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Les colonnes de Salomon - BD

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« Construire un temple, seigneur, c'est reconstruire le monde... » Quelle étrange invitation nous fait Willy Harold Vassaux dans cette bande dessinée ? « Les colonnes de Salomon », Yakin et Boaz, placées à l'entrée du temple de Jérusalem comme les gardiennes du monde spirituel, dressées vers le ciel, symboles également de la dualité qui règne dans le monde. Évoquées dans l'Ancien Testament elles revêtent une importance considérable dans la symbolique maçonnique... Et c'est bien à la Franc-Maçonnerie que Harold Vassaux veut nous initier en nous faisant découvrir le mythe d'Hiram, grand architecte du Temple.

 

Résumé

Salomon, fils de David, est l'une des plus grandes figures du monde judéo-chrétien. Connu pour ses amours avec la reine de Saba, sa grande sagesse et son sens de Justice. Tous ont en mémoire le fameux jugement de Salomon face aux deux mères réclamant le même nourrisson...

Mais Salomon est aussi connu pour avoir lancé un projet audacieux et capital dans l'Histoire du judaïsme : la construction du Temple de Jérusalem pour accueillir l'Arche d'Alliance, relique sacrée des Hébreux contenant les Tables de la Loi, et réceptacle régulier des interventions divines.

Pour le judaïsme, il s'agit surtout d'une centralisation du pouvoir religieux à Jérusalem, capitale du grand royaume légendaire unissant Juda et Israël.

Pour la Franc-Maçonnerie la construction du Temple est un mythe fondateur.

Cette BD nous invite à découvrir Hiram, maître d'œuvre égyptien, instruit à Héliopolis par l'élite des architectes de Pharaon. Il est formé à tous les métiers nécessaires à la construction, et initié aux grands secrets de l'architecture qui n'est pas une simple technique mais bien un art, un support de pensée, pour ne pas dire une philosophie.

« Faire de la pierre brute une pierre parfaite est l'essentiel du métier de tailleur. C'est aussi le rappel du travail spirituel que l'homme doit réaliser ici-bas »

C'est lui que la prophétie divine désigne à Salomon pour construire le plus grand des sanctuaires, c'est lui qui se rend à Jérusalem pour commencer la construction du Temple sur le mont Moriah où jadis Abraham n'hésita pas à sacrifier son fils au Très-Haut.

Avec la règle, l'équerre, le compas, Hiram trace lui-même les plans du Temple « réplique de l'univers, […] régi par la loi des nombres ». Pour les 7 (nombre de la sagesse) ans que va durer la construction, Hiram met un place un système méritocratique dans la distribution des payes. Pour cela, il divise la masse des ouvriers selon leurs capacités en trois classes : les apprentis, les compagnons et les maîtres. Il créé ainsi une confrérie de bâtisseurs dont la Franc-Maçonnerie se veut l'héritière.

Chaque classe a un mot de passe qui lui est propre et qu'il faut connaître pour obtenir la paye correspondante.

Cette nouvelle hiérarchie n'est pas sans créer de tensions sur le chantier, et Hiram finit par être assailli par trois compagnons qui veulent l'obliger à leur révéler le mot de passe des maîtres. Cherchant à fuir l'enceinte close du chantier, Hiram va de porte en porte mais à chaque fois un assaillant l'y attend... Il est d'abord frappé d'un coup de règle à la gorge puis reçoit un coup d'équerre à la poitrine et finit par succomber à un des coups de maillet au front.

Le corps est ensuite enlevé et enterré hâtivement avec une branche d'acacia, avant d'être retrouvé par des confrères maçons puis récupéré par les hommes de Salomon qui le fait inhumer sous le Temple.

C'est cet événement qui est à présent repris dans la cérémonie d'initiation maçonnique : les trois agresseurs représentent le mensonge, l'ignorance et la superstition qui tentent d'étouffer la Vérité que symbolise Hiram. Les coups qu'il reçoit représentent respectivement ses morts physique, sentimentale et mentale. La branche d'acacia, imputrescible, matériau premier de l'Arche d'Alliance, représente l'immortalité.

Tel Osiris avant lui (le mythe d'Hiram est autant empreint de mythologie égyptienne que de tradition judaïque) et le Christ après lui, il symbolise la nécessaire mort physique pour permettre une renaissance spirituelle.

