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Métronome (France 5), épisodes 3 et 4

Les deux premiers épisodes de l’adaptation à la télévision du Métronome de Lorànt Deutsch nous avaient laissé quelque peu songeur. Entre reconstitutions approximatives, et même parfois assez ridicules, et propos confus mêlant faits historiques et légendes dans une chronologie aléatoire, l’impression était celle d’une entreprise bâclée, malgré le budget conséquent alloué par le service public. Les deux derniers épisodes sauvent-ils le projet ? La réponse est contrastée…

 

Résumé des épisodes 3 et 4 de Métronome (France 5)

Le troisième épisode du Métronome commence logiquement où s’achevait le précédent, par le fils d’Hugues Capet, Robert le Pieux, et ses travaux du Palais de l’île de la Cité (après un détour par ses problèmes conjugaux). Le propos de Lorànt Deutsch continue avec les autres Capétiens, s’attardant évidemment sur l’œuvre de Philippe Auguste (Louvre, enceintes,…). Une part importante est donnée à la naissance de l’Université, puis à l’affaire Etienne Marcel. L’épisode se conclut assez abruptement sur un Paris aux mains des Anglo-bourguignons.deutschvoiturefrance5B

L’épisode suivant, le dernier de la série documentaire, reprend très vite fait à la fin de la Guerre de Cent ans, pour dire simplement que Paris a fini par être libéré. Lorànt Deutsch enchaine ensuite sur le XVIe siècle, traitant pêle-mêle du Louvre (de François Ier à Louis XIV), des Invalides, des ponts, avant de s’attarder sur la prise de la Bastille. Le XIXe siècle est vu par le biais des travaux d’Haussmann, avant que le XXe siècle ne soit expédié après un long détour sur les Champs-Elysées. Lorànt Deutsch conclut par un Paris du XXIe siècle qui s’étend à l’ouest, vers Nanterre, et ainsi remonte à sa source antique…

Un sentiment de travail bâclé

Autant les deux premiers épisodes, malgré des défauts conséquents, semblaient avoir été faits sérieusement, autant les trois et quatre, et surtout le dernier, donnent une réelle impression de travail vite expédié. Si l’épisode 3 offre quelques moment réussis (en particulier le passage sur l’enceinte Philippe Auguste, avec l’alternance entre la carte et les vestiges), d’autres le sont beaucoup moins (le passage sur les nobles méridionaux est pathétique, celui sur la folie de Charles VI encore plus). Mais, surtout, le dernier épisode n’est quasiment qu’un enchainement de plans du Paris actuel (avec évidemment Lorànt Deutsch à l’écran), pas forcément liés au propos en plus, avec une impression de vouloir gagner du temps, tout en ne s’intéressant pas du tout à ce qu’on raconte au spectateur. Certes, l’histoire de Paris à l’époque contemporaine est peut-être moins passionnante qu’au Moyen Âge, mais dans ce cas autant la supprimer complètement…Car on sent bien que Lorànt Deutsch est moins concerné, moins passionné, probablement parce qu’il n’y a plus d’histoire de saints à raconter, et que les souverains de l’époque dédaignent rapidement Paris…Et puis, après tout, la Commune, même pas mentionnée, est probablement un détail de l'histoire...

Les problèmes de confusion, notamment chronologiques, demeurent voire s’aggravent. Ainsi, on ne comprend pas trop qui a construit quoi du Palais de la Cité, puisque Lorànt Deutsch mélange Robert le Pieux, Philippe le Bel ou Charles V. Et puis, il y a toujours les énormités historiques, destinées la plupart du temps à conforter le comédien dans son idéologie…

Le patriarche de Jérusalem, Héraclius, prêche la croisade à Paris…

Passons sur différentes erreurs, et surtout sur le passage de la Révolution, que nos amis de Goliards détaillent parfaitement, pour nous attarder sur un passage qui résume parfaitement « la méthode Deutsch ».

Dans l’épisode 3, et dans le livre Métronome (p 221-223, édition 2010), Lorànt Deutsch affirme qu’en 1187, le patriarche de Jérusalem, Héraclius, est venu dans Notre-Dame de Paris en construction, pour annoncer la prise de Jérusalem par Saladin et, dans la foulée, prêcher ce qui sera la Troisième croisade (à laquelle participa Philippe Auguste). Or, après quelques vérifications, Héraclius semble bien être venu à Paris (si l’on suit, par exemple, le chroniqueur Rigord), mais en 1185. Le patriarche voulait demander de l’aide à l’Europe (il est aussi allé en Angleterre) pour aider le roi de Jérusalem Baudouin IV à stopper les progrès de Saladin. Lorànt Deutsch ne fournissant aucune bibliographie dans son Métronome, difficile de savoir où il a trouvé qu’Héraclius a prêché la croisade en 1187, à Paris. Peut-être a-t-il consulté L’histoire universelle de l’Eglise catholique (1845), de l’abbé Rohrbacher, qui mentionne le voyage d’Héraclius en Europe, mais bien en 1185. Nous avons pensé qu’il a utilisé ce livre, car cela serait cohérent avec tout son travail, qui semble directement inspiré de l’historiographie du XIXe siècle, notamment catholique. Mais dans tous les cas, impossible pour nous de trouver trace d’un voyage en 1187, surtout qu’Héraclius est censé s’être réfugié à Antioche après la chute de Jérusalem, qui intervient en plus en octobre 1187…

Tout ça pour dire que cet exemple illustre parfaitement pour nous « la méthode Deutsch » : à partir d’une historiographie ancienne, on prend un fait pour le distordre et l’adapter à ce que l’on veut mettre dans la tête des gens. Là, on prend un voyage bien réel d’Héraclius mais, en changeant sa date, on le dramatise et on en fait un événement majeur ; en effet, c’est bien plus classe de dire que la Troisième croisade (peut-être la plus célèbre) a été prêchée par le patriarche de Jérusalem en personne, dans Notre-Dame en construction, à Paris donc, plutôt que banalement par un pape à Rome. Et Lorànt Deutsch applique cette méthode pour bien d’autres sujets, dans tout son Métronome. Est-ce encore de l’histoire, même distrayante ?

L’avis d’Histoire pour tous

Financée grassement par le service public, la série documentaire Métronome pose donc vraiment question. Il ne s’agit pas ici de faire un procès en légitimité historique à Lorànt Deutsch, car l’histoire appartient à tout le monde. Encore faut-il la respecter et ne pas la tordre pour la faire aller dans le sens qui nous arrange.

La série est donc un échec sur le fond mais aussi sur la forme, et là Lorànt Deutsch n’y est pas pour grand-chose. A quelques exceptions près, les reconstitutions, particulièrement celles jouées par des « acteurs », sont complètement ratées. Où est donc passé le million d’euros ?

HPT fera prochainement un bilan de cette expérience Métronome car, au-delà du doc et du livre, il y a beaucoup à dire sur le phénomène, et sur son traitement tant par les medias que par les universitaires…

 

- Métronome, réalisé par Fabrice Hourlier et commenté par Lorànt Deutsch. Diffusion sur France 5 à 16h45 les 22 et 29 avril 2012. Disponible en double-DVD à partir du 18 avril.

Critiques des épisode 1 et épisode 2.

Lire aussi : Pour en finir avec Lorànt Deutsch et le Métronome.

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