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Le roi d'Angleterre Richard III retrouvé

Le 4 février 2013, l'université de Leicester, au Royaume-Uni, a rendue publique une étonnante nouvelle : la dépouille du roi d'Angleterre Richard III, mort et enterré en 1485, a été identifiée à la suite de fouilles archéologiques menées dans cette même ville. Après l’identification (controversée) de la tête d’Henri IV, c’est un nouveau monarque européen qui est propulsé sous les feux de l’actualité des siècles après sa mort, cette fois en voyant sa dernière demeure mise à jour.

 

 

Le dernier des Plantagenêt

14 avril 1471, près du petit village de Barnet, au nord de Londres. Deux armées se font face, prêtes à en découdre pour un nouvel épisode de la guerre des Deux Roses, la guerre civile qui ensanglante l’Angleterre depuis 1455. Éteinte en ligne directe, la dynastie Plantagenêt a laissé la place à deux branches cadettes qui se déchirent pour le trône : les York, dont l’emblème héraldique est une rose blanche, et les Lancaster, symbolisés par une rose rouge – d’où le nom du conflit qui les oppose. En 1471, c’est la maison d’York qui règne. Physiquement impressionnant à plus d’un mètre quatre-vingts dix, le roi Édouard IV commande personnellement son armée. Ses ennemis sont plus nombreux, peut-être le double. À leur tête figure un autre guerrier réputé : Richard Neville, seizième comte de Warwick, surnommé Kingmaker – le Faiseur de Roi. C’est en effet Warwick qui, dix ans plus tôt, a mis Édouard sur le trône en l’aidant à renverser Henry VI, un Lancaster. Souffrant vraisemblablement d’une grave dépression chronique le laissant incapable de gouverner réellement, le monarque déchu n’a pas été éliminé, mais enfermé à la Tour de Londres.

Mais en 1470, le puissant et ambitieux Warwick a fini par s’offusquer du comportement de plus en plus indépendant de son jeune protégé. Il fomente un soulèvement qui remet Henry VI sur le trône et oblige Édouard à se réfugier sur le continent, où il obtient l’aide de Charles le Téméraire, maître d’un duché de Bourgogne alors au faîte de sa puissance. De retour en Angleterre avec une armée, Édouard prend de vitesse Warwick et s’empare de Londres le 11 avril, reprenant à Henry VI sa couronne. Édouard IV préfère ne pas attendre la contre-offensive de Warwick et l’attaque le premier à Barnet. Contre toute attente, la manœuvre réussit : après deux à trois heures de bataille intense dans le brouillard matinal, l’armée des Lancaster est défaite. Warwick et son frère le marquis de Montagu, qui ont voulu montrer leur détermination à leurs hommes en combattant à pied pour se soustraire à la tentation de fuir, sont tués tous les deux. Cinq semaines plus tard, Henry VI meurt dans des circonstances obscures – probablement assassiné sur l’ordre d’Édouard IV. Le triomphe de ce dernier est complet car le propre fils d’Henry a péri quelques jours plus tôt dans une autre bataille décisive, à Tewkesbury.

Edward_IV_PlantagenetDurant toutes ses batailles, Édouard est secondé par son plus jeune frère, Richard. Âgé de dix-huit ans seulement, ce jeune homme plutôt grand mais de constitution frêle est affligé d’une difformité : son épaule droite est plus haute que la gauche. Ceci ne l’empêche pourtant pas de faire ses preuves comme un excellent combattant et un bon tacticien. Il devient vite le plus fidèle lieutenant d’Édouard, dont le second règne n’est pas exempt de troubles. Ainsi, un autre de ses frères, le duc George de Clarence, sera condamné à mort pour avoir comploté contre lui en 1478, et exécuté d’une bien singulière façon – selon une tradition disputée, en étant noyé dans un tonneau de vin. Toutefois, Édouard IV tombe malade et meurt prématurément en 1483, laissant deux fils mineurs sous la tutelle de Richard. La rumeur se répand bientôt que les deux garçons sont illégitimes, ce qui désignerait opportunément Richard comme le successeur d’Édouard IV. Les fils de ce dernier sont emprisonnés dans la Tour de Londres, où l’on perd leur trace – probablement assassinés. Généralement considéré comme l’instigateur de ces événements, celui qui est désormais roi sous le nom de Richard III voit naître ainsi sa légende noire.