De même, celui qui deviendra Franc-Maçon, tel celui qui devenait maître d'œuvre dans l'Égypte antique (selon la tradition maçonnique), devra faire l'expérience symbolique de la mort pour renaître.

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Notre avis

Pour commencer, une remarque: cette BD n'est pas une nouveauté, il s'agit bien de la compilation de deux BD parues au début des années 1990.

Cela dit, un premier constat s'impose au premier coup d'œil : « Les colonnes de Salomon » est une belle BD ! Une belle BD au sens esthétique, puisqu'en effet vous découvrez en feuilletant de belles planches sur un fond ocre, des symboles maçonniques en coin, une pagination placée de façon originale dans une étoile... Félicitons les éditeurs pour ce sens de l'esthétique.

Le dessin en lui-même est réaliste, suffisamment précis, très coloré et souvent partagé entre deux ambiances lumineuses majeures : les tons ocres des soleils couchants et des déserts de Palestine, et les tons bleutés de la nuit où une pleine lune surréaliste trône en permanence.

La Bible ne donne que peu d'information sur Hiram, et nous n'avons pas non plus de sources historiques sur lui. Cela a permis au scénariste de prendre quelques libertés, d'avoir une assez large marge de manœuvre dans la retranscription du personnage, sans pour autant qu'on puisse réellement le lui reprocher.

Disons le clairement : cette BD n'est pas une BD historique !

C'est une initiation au mythe fondateur de cette confrérie qu'est la Franc-Maçonnerie. Rien de plus, mais rien de moins.

Cet objectif est assez clair, la BD étant entrecoupée de trois corpus documentaires.

Le premier, en début d'ouvrage, offre au lecteur un éclairage sur la notion même de « temple », ce qui n'est pas rien.

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Le second, en milieu d'ouvrage, s'attache à donner quelques rappels sur les principaux personnages liés à la mort et à la résurrection d'Osiris, avant de présenter Hiram lui-même et de faire le lien entre les deux personnages.

Le corpus final consiste en une présentation de l'initiation maçonnique, de l'état d'esprit avec lequel il faut l'aborder, de ce qu'il faut en attendre …

En général ces documents sont instructifs mais pâtissent de plusieurs défauts.

Le premier, qui gêne peut-être plus spécifiquement l'historien, est l'absence fréquente de sources. En effet, autant on nous précise quelques correspondances biblique, autant pas mal d'éléments ésotériques, et même les détails de la vie d'Hiram, nous sont présentés comme des faits, sans que nous ne puissions en déterminer l'origine.

Or, l'historien comme le maçon, aime à pouvoir juger par lui-même.

Le discours tenu n'est pas non plus sans quelques contradictions entre les corpus et la BD elle-même, que ce soit par exemple dans l'interprétation symbolique du meurtre d'Hiram ou encore l'ordre dans lequel les coups sont portés. Cela peut très certainement s'expliquer par la multiplicité des symboles et des interprétations possibles. Encore est-il bon de le préciser pour ne pas que le lecteur mette en doute le texte à cause de ces contradictions.

Enfin, si la symbolique des chiffres est omniprésente, on regrette qu'il n'y ait pas eu dans un de ces corpus une initiation plus poussée à la numérologie.

Mais ne jugeons pas cette BD pour ce qu'elle n'est pas, mais pour ce qu'elle est.

Cette BD est une initiation à la culture maçonnique, à son mythe fondateur, à ses principaux symboles et ses principales quêtes. La BD étant toujours un support peu rigoureux mais très ludique, il s'agit donc avant tout d'une invitation à approfondir par soi-même ses connaissances sur la Franc-Maçonnerie, que ce soit en vue d'une éventuelle intégration ou par simple curiosité intellectuelle.

Au final une BD atypique, attrayante, attirant le lecteur par son goût du roman et de l'esthète, puis l'interpellant sur son propre rapport au divin, aux autres, et à lui-même.

Éditeur : Joker Éditions

Scénario : Roger Facon

Dessinateur : Willy Harold Vassaux

Tome 1 : Hiram (mars 1991)

Tome 2 : La mort d'Hiram (mars 1995)

Intégral : Les colonnes de Salomon (février 2010)

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