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Les innocents coupables - BD

innocents_1« Bandit ! Voyou ! Voyou ! Chenapan ! C'est la meute des honnêtes gens - Qui fait la chasse à l'enfant - Il avait dit j'en ai assez de la maison de redressement - Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents - Et puis ils l'avaient laissé étendu sur le ciment » C’est par la poésie que Jacques Prévert nous parlait des bagnes pour enfant, aujourd’hui c’est par la bande dessinée que Galandon et Anlor revisitent ce thème. Un sujet fort, inattendu, mais magistralement traité.

 

Synopsis

France, 1912, colonie pénitentiaire agricole « Les Marronniers ».

La colonie pénitentiaire est un centre de redressement, un bagne diront certains, où sont placés les jeunes garçons mineurs que la société ne peut plus accepter en son sein. Mauvais gamins, voleurs, bagarreurs, c’est un ramassis de jeunes parias, d’êtres imbéciles et violents, à jamais perdu, qui sont rassemblés dans cette prison. Du moins c’est comme ça que les voient ceux qui les gardent, le directeur de l’établissement bien entendu, mais aussi les quelques gardiens. C’est aussi l’image qu’on d’eux les paysans des alentours. Mais en fin de compte il se soucis peu de ces sales gamins, sauf bien entendu quand l’un d’entre eux tente de s’échapper. Là c’est l’aubaine, il suffit de lui mettre la main dessus pour empocher une bonne prime. Conséquence directe, l’évasion n’est qu’un mirage pour les insoumis des Marronniers.

Dans cet univers carcéral jeune et masculin la violence et l’intimidation sont la règle, les sévices physiques voire sexuels, courants. La seule monnaie qui circule est composée de dessins érotiques. Les journées s’enchainent à assurer les travaux agricoles et à obéir au « grand frère », un camarade chargé de faire le lien entre le groupe et l’encadrement.

Dans cet univers malsain se trouve Miguel, enfant de l’assistance qui avait été embouché comme garçon boucher dans une famille qui maltraitait ses confrères. C’est pour soigner l’une d’elle qu’il vola dans la caisse, c’est par un malheureux concours de circonstances qu’il blessa la « mère » de sa famille d’accueil. Et c’est pour ça qu’il croupi aux Marronniers. Il se lie d’amitié avec le jeune et timide Adrien, qui a subi les sévices sexuels du nouveau « grand frère ». Le troisième larron a un profil atypique, au milieu d’une majorité illettrée Jean est ce qu’on pourrait appeler un jeune homme de lettre. Lucide sur la difficulté à s’évader, conscient que leur situation va au-delà de la légalité, il cherche à prévenir un journaliste pour enquêter sur cette prison pour enfant. Il parviendra, nouant par la même occasion une étroite relation avec la jeune fille du directeur… Un directeur qui ne tarde pas à comprendre le piège qu’on lui tend et qui est assez rusé pour transformer le camp en quelques jours pour ne laisser paraître que de quoi écrire un article élogieux.

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Notre avis

Le thème des centres pénitentiaires pour enfants du début du 20ème siècle est original. Ce n’est généralement pas ce que l’on cherche prioritairement dans un rayon BD et il est vrai que nous partions avec un petit apriori négatif, purement subjectif. Et bien force est de constater que le scénario de Galandon sait nous tenir en haleine et nous immerger totalement dans ce milieu qui ne nous était pas familier ! C’est donc une parfaite réussite pour le scénariste, avec d’autant plus de mérite qu’il ne partait pas avec un public conquit d’avance ! Dès les premières planches le lecteur est plongé dans l’ambiance du poème de Prévert « La chasse à l’enfant », qui justement évoquait la mutinerie de la colonie pénitentiaire de Belle-Ile-en-Mer. Ce fut donc une excellente surprise.

Côté dessin on trouve un souci du détail propice à l’immersion, sans pour autant arriver à un réalisme méthodique. En effet les traits sont souvent aigus, vifs, comme ces enfants maigres et violents. Plus généralement les traits perdent en réalisme ce qu’ils gagnent en expressivité et on lit sur les visages l’âme des personnages : la douceur, la simplicité, la brutalité, le sadisme… C’est tout l’art de la talentueuse Anlor. Elle signe là sa première BD mais tout pense à croire que ce ne sera pas sa dernière, et c’est tout le mal que nous lui souhaitons !

Le réalisme se retrouve par contre dans les dialogues, du moins à ce qu’on peut en juger et ce qu’on peut imaginer d’un milieu d’adolescents incarcérés : les mots sont crus, les expressions imagées mais peu châtiées… Un vocabulaire intemporel de prisons, de casernes et de milieux défavorisés.

« Les innocents coupables » est donc une excellente surprise, et une fois de plus il faut reconnaitre que les Editions Grand Angle nous offrent « La BD comme au cinéma », même avec un sujet qui aurait pu en rebuter certain ! Il est agréable de se laisser guider par le talent de Galandon et d’Anlor pour découvrir cet univers carcéral du début du siècle dernier. Un thème de la pénalisation de la jeune délinquance qui, finalement, est toujours d’une actualité bouillante…

 

Scénario : Galandon

Dessins & couleurs : Anlor

 

- La Fuite (mars 2011)

- La Trahison (mars 2012)

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