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Métronome, épisode 2 (France 5)

Après un premier épisode qui, à la fois, reprenait l’esprit et quelques-unes des erreurs de l’ouvrage Métronome, et proposait des reconstitutions plus que mitigées, voici donc le deuxième volet de la série adaptée du best-seller de Lorànt Deutsch, et diffusée par France 5 avant une sortie en DVD. L’épisode 2 est consacré à la période VIe-Xe siècle : « Des fils de Clovis aux fils de Charlemagne ».

 

Résumé du 2e épisode

Partant de la mort de Clovis, qui concluait l’épisode précédent, Lorànt Deutsch, après une longue digression par le XIVe siècle, reprend en évoquant la succession de Clovis, puis les événements parisiens (et au-delà) jusqu’à Hugues Capet, et pas seulement aux fils de Charlemagne comme cela est annoncé dans le titre. Comme précédemment, il s’appuie sur l’histoire des souverains et des saints, et centre son propos essentiellement sur la construction d’édifices religieux : Saint-Denis, Notre-Dame de Paris, Saint-Germain-des-Prés. Lorànt Deutsch raconte aussi la période troublée qui voit les Vikings assiéger Paris par deux fois. Il conclut par le constat de Francs peu dignes de Paris, mais une capitale qui désormais fait les rois…tournage-adaptation-de-metronome-de-lorant-deutschM59853

Les confusions chronologiques de Métronome

La première chose qui étonne dans cet épisode est une certaine confusion chronologique. Lorànt Deutsch commence par présenter la naissance de Notre-Dame de Paris, puis raconte la terrifiante histoire de la rue Chanoinesse, très proche de celle de Sweeney Todd. Pourquoi cette digression, même amusante ? Il reprend ensuite le fil chronologique, mais plusieurs fois recommence avec des allers et retours dans le temps qui font perdre la cohérence et la logique de son récit, même si parfois il parvient à se raccrocher aux branches. On navigue ainsi entre VIe et XIVe, VIIe et XIIIe siècles, sans vraiment savoir pourquoi. De même est évoqué le siège de Paris par les Vikings en 845, puis celui de 885, mais avec les mêmes images ! Tout cela est très confus, et peut perdre le spectateur non averti. Peut-être est-ce une façon de gagner du temps, puisqu’il est vrai que la période VIe-Xe siècle n’est pas forcément la plus riche dans l’histoire de Paris ?

Histoire et légendes

A l’instar de l’épisode précédent, Lorànt Deutsch continue de mêler histoire, anecdotes, miracles et légendes sans aucune utilisation du conditionnel, et évidemment sans jamais citer, même un peu, quelques sources. Ainsi, quand il raconte l’histoire de la rue Chanoinesse, pourquoi ne pas dire que la légende (si c’en est une) date du XVIIe siècle ? On pourrait encore plus se demander pourquoi il y fait allusion, à part évidemment pour faire un peu dans le roman…On ne sait plus alors si nous sommes dans l’histoire ou la fiction. Ambiguïté permanente dans le documentaire, peut-être plus encore que dans l’ouvrage.

Le surnaturel est omniprésent : toujours avec les miracles des saints (comme Germain), mais surtout avec la légende de Biscornet, celui qui aurait fabriqué les ferrures de Notre-Dame, et pour cela signé un pacte avec le Diable…

Continuant de distordre l’histoire, Lorànt Deutsch prend ses rêves d’enfant pour des réalités : le siège de Paris par Otton II en 978 ? Il a suffi d’un combat singulier, type David et Goliath, entre un géant germain et un chevalier franc nommé Yves, pour que l’empereur lève le siège ! Certes, c’est joliment raconté, mais est-on dans l’histoire ou le roman de chevalerie ? Evidemment, la réalité est moins glamour et glorieuse, tout comme pour l’autre siège de Paris, par les Vikings cette fois, en 885. Le comédien fait d’Eudes le grand vainqueur, mais oublie juste de dire que si les Vikings sont partis, c’est surtout parce que le roi Charles le Gros est venu leur payer tribut…On peut comprendre que tout à son envie de glorifier les monarques, Lorànt Deutsch passe sur ce genre de « détail ».

Enfin que penser de l’anecdote sur le « bon roi Dagobert » ? Le Mérovingien aurait eu « des amours contre nature avec saint Eloi » ! Sans parler de la source dont il tire cette histoire, on peut se dire : quel intérêt ?

