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CAPES : le cauchemar des stages

La réforme de la formation des enseignants, dite « mastérisation » est réellement entrée en vigueur à la rentrée 2010. Toutes les craintes se sont alors vérifiées, et on peut même dire aujourd’hui que la situation est pire que prévu. Il y a d’abord les reçus au CAPES 2010, qui se sont retrouvé face aux élèves sans formation, et parfois sans tuteur ; puis à présent ceux qui préparent le CAPES 2011 et 2012 en master enseignement, et qui pour beaucoup ne peuvent pas passer de stage. Les coupables ne sont pas forcément seulement ceux qu’on croit…


 

La situation des professeurs « stagiaires »

Commençons par donner quelques nouvelles des reçus au CAPES de l’année 2009-2010. Comme pour la suite, nous nous concentrerons essentiellement sur le CAPES d’Histoire-Géo en Île-de-France, mais on peut élargir à quasiment tout le reste. Pour cette situation de transition, on a donc des reçus au concours qui, pour l’essentiel, n’ont pas fait de stage pendant leur préparation et, en plus, ne bénéficient plus (au contraire de leurs aînés) de l’année de stage. En effet, avec cette réforme, un professeur « stagiaire » n’est plus vraiment stagiaire car il se retrouve à plein temps, avec quelques semaines de « formation » dans l’année, dont les modalités diffèrent selon les académies…Le jeune suicidaire est censé être chapoté par un tuteur pour le premier tiers de l’année, puis être remplacé par un étudiant de M2 enseignement (ou des vacataires) pendant qu’il est en formation, puis enseigné en plein exercice, seul. Mais ça c’est la théorie, dans les faits il n’y a quasiment que des cas particuliers. Sans entrer dans les détails, le principal problème est que nombre de « stagiaires » n’ont pas eu de tuteur à la rentrée ! Ils se sont donc retrouvé seuls devant des classes, sans aucune expérience ni formation ; c’est le cas par exemple pour des dizaines de postes dans l’académie de Créteil en Histoire-Géographie. Les premiers retours arrivent, entre dépressions et démissions en nombre…On reviendra sur les raisons de cette absence de tuteurs. Mais pour résumer, avec ce système, les élèves peuvent avoir dans la même année (et parfois pour plusieurs matières différentes) plusieurs profs mal voire pas formés, quand ils n’ont pas carrément abandonné en route ! Je rappelle que cette réforme est censée améliorer la formation des enseignants et leur situation professionnelle (entre autres avec une revalorisation du salaire). Tout est mensonge, mais qui en doutait ?

Le cauchemar des stages

facChose en partie prévue, mais cette fois sous-estimée dans la catastrophe : les stages des étudiants en préparation des futurs CAPES. Les « penseurs » de la réforme affirmaient que l’année de stage serait « remplacée » par un stage effectué en M1 et en M2. Outre le fait qu’il était étonnant de demander à des candidats à de tels concours de préparer ces derniers tout en faisant ces stages (de, normalement, 108h avec rapport à la clé), s’est posée la question de leur organisation. Et là, c’est le drame ! Prenons un exemple précis : la préparation à la Sorbonne (académie de Paris) du CAPES Histoire-Géo. Passons sur le stage des M1, il est reporté sine die. Mais en ce qui concerne le stage des M2 enseignement, on atteint des sommets de n’importe quoi : les stages sont censés commencer le 7 décembre, mais personne ne sait si en fait ce sera le cas ! Les étudiants, qui sortent à peine de leurs écrits (18 et 19 novembre dernier), ne savent donc pas quand (voire si) ils vont faire ce stage, censé être en deux parties (décembre-février ; mars), alors que ce serait leur seule « formation » sur le terrain, et qu’en plus ces stages sont obligatoires pour valider le fameux Master enseignement ! La principale raison ? Une fois de plus l’absence de tuteurs ; il en manquerait la moitié…Toutefois, cette situation ne serait pas générale, ce qui paradoxalement pose quand même problème ; en effet, si en Histoire-Géo, Lettres ou Espagnol ces stages sont effectivement reportés, ce n’est pas le cas par exemple pour les Maths, les SVT ou les sciences éco (toujours dans l’académie de Paris). Est-ce normal cette différence de traitement ? Y aurait-il des sous-matières ?