Les circonstances troubles qui président à l’accession au trône de Richard ne tardent pas à réveiller les appétits des adversaires de la maison d’York. Henry Tudor, un jeune Lancaster de 26 ans exilé en Bretagne, se démarque comme le principal prétendant de son camp en promettant d’épouser Élizabeth d’York, la fille aînée d’Édouard IV, s’il accède au trône. Après un an et demi passé à récolter subsides et soutiens, Henry Tudor débarque au Pays de Galles avec une armée de 5.000 hommes avant de marcher sur le centre de l’Angleterre. Richard III se porte à sa rencontre avec une armée trois fois plus nombreuse et l’intercepte à Bosworth, le 22 août 1485. Toutefois, la loyauté d’une partie des troupes royales est incertaine, notamment en ce qui concerne les 6.000 hommes que commandent le baron Thomas Stanley et son frère William. Ceux-ci restent initialement en dehors de la bataille pendant que les deux armées s’affrontent. Craignant de voir la situation lui échapper et désireux de remporter la victoire au plus vite, Richard saisit une occasion favorable pour charger avec sa garde personnelle, directement sus à celle d’Henry Tudor pour l’abattre. Le roi parvient à quelques mètres du prétendant des Lancaster et tue même son porte-étendard, mais les Stanley choisissent cet instant pour intervenir… du côté d’Henry. Richard III est tué par un de leurs hommes, et son armée se disperse.

King_Richard_IIILe dernier des Plantagenêt a vécu. Devenu le roi Henry VII, Tudor fait exposer le cadavre de son prédécesseur dans une église de la ville de Leicester, toute proche, avant de le faire enterrer sans cérémonial dans un couvent franciscain. L’année suivante, il épouse Élizabeth d’York, donnant naissance à une nouvelle dynastie en unissant les maisons d’York et de Lancaster : les Tudor. Au cours des années qui suivent, les chroniqueurs à son service se chargent de sa propagande. Pour mieux légitimer le nouveau souverain, l’ancien est vilipendé. L’incontestable courage physique et l’habileté guerrière de Richard III cèdent la place à l’image d’un roi rendu difforme par l’exagération de ses particularités physiques, présentées comme autant de signes d’un être démoniaque. À terme naîtra le portrait d’un Richard rendu au dernier degré du machiavélisme, prêt à tous les meurtres pour asseoir sa soif de pouvoir. Plus d’un siècle après sa mort, le dramaturge William Shakespeare parachèvera ce portrait peu flatteur dans sa pièce Richard III. Il y ajoutera une bosse et un pied bot pour faire bonne mesure, et dépeindra la mort peu glorieuse d’un roi prêt à échanger « [son] royaume pour un cheval » afin d’avoir la vie sauve – à cent lieues de ce que fut réellement sa fin telle que la rapportèrent ses contemporains.

Le roi retrouvé

Cette vision a façonné l’essentiel de l’historiographie de Richard III jusqu’au milieu du XXème siècle, lorsque l’apparition de plusieurs associations comme la Richard III Society, qui militent pour une étude plus impartiale du monarque et la réhabilitation de sa mémoire, amène une révision des connaissances et de l’attitude vis-à-vis de ce « roi maudit » de l’histoire anglaise. On se rappelle désormais davantage de son activité réformatrice, foisonnante en dépit de la brièveté de son règne, et notamment sur le plan judiciaire : introduction de la libération sous caution, création d’une cour spéciale permettant aux plus démunis d’ester en justice, traduction des lois en anglais pour les rendre plus accessibles (elles étaient jusque-là rédigées en français), libéralisation des publications. Autant de décisions qui éclairent Richard III sous un jour étonnamment progressiste, pourrait-on dire en tutoyant l’anachronisme.

