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Turcos : Le jasmin et la boue - BD

turcos_couvertureL’auteur de « Sir Arthur Benton » invite le lecteur à se plonger dans l’enfer des tranchées aux côtés des Tirailleurs algériens partis défendre les frontières de la métropole. Cette bande dessinée est une fiction qui suit néanmoins la vie d’un véritable tirailleur : Alouache. Fiction historique sur la Grande Guerre, cette BD rend hommage aux troupes coloniales qui ont combattu au sein de l’armée française. Cette œuvre pose aussi la question de la finalité mémorielle et de ses conséquences sur l’identification et l’intégration des Français de préférence et de leurs enfants.

 

 

L’histoire

Que l’on ne s’y trompe pas, les Turcos de cette histoire ne sont pas des Turcs mais bien des tirailleurs algériens. Le surnom de « Turcos » attribué aux tirailleurs date de la bataille de Sébastopol, durant la guerre de Crimée. A cette occasion, les tirailleurs algériens du Second Empire chargent avec fougue les Russes qui les prennent pour des Turcs et se débandent en criant « Turcos !». Le quiproquo donnera naissance au surnom.

 

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« Turcos » est donc l’histoire de tirailleurs algériens et plus particulièrement de celle d’Alouache, rapportée par son ami Slimane. Bien que cette bande dessinée soit une fiction, le personnage d’Alouache est directement inspiré de l’histoire d’Alouache Ahmed Saïd Ben Hadj (1884 – 1918), incorporé dès 1914 dans le 11ème régiment de Tirailleurs de Constantine, et qui n’est autre que l’arrière grand-père de Kamel Mouellef. Alouache fut envoyé combattre sur la Marne, dans les Flandres, en Artois sur la « côte 140 », en Champagne, sur la Somme où il manque de perdre la vue à cause des gaz. Sorti de l’hôpital il retourne au front : le

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Mont Sans-Nom, Auberives, Verdun… L’histoire d’Alouache est un funeste périple dans la Grande Guerre et c’est à travers cette histoire que Tarek, le scénariste, a décidé de nous faire découvrir le rôle et la situation ambigüe des troupes algériennes dans la défense de la France. Nous disons rôle ambigüe car si ces hommes étaient soumis au service militaire, ils ne bénéficiaient pas en contre partie de la citoyenneté.

Des hôpitaux au front, des souvenirs d’Algérie à l’enfer des tranchées, des tensions avec les autres soldats aux moments de pure camaraderie, la BD Turcos veut faire œuvre de mémoire et montrer le lien ancien lié entre Français et Algériens.

Dessins et couleurs

Si la mise en couleur offre un très bon rendu des jeux d’ombrages et donne ainsi vie aux personnages et aux décors, on peut regretter que ce soit parfois au détriment du détail. Ainsi la couleur gomme parfois les détails de l’armement et des uniformes ce qui peut chagriner les amateurs de militaria. Cependant il faut noter que ce choix dans la mise en couleur n’est pas, comme parfois dans le milieu de la BD, une façon détournée de masquer son ignorance dans le domaine de l’équipement militaire. Non, dans « Turcos » si certaines armes sont esquissées dans quelques vignettes on voit bien dans d’autres (et encore plus dans les planches de dessin) que le dessinateur a parfaitement étudié son affaire et qu’il sait parfaitement dessiner un Lebel, sa baïonnette Rosalie, une pièce d’artillerie ou un biplan. Le gommage des détails est donc un choix, visant certainement à donner cette ambiance pastel qui caractérise le souvenir et à focaliser l’esprit du lecteur sur les personnalités plus que sur les décors.

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Notre avis

A l’approche du centenaire, et parce que ce conflit fut un paroxysme d’horreurs et de sentiments, la Première Guerre Mondiale est un thème qui devient à la mode dans le milieu de la BD. Nous vous avions évoqué l’enfer des tranchées avec « Paroles de Verdun » et « l’Ambulance 13 », les séquelles psychiatriques avec « Vies tranchées », c’est à présent une nouvelle thématique, celle des troupes indigènes, qui est évoqué avec « Turcos » par l'auteur de « Sir Arthur Benton ».

