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Expo : France 1500 (Grand Palais)

jeanheyEntre Moyen Âge et Renaissance, les règnes de Charles VIII et de Louis XII sont méconnus du grand public, et longtemps ignorés voire méprisés par les historiens. Leur sont préférés le règne de Louis XI et surtout celui de François Ier, vu comme celui qui a amené la Renaissance italienne en France. Pourtant, les guerres d’Italie ont bien commencées avec Charles VIII, et l’attrait pour les merveilles italiennes plus tôt encore, alors que Louis XII a entretenu un temps le rêve d’un « empire » français en contrôlant le Milanais, Gênes et Naples. L’exposition au Grand Palais est l’occasion, par le biais des rapports entre ces princes et les arts, de découvrir cette période sous-estimée et si riche.recommande

 

La France en 1500

L’exposition retrace les rapports entre les princes de France et les arts lors des règnes de Charles VIII (1483-1498) et de Louis XII (1498-1515), auxquels il faut ajouter le rôle d’Anne de Bretagne, femme de l’un et l’autre, donc reine de France, mais aussi grande mécène. Cette période est marquée par les guerres d’Italie, les campagnes des deux rois de France ayant finalement été un échec. Mais cela n’empêche pas la France de cette époque d’être le plus grand royaume d’Europe, et ce, même si Charles VIII a restitué des territoires au Sud à l’Espagne, et à l’Est à l’Empire, pour avoir les coudées franches en Italie. En revanche, et malgré la politique énergique de Louis XI, la France n’est pas encore un Etat vraiment uni et centralisé derrière son roi, le meilleur exemple étant peut-être la multiplicité des langues régionales. Le roi doit compter avec les grandes familles, tels les Bourbon ou la famille Angoulême (celle d’un certain François Ier). Ils tentent donc d’agrandir le domaine royal sans combattre, mais par le biais d’alliances matrimoniales habiles ou de droits d’héritage : Louis XI y parvient avec le Maine et l’Anjou, puis c’est la Provence sous Charles VIII. Cela se passe de façon plus violente avec la Bretagne, puisque Charles VIII entre en conflit avec François II et le futur Louis XII dans ce que l’on a appelé « la guerre folle » (1485-1488). Si le roi remporte la guerre, le sort de la Bretagne se joue autour de la fille et héritière du duc, Anne, et avec l’entrée en jeu de l’empereur Maximilien, avec qui elle est mariée par procuration. Mais Charles VIII l’emporte par la force, en prenant Rennes où Anne s’est réfugiée, et le 15 novembre 1491 la guerre est terminée. Trois semaines plus tard, Anne de Bretagne est mariée au roi de France, et avec elle son duché au domaine royal. La situation est confirmée quand Anne est obligée d’épouser le successeur de Charles VIII, Louis XII.

La situation économique de la France autour de 1500 n’est pas très connue, mais on sait qu’après les désastres de la Grande Peste et de la Guerre de Cent ans, la situation semble s’être améliorée et la croissance de retour. Nous avons donc une poussée démographique et beaucoup moins de famines que les décennies précédentes. De toute façon, on peut difficilement imaginer que Charles VIII et Louis XII auraient envisagé les campagnes d’Italie, si coûteuses, avec un royaume exsangue. La croissance bénéficie à tous les secteurs, en ville comme à la campagne, aidée aussi par la reprise d’échanges commerciaux avec les grands voisins comme l’Espagne et l’Empire.

En 1500, la France est donc sur une pente ascendante, se relevant de ses soucis passés, disposant d’une armée redoutée, d’une population conséquente (on parle de 15 millions) et commençant même à développer un certain sentiment national. C’est le bon cadre pour le développement des arts, au-delà même de l’influence italienne, et c’est le sujet de l’exposition du Grand Palais, « France 1500 ».

France 1500, l’exposition

L’exposition du Grand Palais veut démontrer que cette période charnière, entre Moyen Âge et Renaissance, a bien des spécificités et des atouts qu’il faut découvrir. L’art est bien présent, dynamique, en France, tout comme le mécénat des princes, et ce avant même les guerres d’Italie. Il faut alors sortir du carcan et des clichés opposant Moyen Âge et Renaissance, le gothique de l’un à l’humanisme de l’autre, et démontrer que tout est question de transition et de changement d’échelle (grâce, par exemple, à l’imprimerie). Les influences sont multiples, et d’ailleurs la France de la fin du XVe siècle est bien plus inspirée par l’art flamand que par l’art italien.

L’importance se situe aussi au niveau des rapports entre l’artiste et le commanditaire, avec le rôle croissant de la royauté aux côtés des autres princes mécènes. Cette rencontre entre commanditaire et artiste compose la première partie de l’exposition, après un prologue illustré par une somptueuse tapisserie datant du règne de Charles VII (1422-1461), et où l’on découvre, entre autres, le célèbre autoportrait de Jean Fouquet (~1415-1481). Les rapports entre mécène et artiste sont présentés par le rôle d’Anne de Bretagne (avec le tombeau des enfants de Charles VIII), celui des Bourbon (les tableaux de Jean Hey) ou encore des princes du Sud de la France (dont une magnifique Notre dame de Grâce).nd_grace_gdformat

Le second thème de l’exposition s’intéresse à la circulation des modèles et le développement des processus de création, avec évidemment l’importance de l’imprimerie. Nous avons là, par exemple, un Livre de Mélusine de Jean d’Arras, ou de magnifiques émaux, comme la Vierge de Douleur. La tapisserie, elle, semble toujours aussi populaire à cette époque (comme cette Pénélope tissant).

Le dernier thème de « France 1500 » veut insister sur la position centrale et décisive de la France dans le domaine des arts, en montrant les influences nordiques et méridionales qui marquent cette époque. Nous pouvons donc admirer La Belle Ferronnière de Léonard de Vinci, des médaillons venant du chantier du château de Gaillon (où travaillèrent nombre d’artistes italiens), le vitrail de Saint François (d’origine flamande) ou les Quatre Panneaux du Maître de Saint Gilles (flamand lui aussi). L’exposition se termine avec le François Ier en saint Jean-Baptiste de Jean Clouet, symbole de la transition avec la période à venir, bien plus connue mais si redevable de celle traversée au Grand Palais.

L’exposition « France 1500 » est donc une pure merveille, par la diversité et la beauté des œuvres présentées. On peut certes regretter que certaines médailles ou ouvrages ne soient pas très bien éclairés, mais pour le reste, sculptures, tapisseries comme tableaux sont magnifiquement mis en valeur et on peut s’approcher au plus près pour en admirer les détails. Une exposition incontournable donc, pour les amateurs du Moyen Âge, de la Renaissance, et évidemment pour tous les candidats au CAPES…

 

Renseignements et exposition virtuelle (le site du Grand Palais est remarquable) :

Musée du Grand Palais, exposition France 1500, entre Moyen Âge et Renaissance.

A lire

 

-          France 1500, entre Moyen Âge et Renaissance (catalogue de l’exposition), éditions de la Réunion des musées nationaux, 2010.

-          D. Le Fur, Le royaume de France en 1500, RMN, 2010.

-          « 1500, la France entre Moyen Âge et Renaissance », Télérama, HS n168, octobre 2010.

 

Pour aller plus loin

la bibliographie entière de l’exposition.

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