Richard_III_burial_site_chris_tweedC’est la Richard III Society qui s’est mise en quête de sa dernière demeure. La première difficulté fut de localiser avec suffisamment de précision l’église du couvent franciscain de Leicester, car celui-ci fut rasé sous le règne d’Henry VIII, lorsque le roi abandonna le catholicisme pour créer l’église anglicane. Les sources étaient d’ailleurs contradictoires sur le sort réservé à la dépouille à cette occasion, une tradition locale affirmant qu’elle avait été jetée dans une rivière. Toutefois, un document de 1612 rapportait l’existence d’un pilier marquant l’emplacement de la tombe, érigé par le maire de Leicester, ce qui laissait espérer que le corps du roi fût toujours là. Ce marqueur, cependant, n’était plus mentionné dans une autre description de la ville, remontant à 1844. Le seul indice subsistant dans l’actuelle Leicester quant à l’emplacement du couvent était l’existence d’une « rue des Franciscains » (Greyfriars Street) dans la vieille ville. C’est donc dans cette zone, par chance constituée essentiellement de propriétés publiques, qu’il fallait chercher.

La Richard III Society s’associa aux services archéologiques de l’université de Leicester (ULAS) dans un projet à long terme visant à retrouver la tombe du roi, entamant un diagnostic en mars 2011. L’utilisation d’un radar, lors de sondages effectués en août suivant, permit de déterminer l’emplacement le plus probable de l’église des Franciscains. Il s’agissait en l’occurrence d’un parking à l’usage des employés des services sociaux de Leicester. Après un an de préparation, les fouilles furent lancées en août 2012. Dès le premier jour, l’emplacement d’une tombe fut localisé. Elle fut d’abord laissée de côté afin de poursuivre la fouille d’ensemble, qui permit de situer précisément l’emplacement du monastère et de son église. De retour sur la tombe, l’équipe d’archéologues mit au jour un squelette en bon état, dont la sépulture n’avait pas été dérangée… ou presque : les pieds étaient manquants, vraisemblablement à cause de travaux de construction réalisés à cet endroit au XIXème siècle. La dépouille fut exhumée pour analyse. Le 12 septembre, l’ULAS annonça qu’elle pouvait être celle de Richard III. En effet, c’était celle d’un homme adulte portant de toute évidence de graves blessures à la tête. En outre, une pointe métallique avait été retrouvée dans sa colonne vertébrale – mais on démontrera plus tard qu’il ne s’agissait que d’un clou, étranger à la sépulture.

C’est finalement lundi dernier, 4 février 2013, que l’université de Leicester a annoncé que le squelette retrouvé était, « au-delà du doute raisonnable », celui de Richard III. Cette conclusion se base sur de nombreux éléments, dont aucun n’est réellement déterminant à lui seul, mais qui forment ensemble un faisceau de convergences particulièrement probant :

