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Çanakkale 1915 (Y. Sezgin)

A l’affiche en ce moment, le film Çanakkale 1915 plonge le spectateur au cœur de la Première Guerre mondiale. Il est dédié à la mémoire des combattants ottomans de la Grande Guerre qui combattirent lors de la bataille des Dardanelles contre un corps expéditionnaire allié composé de Britanniques, de Français et de l’ANZAC (les forces expéditionnaires australiennes et néo-zélandaises).

Synopsis

Guerre des Balkans, 1912 : après la grande défaite ottomane, la jeunesse turque s'enrôle dans l'armée afin de prendre part à la Première Guerre mondiale. Canakkale 1915 retrace l'histoire de Veli et Mehmet Ali, deux jeunes affectés à la 19e division, celle-là même qui livra contre les troupes britanniques une des plus grandes luttes de l'histoire.

Notre avis

A n’en pas douter, le réalisateur et ses équipes ont effectué un énorme travail historique pour documenter au mieux les scènes, les costumes, les personnages. Les faits et la chronologie sont fidèles à la réalité et offrent ainsi au spectateur une vision méconnue d’une des plus grandes batailles de la Première Guerre mondiale (qui fit au total environ 400 000 victimes).

Les amateurs d’uniformes et d’armement seront ravis, car ce film montre en détail les uniformes de l’armée ottomane de l’époque. Le film a cela de particulier qu’il met en scène et insiste sur le rôle de Mustapha Kemal, futur Atatürk, qui commanda plusieurs régiments ottomans lors de cette bataille. Les traits de caractère des personnages sont également respectés, on reconnait un Mustapha Kemal implacable et fin stratège, l’acteur qui l’incarne a d’ailleurs le même regard perçant. Toutefois, le flegme britannique est peut-être un peu surjoué…

canakkale1915Le film souffre néanmoins de nombreux défauts et pêche par son manque d’originalité. Nous sommes en 2012 et le réalisateur use des pires procédés hollywoodiens périmés des années soixante. Depuis quand une batterie de quatre petits canons de 75mm arrive-t-elle à détruire les plus gros des Dreadnoughts (cuirassés utilisés pendant la Grande Guerre) ? Depuis quand un soldat, seul, armé de sa volonté et animé par l’amour de sa patrie, arrive-t-il à porter un obus de plus de 200 kilos pour alimenter un obusier dont les rails d’approvisionnement sont détruits ?

Le film ne montre quasiment aucune scène des batailles telles qu’elles purent se dérouler sur les lieux du débarquement allié. Les seules scènes filmées montrent des escarmouches, des unités ottomanes isolées qui contiennent les soldats alliés. Les seules scènes voulant représenter les grandes offensives ottomanes ne sont qu’une succession d’images aériennes de synthèse voulant suggérer le nombre et la violence de ce qui suit. En cela, le réalisateur excelle, car le spectateur doit s’imaginer l’intensité des combats. Le film est d’ailleurs une succession de plus ou moins longues scènes qui suggèrent toujours sans forcément montrer. Le jeu des acteurs et la bande sonore sont alors déterminants pour transmettre les sentiments au spectateur.

Au regard des pertes réelles et des souffrances endurées par les combattants qui connurent la faim, la soif, les insectes ou les maladies tropicales, on peut dire que Çanakkale 1915 occulte une grande partie de la vérité puisqu’il n’évoque quasiment jamais les souffrances « annexes ». De plus, on ne voit quasiment jamais de soldats alliés ! A croire que les Ottomans tirent à l’aveuglette.

Un film de propagande

Les assauts filmés au ralenti ; les zooms sur les visages graves et sales ; l’héroïsation des soldats à outrance (scène du canon citée plus haut, entre autres) ; l’occultation des ennemis et, surtout, la musique –épique-, sont les ingrédients de ce film de guerre. Avec le recul, il est clair que le réalisateur a voulu idéaliser les Ottomans dans ce long-métrage. Pour preuve, la première scène qui montre des revenants –épuisés et en guenilles- de la guerre des Balkans de 1912 puis la seconde scène montrant la mobilisation de 1914 et les jeunes qui s’enrôlent en masse, même dans les villages les plus reculés d’Anatolie.

Comme il est écrit lors du générique final, le film est dédié aux milliers de soldats tombés pour leur patrie. C’est un but très noble que de vouloir rendre hommage aux victimes de la Grande Guerre mais, dans ce film, le réalisateur instrumentalise l’Histoire. C’est dommage, car l’épisode des Dardanelles est très largement méconnu d’un grand public habitué aux films mettant en scène le front ouest et les tranchées boueuses de France….

 

Nous ne déconseillons pas ce film, loin de là. Il est même très intéressant de découvrir un épisode méconnu de la Grande Guerre. Attention toutefois au parti pris du réalisateur.

 

Pour aller plus loin

- Edward J. Erickson, Ordered To Die, A History of the Ottoman Army in the First World War, Greenwood Press, 2001.

- Pierre Miquel, Les Poilus d'Orient, Fayard, 1998.

La bande annonce du film

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