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Les boucliers de Mars (BD)

boucliers_mars_couvLe péplum revenu à l'honneur au cinéma depuis Gladiator en 2000, la bande dessinée se met elle aussi au diapason à la suite du fameux Murena dont le succès ne se dément pas. Or une nouvelle série, plus courte, s'offre à nous aujourd'hui, les boucliers de Mars, scénarisée par Gilles Chaillet et dessinée par Christian Gine.


 

L'histoire

De cette collaboration, entre un passionné de longue date par la Rome antique et un dessinateur novice dans cette période, naquit donc cette série de trois bandes dessinées se déroulant au début du IIe siècle de notre ère, sous le principat du fameux empereur Trajan. Un des évènements les plus marquant du règne de cet empereur, resté dans la mémoire des Romains comme l'optimus princeps, le meilleur des Prince, reste sa campagne contre les Parthes qui est ici mise en scène. Pourtant, dans ce premier opuscule la guerre n'a pas encore débuté, le roi des Parthes est même reçu à la cours de Trajan avant qu'un événement déclencheur, entouré de mystère ne provoque une véritable tension entre les deux Empire. Mais n'en disons pas plus et intéressons nous plutôt aux impressions que nous ont laissé la lecture de ce premier tome. Si l'intrigue est bien menée, elle n'en reste pas moins assez simple dans son déroulement. Cette simplicité n'est pourtant pas source d'ennui puisque justement il y a de nombreux points de la trame générale qui restent largement dans l'ombre même après avoir refermé ce tome. Le lecteur reste un spectateur avisé des évènements sans qu'il ne lui soit livré de but en blanc les structures profondes de l'intrigue et c'est de là bien évidemment que provient tout l'intérêt de cette bande dessiné. On s'interroge sur le devenir des personnages et même de l'Empire. Dans cet ordre d'idée les dernières cases sont particulièrement intrigantes ; l'histoire a changé de lieu et une conjuration secrète nous laisse alors entrevoir à peine une partie de ses ramifications. En somme on ne peut qu'attendre la suite.

L'univers

La meilleur surprise de cet ouvrage reste le bon niveau de la reconstitution des costumes et des décors ; on ne peut y relever de grossières erreurs qui sont trop souvent le lot des productions cinématographiques. Les combattants romains sont correctement équipées, n'ont pas tous une lorica segmentata sur le dos, la fameuse cuirasse segmentée qui ne fut jamais généralisée mais qui côtoyât toujours la cotte de mailles ou d'écailles. On aurait peut aimé encore plus de diversité ce qui aurait ajouté à la qualité scientifique du travail, mais c'est un détail. Dans le même temps on peut voir des auxiliaires archers du meilleur effet. On ressent ici que le travail effectué par les troupes de reconstitution historique n'a pas été vain, d'autant qu'il est aujourd'hui accessible via des publications de qualité. Chez les Parthes également on remarque une belle recherche ; méthode de combat, costumes, coiffures... tout est très crédible et bien en rapport avec l'époque mise en scène. De manière plus discrète on a pu remarquer que les tuniques possèdent les bonnes couleurs symboliques ; le rouge pour les légionnaires au combat (ce qu'un article récent de François Gilbert a confirmé), les bandes de pourpre sur les tuniques des aristocrates romains... Par contre on peut être plus circonspect face au traitement des Samnites du début ; on est là en pleine célébration religieuse symbolique et s'ils font effectivement référence à ce peuple ancien ennemi de Rome, il est fort peu probable que les Romains aient eu une exigence aussi parfaite pour leur équipement. Il est ici tout à fait exact pour des guerriers du IIIe siècle avant J.-C., mais tant de siècles après les Romains avaient-ils le souvenir de l'apparence précise de ces guerriers ? On peut en douter. Ce n'est qu'un point de détail et on ne va pas reprocher aux auteurs de s'être renseigné et documenté sur les Samnites ! De toute façon, ces éléments très positifs sont tout à fait représentatifs de la passion qui anime Gilles Chaillet depuis son enfance pour l'histoire romaine. Avec cette réalisation il rend donc un bel hommage à sa période de prédilection, mettant en scène une époque que l'on estime souvent un peu vite connaître. C'est d'ailleurs amusant de savoir que cette campagne de Trajan en Parthie, qui correspond à l'extension maximale de l'Empire, est une des plus mal connue. Cette faiblesse des source a sans doute laissé un vide salutaire au scénariste pour laisser courir sa fertile imagination.

Le dessin

page-les-boucliers-de-marsCette intrigue, cette reconstitution du passé est servie par un dessin assez classique de la bande dessinée franco-belge avec, on le regrette, un encrage un peu lourd qui a tendance ponctuellement à annihiler la spontanéité du trait, tellement visible pourtant à la fin du tome sur deux pages couvertes d'esquisses et de magnifiques études architecturales. Par contre la couleur est très agréable et rend très bien les atmosphères des lieux ou des instants ; ici nous sommes dans le désert et une lumières ocre remplit les cases, là nous sommes sur le Danube dans la pénombre de la nuit et des couleurs froides émaillent les cases. Quand les soldats débouchent du désert et arrivent à Antioche la douceur méditerranéenne remplace l'ardeur brûlante du désert à la faveur d'un végétation baignée de soleil. Le lecteur n'est jamais perdu dans les lieux ni dans les ambiances. Les personnages sont eux généralement dynamiques, même si certaines positions manquent un peu de naturel comme c'est le cas pour la femme dans la litière page 16. Cela n'est qu'un détail. On peut regretter par contre que la bande dessinée franco-belge n'ait pas plus appris au niveau du dynamisme dans les cases du comics américain ou du manga japonais ; certains effets de mouvements sont lourds et peu efficaces comme nous pouvons le voir à la page 10 pour montrer le heurt du bouclier sur les marches du trône impérial. L'acte perd en force et ralenti l'intrigue et l’esthétique générale s'en voit amoindrie. Par contre les décors sont très agréables, tant les paysage que l'architecture, pour laquelle on peut aller même au delà tant elle est minutieusement exécutée (voir page 17).

De façon générale

Les boucliers de Mars est une bande dessinée classique tant dans son apparence que dans son traitement. Elle est assez fidèle à l'Histoire dans le sens où elle respecte le cadre historique sans faire de douloureux anachronismes et ce même si le scénario reste en grande partie une fiction. Il convient donc de la placer entre toutes les mains pour diffuser une image plutôt réaliste du monde romain, loin des images d’Épinal trop souvent véhiculées dans ce type de support.

Les boucliers de Mars, Tome 1 : Casus Belli. Par Gilles Chaillet, Christian Gine. Glénat, mars 2011.

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