Le problème (encore) des reconstitutions de Métronome

Nous avions déjà pointé les problèmes des reconstitutions numériques et jouées dans l’épisode précédent de Métronome. Malheureusement, cela continue ici. Si les scènes avec les acteurs sont moins ridicules, les clichés sont toujours autant présents. L’attaque des Vikings est à ce titre un grand moment : gros barbus avec casques à cornes, drakkars aux voiles rouges et blanches, tout y est !

Mais plus gênant, l’architecture est le plus souvent totalement anachronique. Le siège de Paris par les Vikings, justement, montre une enceinte de l’île de la Cité qui ressemble fortement aux fortifications de…Carcassonne (version Viollet-le-Duc en plus) ! Non seulement anachronique, mais incohérent avec le propos, qui affirme que les remparts sont en ruines…Continue le problème récurrent de la carte de Paris, censée montrer l’évolution de la ville à travers les siècles. Là encore, on a l’impression qu’à part le nombre de bâtiments, tout est de la même époque, comme si les églises ou les remparts du IXe avaient la même forme que ceux du XVe. Le meilleur exemple est l’histoire du Châtelet. Lorànt Deutsch nous raconte les circonstances de sa construction, mais avec des illustrations représentant un Châtelet type XIVe-XVe siècle, alors qu’il évoque le IXe siècle. On chipote ? Pourquoi dans ce cas ne pas donner des arquebuses aux Vikings et planter des bombardes sur les remparts de Paris ?

Une obsession anti-révolutionnaire de Lorànt Deutsch ?

On l’a dit, Lorànt Deutsch centre son récit sur les chefs, les empereurs, les rois et les saints, délaissant quelque peu le peuple. Dans le second épisode de Métronome, il met plusieurs fois en parallèle « la grandeur de la monarchie/la grandeur de la France ». Lors de la visite de Saint-Denis, il affirme ainsi que les gisants ont été « construits pour célébrer la grandeur de la monarchie, et surtout de la France ». Peut-on dire, vraiment, que les Capétiens, par exemple, ont pensé à la grandeur de la France quand ils ont commandé leurs gisants ? Et quelle France ?...Lorànt Deutsch, contrairement à ses interviews, assume ici implicitement son royalisme, notamment quand il dit que, pour lui, Saint-Denis est « l’endroit le plus symbolique de l’histoire de France ». Pourquoi pas ? Mais le problème est quand il évoque la Révolution, où spécialement par son vocabulaire et son insistance sur les violences révolutionnaires, on semble tomber dans les pires clichés contre-révolutionnaires.

Dans le premier volet de cette adaptation de Métronome, il avait déjà parlé des révolutionnaires « nouveaux persécuteurs », ou de la « fureur révolutionnaire ». Ici, il emploie le terme « brutalité révolutionnaire » pour un exemple précis, très symptomatique de ce qu’il pense de la Révolution. Il accuse les révolutionnaires d’avoir sciemment stocké dans l’église Saint-Germain du salpêtre, non pas uniquement pour en faire un dépôt à munitions, mais avec « une volonté réfléchie de faire pourrir de l’intérieur le fondement des édifices religieux » ! La mise en scène de ce moment, musique comprise, est évidemment très évocatrice…Plus loin, et on pourrait presqu’en rire, Lorànt Deutsch ose cette sortie, au sujet de la mauvaise réputation de Dagobert et de sa culotte : il accuse les révolutionnaires, qui en seraient à l’origine, d’anachronisme ( !), ajoutant : « la Révolution, qui se moque bien de la vérité historique, a produit cette rengaine pour railler les rois et les saints ». On croit rêver…Nous verrons comment il traite ce moment de la Révolution dans le quatrième épisode, mais qu'il parvienne à l'évoquer dans les deux premiers volets toujours sous l'angle de la violence laisse songeur.

L’avis d’Histoire pour Tous

Ce second épisode s’inscrit donc dans la même logique que le précédent, voire un peu plus.

Malgré quelques moments sympathiques (la visite de la rue de l’Echaudé ou de l’Abbaye), cet épisode confirme les défauts du documentaire, au-delà même de l’idéologie de Lorànt Deutsch : manque de rigueur, confusions histoire/légende, reconstitutions anachroniques,...


Critique du 1er épisode.

Critique des épisodes 3 et 4.

Lire aussi  : Pour en finir avec Lorànt Deutsch et le Métronome.

- Métronome, réalisé par Fabrice Hourlier et commenté par Lorànt Deutsch. Diffusion sur France 5 à 16h45, les 8, 15, 22 et 29 avril 2012. Disponible en double-DVD à partir du 18 avril. Voir le site de France 5 sur le Métronome.

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