Les coupables

Evidemment cette situation n’est en aucun cas due au hasard ou à la malchance. Les premiers coupables sont à trouver, c’est logique, au niveau des décideurs : ceux qui ont « pensé » cette réforme, pour certains uniquement pour faire des économies et détruire à petit feu l’Education Nationale, pour d’autres des technocrates ignorants des réalités qui se sont contenté de lancer des ordres sans se demander si c’était applicable. On a au passage eu un exemple flagrant de ce genre d’incompétence avec l’obligation imposée en juin 2010 d’avoir le C2I2e et le CLES2 pour être titularisé dès l’année 2011, avant que cela soit repoussé à 2012 devant le tollé…

Les seconds coupables sont ceux censés organiser la réforme : le ministère et les rectorats. Le premier, en particulier, car on en apprend de belles : par exemple, toujours pour l’Histoire-Géo à Paris, le ministère s’est contenté de demander à sa liste de tuteurs habituels s’ils pouvaient accueillir un binôme de stagiaires ; le problème est que certains ont refusé, et qu’aujourd’hui il est un peu tard pour demander à d’autres. Pire, il avait été décidé de faire ces stages les mardi et jeudi, et le ministère s’est donc privé d’éventuels tuteurs disponibles et d’accord pour les autres jours de la semaine…On ne peut en revanche blâmer l’IUFM et les universités, qui se débrouillent comme ils peuvent avec des consignes contradictoires tous les deux jours, et doivent gérer des étudiants en panique tout en essayant de leur proposer des cours et des emplois du temps viables…

Enfin, n’oublions pas les derniers coupables. En dehors de l’absurdité de la réforme en tant que telle, le problème principal aujourd’hui est l’absence de tuteurs, que ce soit pour les professeurs stagiaires ou pour les étudiants en master enseignement. Ces professeurs, soutenus par des associations de parents d’élèves et certains syndicats, entendent par ce refus exprimer leur mécontentement et leur rejet de cette réforme. Certes, mais les seules victimes aujourd’hui sont les professeurs stagiaires, les étudiants…et les élèves puisque ceux-ci se retrouvent face à des nouveaux profs pas formés et pas aidés ! Le ministère, le gouvernement, s’en moquent bien (leur but étant d’affaiblir l’institution pour la purger), tandis que les medias en parlent peu. On doit alors revenir à l’année 2009, où les universitaires ont manifesté en masse dans les rues contre (entre autres) la mastérisation ; ils ont demandé le soutien du secondaire car c’était une plus grande chance de réussite de la mobilisation, mais surtout parce qu’ils savaient que ce serait le secondaire qui subirait le plus de dégâts à cause de cette réforme. Or, profs, syndicats et parents d’élèves des collèges et lycées ont pour l’essentiel refusé de bouger. Pire, une part non négligeable soutenait cette réforme, malgré les mises en garde. Ils ont donc décidé de bouger au moment de la mise en place effective de la réforme, une fois devant le fait accompli. C’est évidemment irresponsable, et plutôt que de sacrifier leurs jeunes collègues actuels et futurs, et leurs élèves, ils feraient mieux d’assumer et de trouver d’autres moyens de revenir sur cette réforme.

On ne sait donc pas comment cela va évoluer. Une solution de raccroc sera sans doute trouvée, mais pas à la hauteur de l’enjeu. Il ne faut ensuite pas oublier l’esprit et les objectifs à peine cachés de cette réforme, et se demander ce qui se passera si la même majorité politique est réélue en 2012. Espérons que tout le monde prendra ses responsabilités cette fois.

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