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Accueil Histoire de l'Art Coalbrookdale, de nuit (de Loutherbourg)

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Coalbrookdale, de nuit (de Loutherbourg)

Philipp_Jakob_LoutherbourgSymbole de la première révolution industrielle anglaise, Coalbrookdale, la nuit (1801) a été peint par le peintre français Philippe-Jacques de Loutherbourg (1740-1812). Tableau le plus célèbre et le plus reproduit de l’artiste, cette huile sur toile n’est pourtant pas très représentative de son œuvre. Le thème de ce tableau, la révolution industrielle, n'est pas original pour l'époque et a inspiré de nombreux autres artistes comme William Williams (1777), Anna Seward (1785) ou Joseph Mallord Turner (1797). Pourtant ce tableau d'un peintre largement méconnu est celui qui a le plus profondément marqué les esprits et a le mieux traversé les siècles.

Le peintre

« Peintre de paysage évoquant une nature sublime et menaçante, peintre d'histoire aux accents romantiques », ce peintre largement méconnu n’a fait l’objet que de deux expositions à ce jour. Élève de Charles André van Loo puis de Casanova, il devient peintre de Louis XV en 1766 et entre à l’Académie royale de peinture et de sculpture l'année suivante. Il est très tôt acclamé par le public parisien et par Diderot en particulier. En 1771, suite à des problèmes personnels, il s'installe à Londres et devient décorateur de théâtre. Quelques années après, il invente un théâtre mécanique l’Eidophusikon. Il ne délaisse pas la peinture pour autant. Ses succès londoniens lui ouvrent les portes de la Royal Academy en 1781. Son œuvre vaste et éclectique a été appréciée bien que très critiquée par ses contemporains. Cependant sa vie mouvementée a contribué dès son vivant à l'éclipser. Entre scandales scabreux et passion pour les sciences occultes, il continue malgré tout à peindre jusqu’à la fin de sa vie. Son œuvre picturale (essentiellement des peintures de paysages) préfigure le mouvement romantique bien qu'il ait peint des tableaux plus académiques. C’est vers la fin de sa vie quelques années avant de tomber gravement malade qu’il peint le tableau, tout à fait à part dans son oeuvre, dont il est question dans cet article.

Berceau de l’industrie minière et métallurgique

Les Abraham Darby sont une lignée de quakers dont le rôle a été déterminant dans la révolution industrielle. Cette famille modeste de forgerons quitte Bristol et s’installe à Coalbrookdale en 1709 en raison de la présence de fer et de charbon à proximité. Tout au long du XVIIIe siècle, elle perfectionne la technique de la fonte au coke (la première date de 1709). La révolution industrielle est née d'expérimentations empiriques de familles modestes comme les Abraham Darby qui n'avaient pas un capital important : on est loin des grandes usines de la seconde révolution industrielle. Le perfectionnement de la fonte à la coke est favorisé par la hausse continue du prix de la fonte au charbon de bois. Cependant, cette dernière est privilégiée jusque dans les années 1750 comme l’illustrent les commandes de la Board of Ordinance de la Royal Navy. En donnant sa chance à ces nouvelles technologies.dans les années 1760, la Royal Navy permet l'essor de celles-ci et a eu ainsi un rôle moteur dans la révolution industrielle.

Philipp_Jakob_Loutherbourg

Coalbrookdale, une attraction touristique

Coalbrookdale était déjà une attraction touristique en Angleterre au XVIIIe siècle grâce à ses hauts fourneaux et son fameux Iron Bridge appelé aussi pont de Coalbrookdale qui relie la ville industrielle de Broseley aux mines de Madeley. Il est difficile de se représenter aujourd'hui ce que pouvait être la réaction des contemporains devant un tel spectacle.

Iron_Bridge"L'approche de Coalbrookdale semblait être une véritable descente aux enfers. Une colonne de fumée dense émergeait de la terre; des quantités de vapeur étaient éjectées par des machines à vapeur, un nuage plus noir sortait d'une tour qui était une forge et la fumée surgissait d'une montagne de charbons ardents d’où sortaient des flammes turbides. Au milieu de ces ténèbres, je descendis vers le Severn, qui s’écoule lentement entre deux hautes montagnes puis passe sous un pont construit entièrement en fer. Ce paysage m’apparait comme une porte des mystères, et la nuit tombant déjà, ajoutait à la majesté de la scène, qui ne pouvait être comparée aux régions si puissamment décrites par Virgile. "

Visiteur italien, 1787, Wolverhampton Chronicle, 1790

Le ressenti de ce touriste italien est très proche de celui que peut susciter encore aujourd'hui le tableau Philippe-Jacques de Loutherbourg. Ce berceau de la révolution industrielle ne laissait pas de marbre provoquait l’étonnement et la fascination des contemporains.

Aujourd’hui, le paysage est tout autre. Moins animée, la vallée d’Ironbridge rassemble aujourd'hui de nombreux sites industriels abandonnés et de nombreux musées rappelant le passé de ce lieu. Cet ensemble est inscrit depuis 1986 au patrimoine mondial de l’UNESCO.

 

Ce tableau est le reflet de son temps : entre émerveillement et curiosité, les débuts de la première révolution industrielle ont très vite intéressé les contemporains. Coalbroodale, de nuit illustre et appuie aujourd’hui de nombreux propos sur la première révolution industrielle et ses aspects socio-économiques ou technologiques. Le tableau illustre aussi un pan de l'histoire culturelle de la fin du XVIIIe siècle. Il semble cependant que l'auteur ait choisi ce thème davantage pour les effets artistiques qu'il pouvait offrir au peintre au niveau des effets de lumière que par attrait pour les nouveautés techniques ce que les contemporains immédiats avaient bien compris : Olivier Lefeuvre note à juste titre que c'est "l'extraordinaire effet de contraste qui occupe les deux tiers de la toile" qui est au coeur du tableau. Ce contraste permet au tableau d'avoir une forte "puissance évocatrice" et d'inspirer le spectateur.. Il arrive que l'œuvre et sa réception dépassent son auteur. De nombreuses lectures et interprétations plus ou moins justifiables ont été formulées. La thématique historico-économique est celle qui a le plus grand succès.Bien que délaissant les aspects artistiques, celle-ci a paradoxalement permis à ce tableau d'être encore aujourd'hui largement connu et de permettre à son peintre de ne pas être totalement oublié.

Bibliographie indicative

- LEFEUVRE Olivier, Philippe-Jacques de Loutherbourg, (1740-1812), Arthena, Paris, 2012

- VERLEY Patrick, La Révolution industrielle, Gallimard, Paris, 1997.

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