Cyrano de Bergerac, écrivain de la crise
Avant d’être le personnage haut en couleur mis en scène par Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac fut un écrivain du premier XVIIe siècle, libertin et antimazarin. Une nouvelle biographie de Jacques Prévot nous apprend que Cyrano, bien que Cadet de Gascogne, n’était pas gascon mais parisien ; qu’il n’était pas amoureux de la belle Roxane, mais semblait plutôt attirer par le sexe fort ; et que Molière lui a emprunté la formule “mais que diable allait-il faire dans cette galère ?”.

Cyrano de Bergerac (1619-1655) fut un écrivain du xviie siècle, épris de liberté, de science et d’aventure. Comme dans la pièce de théâtre éponyme, ce héros au long nez n’a pas eu, au cours de sa brève existence, la vie dont il a rêvé. Fils d’un simple bourgeois, il refuse que ses origines familiales l’empêchent de mener les aventures auxquelles il aspire. Il entre chez les Cadets de Gascogne et multiplie les duels. Mais, gravement blessé par deux fois durant les campagnes de la guerre de Trente Ans, il doit renoncer au métier des armes. De retour à Paris, il continue de défrayer la chronique, grâce à son habileté à l’épée. Il fréquente aussi les cercles littéraires indépendants et se lance lui-même dans l’écriture.
Derrière cette image d’homme d’action, participant aux événements historiques qui ont marqué le premier xviie siècle, se trouve un libertin, c’est-à-dire un libre penseur qui a lutté avec passion contre les vérités toutes faites, l’intolérance et les excès d’autorité des puissants de son époque. Sa pensée comme ses jeux avec la langue française nous montrent la modernité d’un siècle, que nos préjugés considèrent comme suranné et étranger à notre société contemporaine.
Cyrano de Bergerac. L'écrivain de la crise, de Jacques Prévot. Editions Ellipse, mai 2011.
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