L’objectif se veut rassembleur et mémoriel. Rassembleur en montrant la souffrance partagée dans ces moments durs de l’histoire de France entre soldats de métropoles et soldats des colonies. Ce devoir de mémoire a sa place et j’espère qu’il participera à donner aux Français de préférence une image de la France qui ne découle pas essentiellement des séquelles de la guerre d’Algérie. Cette BD a l’intérêt de leur rappeler que certains de leurs ancêtres se sont battus non pas contre mais pour cette France et se sont illustrés dans cette mission. Il rappelle aussi aux Français « de souche » que d’autres ont tout quitté, parents, gourbis, foyer pour défendre la frontière française. D’ailleurs si l’histoire d’Alouache se déroule durant la guerre de 14-18 la BD se termine sur un corpus documentaire sur l’histoire des tirailleurs qui élargit grandement le sujet depuis la
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formation de ces unités en 1842, et jusqu’à la fin de la guerre d’Indochine. Entre ces deux dates les tirailleurs s’illustrèrent au sein de l’armée française en Algérie, en Crimée, en Italie, au Sénégal, au Mexique, en France, en Tunisie… Que ce soit dans les troupes régulières ou, durant l’occupation, au sein des forces de la Résistance.

On note cependant la participation à l’édition de cette BD de l’association « Deni de Mémoire » qui se donne pour but la prise en charge des anciens combattants et victimes de guerre et leur réhabilitation, en particulier des troupes coloniales, à travers les manuels scolaires. L’idée est louable, car le silence qu’il y eut sur le sacrifice des troupes coloniales n’est pas justifiable. Néanmoins il faut prendre garde de ne pas tomber dans l’autre extrême qui consisterait à ne plus voir la Première Guerre Mondiale que comme l’autel à sacrifice des coloniaux. Ce revirement à l’autre extrême pourrait prêter à sourire mais c’est hélas une chose à prendre en compte. A l’heure où le besoin mémoriel se fait des plus pressant on voit par exemple le poids qu’à pris l’étude de l’esclavage, non pas au supplément mais au détriment de l’enseignement du reste de l’Histoire de France. Une Histoire de France que d’ailleurs les élèves découvriront presque mieux dans les BD que dans leurs manuels puisque cette dernière est de plus en plus réduite à peau de chagrin au profit d’une vague Histoire monde. Le but est d’ailleurs de faire sortir des esprits ce qui motiva les défenseurs de 14-18, qui bien qu’issus de tout horizon mêlèrent leur sang dans la même boue.

Enfin et pour finir cette BD pousse aussi à s’interroger sur la finalité de la Mémoire, à la fois avertissement, élément unificateur et réservoir de rancœur. A ce propos on peut que trouver opportune la préface de Yasmina Khadra (de son vrai nom Mohamed Moulessehoul), nouvelliste et romancier. Il écrit à juste titre que la mémoire est une arme à double tranchant :

« La mémoire…

Fracture ouverte ou cicatrice ?

Rappel à l’ordre ou bombe à retardement ?

Pour moi, la mémoire est d’abord une arme à double tranchant. Tantôt recueillement, tantôt couteau dans la plaie, elle entretient le traumatisme subi. De cette façon, elle n’est pas sereine et demeure ambigüe. La solennité qu’elle impose n’atténue aucunement la douleur qui la nourrit. Que l’on érige des monuments à la mémoire des victimes ou que l’on dresse de simples plaques commémoratives, c’est le besoin impérieux de perpétuer la souffrance qui supplante le reste. Bien sûr, dans sa démarche officielle, elle s’inscrit dans l’apaisement et la sagesse. Elle se veut la balise de nos déconfitures, des dérives absurdes qui ont transformé nos quêtes de bonheur en bourbiers sanglants et nos espoirs d’aller vers un monde meilleur en vœu pieux. »

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Auteurs : Tarek, Kamel Mouellef et Batist Payen
Editeurs : Tartamudo

Le site de la BD.

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