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Enseignement : la Méditerranée disparaît des programmes de Seconde

Nouvelle polémique dans le monde de l'éducation. Dans un contexte de suppression de l'enseignement de l'histoire en terminale S, de réforme du lycée et de la formation des maîtres, le ministère de l’Education Nationale a publié le 27 janvier 2010 son projet pour les nouveaux programmes de Seconde en histoire-géographie. Principale nouveauté au sujet de l’histoire : la suppression de « La Méditerranée au XIIe siècle ». Une décision qui, si elle devait se confirmer, conduit à se poser des questions sur les raisons et les conséquences d’un tel choix...

 

Une Méditerranée au carrefour des « civilisations »

Ce programme abordait les trois civilisations de la Méditerranée à cette époque : l’Occident chrétien, l’Islam et l’Empire byzantin. Il entendait étudier (selon les consignes officielles) tant les guerres (en particulier les croisades) que les échanges commerciaux et culturels. On voit de suite comment ces thèmes peuvent résonner avec des questionnements actuels, surtout quand on parle par exemple d’Union pour la Méditerranée. L’intérêt était de montrer que les relations entre ces trois civilisations n’étaient pas faites des clichés habituels de « choc des civilisations » sur des bases religieuses qui plus est…

Ce thème serait finalement remplacé par un recentrage sur le christianisme : si la naissance de cette religion et sa diffusion sont supprimées dans ce projet, les nouvelles orientations parlent d’enseigner « La civilisation rurale dans l'Occident chrétien médiéval, du IXe au XIIIesiècle ». Problème, ce thème fait la redite avec ce que les élèves sont censés avoir étudié en Cinquième…Surtout, cette façon de faire axe l’étude du Moyen Age sur une Europe chrétienne, la diversité du monde n’apparaissant qu’ensuite avec une partie du programme à la place minime qui concerne les « Nouvelles visions de l'homme et du monde à l'époque moderne (XVe-XVIIIe siècle) » avec une partie sur Constantinople/Istanbul.

Nous avons donc un recentrage sur une vision européocentrée, qui plus est avec le choix d’un angle religieux en affirmant le caractère chrétien de cette Europe ; une Europe dans un monde divers (à peine abordé) mais une Europe chrétienne donc…

Le plus dommage, peut-être, étant que ce thème de la Méditerranée au XIIè était l’un des plus appréciés des élèves.

Sortir d’un « braudélisme religieux » ?

Mais au-delà de cette polémique naissante, nous pouvons nous poser une question plus large encore sur l’enseignement de l’Histoire en général, dans le secondaire.

Depuis la fin des années 60, le concept braudélien de « civilisation » s’est installé et n’est quasiment pas contesté (même si de plus en plus). Pour résumer, ce concept fige des sociétés et des cultures dans de grands ensembles, les civilisations, et peut avoir comme effet contestable une vision essentialiste et souvent trompeuse des enjeux considérés. Souvent, il conduit à des simplifications et à des contre-vérités ! Braudel n’est pas en cause, mais c’est son héritage, un brin détourné qui a amené à cette situation dans l’enseignement de l’histoire.

Pire, la « civilisation à la Braudel » est enseignée sur des fondements religieux. En 5è, les jeunes élèves étudient les bases des « civilisations occidentale et islamique » par le biais avant tout religieux, en abordant la naissance de ces deux religions, en faisant le socle et quasiment la graine qui aurait fait naitre deux ensembles homogènes, et surtout opposés très vite. Le choix de prendre en premier lieu l’aspect religieux conduit à deux écueils : considérer comme quantité négligeable tous les autres aspects et caractéristiques de ces « civilisations » et des relations entre elles ; et ne voir dans ces relations qu’uniquement un choc éternel entre deux « civilisations » mais surtout deux « religions ». Ainsi, on va voir les croisades comme un choc entre deux religions, mais on oubliera ou on jugera comme secondaires les aspects démographiques, sociaux, politiques qui auraient pu aussi les provoquer, et la bien plus grande complexité dans leurs relations. Et cela, l’étude de la Méditerranée au XIIè siècle pouvait aider à y répondre…

On le voit, rien n’est anodin dans les choix des programmes ni des angles par lesquels aborder l’enseignement de l’histoire. Les conséquences portent bien au-delà des murs des écoles, des collèges et des lycées. Il est donc important que ce ne soit pas que les professionnels et les politiques qui prennent ces questions à cœur, mais aussi les parents et tout citoyen. Pour cela encore faut-il qu’ils soient au courant.

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