  • L’emplacement de la tombe. Le squelette a été retrouvé dans l’extrémité orientale de l’église, et sous ce qui en était probablement le chœur – où Richard est censé avoir été enterré d’après ses contemporains.
  • La taille du squelette. L’absence des pieds ne permet pas de le mesurer précisément, mais la position particulière dans laquelle était le crâne lorsqu’on l’a retrouvé indique que le défunt a été enterré dans une fosse légèrement trop courte. Ceci laisse supposer qu’on est en présence d’un homme plus grand que la moyenne, ce qui était le cas de Richard III – à l’instar de son frère Édouard IV.
  • L’anatomie du squelette. C’est celui d’un homme âgé d’environ 25 à 40 ans : Richard en avait 32. La colonne vertébrale présente une scoliose prononcée, suffisamment pour avoir conduit l’individu retrouvé à avoir, de son vivant, une épaule plus haute que l’autre – un trait physique, si souvent mentionné, de Richard III – sans pour autant constituer un handicap sérieux – et l’on sait que Richard III n’était en rien diminué physiquement. En outre, le squelette de Leicester était de toute évidence celui d’un homme mince, autre constante des descriptions du roi.
  • L’ADN. Le squelette a permis de récupérer des échantillons d’ADN mitochondrial (ADNmt), qui se transmet uniquement par la mère. Or, Richard III avait une sœur, Anne, dont le dernier descendant par les femmes, un citoyen canadien du nom de Michael Ibsen, vit encore aujourd’hui. Celui-ci a fourni un échantillon de son propre ADNmt, dont l’examen a permis de déceler des similitudes suffisamment grandes avec celle du squelette de Leicester pour établir une parenté probable.
  • La datation au radiocarbone. Le fameux « carbone 14 » permet de déterminer une date approximative de décès. Deux laboratoires indépendants ont donné des fourchettes comprises respectivement entre 1410 et 1460 d’une part, et entre 1412 et 1449 d’autre part – trop tôt, a priori, pour Richard III, mort en 1485. Toutefois, l’analyse spectrométrique des ossements a également démontré que le sujet avait consommé au cours de sa vie de grandes quantités de poisson et de fruits de mer. Or, les organismes marins n’absorbant pas le carbone 14 à la même vitesse que les créatures terrestres, leur consommation en quantité suffisante « vieillit » artificiellement le sujet. Les résultats ont donc été corrigés en fonction de ces nouveaux éléments, donnant une probabilité d’un peu plus de 95% pour un décès survenu entre 1450 et 1540.
  • Les blessures du crâne. Deux des nombreuses blessures relevées sur le squelette sont mortelles. Elles ont été portées par des armes tranchantes : l’une a frappé l’arrière du crâne, ôtant complètement une partie de l'os occipital ; l’autre a pénétré l’extérieur de l’os temporal droit et traversé tout le cerveau avant d’endommager l’intérieur du temporal gauche. En sus, une arme pointue a également perforé l’occiput, et d’autres lames ont ôté plusieurs éclats d’os ailleurs sur le crâne. Ces éléments sont cohérents avec ce que l’on sait des derniers instants de Richard III, dont la monture s’était embourbée – l’affrontement se déroulait en lisière d’un marais – et qui était cerné par les hallebardiers gallois des frères Stanley. La profondeur des blessures ne pouvant s’expliquer que par l’absence de casque, on peut raisonnablement supposer que le roi, pris au piège, a été la cible de coups très violents et répétés à la tête, jusqu’à ce que l’un d’eux lui fasse perdre son casque. Un scénario qui laisse imaginer une scène d’une brutalité inouïe : le corps exhumé à Leicester apporte un témoignage éloquent de ce qu’était une bataille médiévale.
  • Les autres blessures. Le squelette présente de nombreux autres traumatismes. Ainsi, les os de la face ont reçu plusieurs coupures, sans doute causées par des dagues : il s’agit probablement de coups portés post mortem avec l’intention de défigurer la victime, par pure volonté d’humiliation. D’autres blessures (une côte et le bassin sont perforés) ont été portées par derrière, alors que le sujet avait déjà été dépouillé de son armure et gisait face contre terre… à moins que ce ne fut en travers d’un cheval, précisément le traitement infligé au corps de Richard III au retour de la bataille de Bosworth.

richardMis bout à bout, les faits sont éloquents : l’homme retrouvé dans les restes du monastère franciscain de Leicester était âgé de 25 à 40 ans, grand et mince malgré une scoliose prononcée, apparenté à la maison d’York par les femmes, tué dans une bataille entre 1450 et 1540, et suffisamment haï pour qu’aucune vexation post mortem ne lui soit épargnée. Ces éléments et d’autres, notamment quant à la localisation de la sépulture, ne laissent effectivement guère de doute sur l’identité du sujet : il correspond positivement à presque tout ce que l’on sait de Richard III.

Reste à présent à savoir que faire de la dépouille royale. La Richard III Society a déclaré ne souhaiter qu’une seule chose : que le défunt monarque reçoive enfin des funérailles décentes. Plusieurs lieux ont été avancés pour l’accueillir, y compris l’abbaye de Westminster, qui sert de nécropole à l’actuelle famille régnante. Le maire de Leicester, Peter Soulsby, s’y est toutefois montré farouchement opposé, et a déjà annoncé que Richard III serait inhumé dans la cathédrale de Leicester en février 2014. S’il se montre ainsi soucieux de préserver le patrimoine historique de sa ville, M. Soulsby renvoie également à des intérêts touristiques qui n’échappent à personne. La municipalité de Leicester, en effet, a déjà fait l’acquisition de l’ancienne école jouxtant le parking où ont été menées les fouilles, dans le but avoué d’en faire un musée dédié à Richard III.

 

Sources

- La redécouverte de la sépulture de Richard III a fait l’objet d’un article de l’encyclopédie en ligne Wikipedia, qui cite abondamment ses sources. La plupart des éléments du présent article en sont tirés.

- Le site de l’université de Leicester consacre une page à la recherche menée pour retrouver la tombe de Richard III.

- L’université de Dundee, en Écosse s’est également livrée à un exercice de reconstruction faciale à partir du crâne de Richard III.

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