corporatisme de quelques enseignants...

Pourquoi il faut être inquiet

Politiques et institutions s'ajoutent aujourd'hui, de plus en plus, aux médias pour défendre cette vision de l'histoire. A droite surtout, mais pas seulement (Mélenchon, Macron, pour ne citer qu'eux, ont aussi un discours sur l'histoire qui pose question), les politiques militent ouvertement pour le retour à un récit/roman national dans les écoles. Il s'agirait ainsi de répondre à une crise identitaire, en « faisant aimer la France ». L'esprit critique et le doute n'auraient plus leur place (« Faire douter de notre Histoire : cette instruction est honteuse », a lancé François Fillon), ni même la diversité. Ils sont aidés en cela par le système médiatique, plus prompt à relayer des polémiques de forme, que des critiques de fond. Et le fait qu'un temps Deutsch ait eu accès aux écoles primaires de Paris, et que l'initiative à Trappes ait été imposée (même implicitement) aux enseignants par l'Inspection, pose vraiment question sur l'avenir proche et les menaces qui pèsent sur l'enseignement de l'histoire, et plus largement sur l'accès du grand public à une histoire critique dégagée de toute récupération identitaire.

A lire

Contre l'entrisme de la fondation Aristote et de son valet Casali.

L'étrange interview remaniée de Lorànt Deutsch dans «Le Figaro»

Lorant Deutsch devant nos élèves ? Ce sera sans nous

Sa liberté d'expression est en danger : soutenons Lorànt Deutsch !

Christophe Naudin est coauteur avec W. Blanc et A. Chéry de « Les historiens de garde » (Libertalia, 2016).

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