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Grand Prix, tome 2 : Rosemeyer ! (Marvano)

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Après Renaissance, paru fin 2010, Marvano poursuit la série Grand Prix avec le tome 2, Rosemeyer !, sorti le 6 mai. L’auteur belge continue son récit de l’épopée des « Flèches d’argent », les écuries Mercedes et Auto-Union et leurs pilotes, dans l’univers de la course automobile de l’entre-deux-guerres. Si le tome 1 s’arrêtait à la fin de 1935, ce second opus poursuit la narration jusqu’à la mi-37. Une période marquée à la fois par le succès grandissant des Allemands sur la piste que par l’appétit de plus en plus marqué du régime nazi sur la scène internationale.

 

 

L’omniprésence de la « grande » histoire

Comme son titre l’indique, le tome 2 de Grand Prix est d’abord consacré au pilote vedette d’Auto-Union, Bernd Rosemeyer. Excentrique et fanfaron, l’homme met tout le monde d’accord par son coup de volant. Chose pour le moins difficile en BD, Marvano réussit pourtant à restituer l’habileté du pilote allemand à maîtriser son Auto-Union Type C, un monstre de près de 500 chevaux – une puissance que la Formule 1 ne retrouvera que dans les années 1970. Tout est fulgurant chez Rosemeyer, de son ascension météorique vers deux titres de champion d’Europe (dont, curieusement, Marvano ne fait pas mention) à son coup de foudre pour l’aviatrice Elly Beinhorn.

Devenu rapidement une idole, Rosemeyer symbolisait aussi l’esprit subversif de ces coureurs. Appréciant peu les nazis, ce n’est que contraint et forcé qu’il rejoindra la SS, suscitant le courroux de sa hiérarchie à plus d’une occasion par son comportement rebelle. De façon générale, ce tome 2 montre la lutte silencieuse des pilotes contre un régime de plus en plus envahissant et totalitaire. Comme on avait pu le voir dans le premier volume, cigarette, alcool et femmes étaient alors omniprésents dans les paddocks, ce qui n’était guère en phase avec la rigueur morale prônée par le Troisième Reich.

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Le lecteur avisé du tome 1 sera peut-être surpris de la quasi absence, dans l’album, de la rivalité entre Rosemeyer et Caracciola, leader de l’écurie Mercedes et vainqueur du championnat d’Europe en 1935. On peut toutefois difficilement en vouloir à Marvano de refuser ce cliché, maintes et maintes fois rabâché dans les fictions sur le sport automobile, du mano à mano. Seul petit regret : même s’il n’est pas totalement occulté, Rudi Caracciola passe au second plan. La place est, hélas ! limitée dans un album, et aux côtés de Rosemeyer, c’est Leslie Toliver – un des rares personnages fictifs de la série, mais néanmoins inspiré de Dick Seaman – qui gagne en importance.

Toutefois, les personnages se font souvent voler la vedette par la marche en avant de l’histoire, encore plus présente dans ce tome-ci que dans le précédent. Lois eugéniques et raciales (qui vaudront au pilote Hans Stuck, dont l’épouse avait de lointaines origines juives, quelques soucis), remilitarisation de la Rhénanie, naissance de l’Axe Rome-Berlin, invasion de l’Éthiopie par l’Italie fasciste, guerre civile espagnole, guerre sino-japonaise, premiers camps de concentration… le rythme des événements comme de la narration s’accélèrent, pendant que s’égrènent les courses.

Résurrection d’une époque

Plus encore que cette présence permanente du contexte, qui fait de Grand Prix une excellente BD d’histoire, le tour de force de Marvano est bel et bien de ressusciter toute une période. La fiction se mêle avec bonheur à la grande comme à la petite histoire, le résultat de cette décoction étant un pur concentré de course automobile des années trente. Peut-être plus encore que dans le tome 1, voitures et circuits sont figurés avec une précision quasi documentaire : de toute évidence, Marvano a compulsé une importante documentation photographique avant de se lancer dans l’aventure de Grand Prix.

On retrouvera avec bonheur les couleurs aux accents sépia du premier opus, l’occasion de saluer le travail de Bérengère Marquebreucq dans ce domaine. De nombreux éléments contextuels nous replongent dans l’époque, qu’il s’agisse des tenues, des premiers livres de poche ou des premières canettes de bière. Un soin particulier a été apporté au contexte sonore et musical, Marvano ayant même poussé le souci du détail jusqu’à donner au lecteur, à chaque fois que l’album évoque une chanson, un lien Internet renvoyant au site d’hébergement de vidéos Youtube. Il suffit de le recopier pour écouter la bande-son de l’album !

Cet usage des outils modernes va de pair avec une vraie qualité artistique. Plus encore que Renaissance, Rosemeyer ! renferme de belles scènes, et pas seulement du strict point de vue graphique. Marvano a le sens du dialogue et de la mise en scène, et ça se voit. Dans cette optique, la traduction (l’auteur est néerlandophone) revêt une grande importance, et tant Monique Nagielkopf qu’Éric Montésinos (ce dernier pour le lettrage) sont à féliciter : le résultat est à la hauteur, à tel point qu’on leur passera bien volontiers les quelques rares coquilles trouvées ça et là.
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La masse documentaire utilisée par Marvano n’est, à l’évidence, pas seulement iconographique, et il est manifeste qu’il s’appuie aussi sur les témoignages des acteurs de l’épopée qu’il raconte. Bien que très critiquées pour leur contenu parfois enjolivé, les mémoires d’Alfred Neubauer, le patron du département compétition de Mercedes-Benz, sont ainsi mises à contribution. La précision historique qui caractérise la série depuis ses débuts n’en exclut pas pour autant la licence artistique de l’auteur, qui se permet quelques menus ajouts pour le plus grand intérêt du lecteur. Du reste, quand on se renseigne par ailleurs, on s’aperçoit que peu de choses sont inventées ; d’autres sont à peine déplacées dans le temps pour les besoins de l’intrigue, comme par exemple l’affaire d’escroquerie ayant entouré le Grand Prix de Tripoli, que Marvano replace en 1935 au lieu de 1933.

Pour le reste, c’est bien d’histoire dont il s’agit. On croise ainsi non sans surprise le futur criminel de guerre nazi Adolf Eichmann, découvrant au passage un pan méconnu de sa sinistre carrière : avant de mettre en œuvre avec une glaciale efficacité la « solution finale » du prétendu « problème juif », l’officier SS avait pris contact avec des organisations sionistes et favorisé l’émigration clandestine des Juifs vers la Palestine, dans le double but de les y enfermer dans un immense ghetto à ciel ouvert et de déstabiliser les Britanniques au Moyen-Orient.

Le résultat final est une nouvelle fois une réussite, et il n’y a donc rien de surprenant à ce que le qualificatif de « docu-fiction » soit repris pour désigner Rosemeyer !, cette fois dans la postface écrite par le dessinateur Ever Meulen. Il ne nous reste plus à présent qu’à attendre que le tome 3 – Adieu – prévu pour la fin de l’année 2011, nous éclaire sur les nombreux arcs narratifs encore en suspens, et nous permette d’envisager la trilogie Grand Prix dans sa globalité.


Grand Prix, tome 2 : Rosemeyer !, par Marvano, Dargaud Bénélux, 2011.
La page de la série sur le site de l’éditeur.

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