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Gueule d’amour – BD

gueule_damourUne nouvelle bande dessinée sur les problèmes de réinsertion et le mal-être des mutilés facio-musculaires de la Première Guerre Mondiale : les « faciaux », les « baveux », les « fendus », les « trous à viande », les « sillonnés », les gueules « de sanglier » ou « de fouine », les « becs de canard » ou les « mâchoires de serpent » comme on les surnommait… Outre un dessin très spécifique, la particularité de cette BD est de s’attacher tout particulièrement à la sexualité de ces individus qui ont autant de mal à se faire accepter qu’à s’accepter.

 

 

Synopsis

14 juillet 1919 : défilé sous l’Arc de Triomphe, fanfare, festivités, acclamations, remises de médailles… Et un homme détruit, blessé de guerre, la bouche emportée par un éclat d’obus, qui refuse d’entrer dans ce petit jeu commémoratif. Une de ces gueules cassées que sa femme ne regarde plus que comme une tache supplémentaire, et encore l’a-t-elle accepté, ce qui n’est pas le cas de tous ses camarades. Un homme vivant sur sa pension, lisant le dégoût ou la peur dans les yeux de ses concitoyens, contraint de payer le prix fort les prostituées du coin. C’est là qu’il rencontre Sembene dit « le cannibale », un colosse africain qui lui-aussi vit de sa sale tête, mais différemment, en se donnant en spectacle dans une reconstitution de village africain. Les deux hommes se lient d’amitié, partageant leurs connaissances et entrant dans le petit cercle de la comtesse, excentrique femme de général amatrice de bondage et de soirées sadomasochistes…

Notre avis

Gueule_casse_BD

Le thème de la réinsertion des blessés de la Première Guerre mondiale semble particulièrement à la mode ces temps-ci dans le milieu de la bande dessinée. Ici le choix s’est porté sur les gueules cassées, comme pour la BD « Pour un peu de Bonheur » ou « Gueules cassées. Au bénéfice des lâches ». Le sujet est cependant traité de façon tout à fait différente, en premier lieu d’un point de vue graphique puisqu’ici le dessin tranche avec le réalisme pour se rapprocher de l’expressionnisme. Les dessins de Delphine Priet-Maheo ne sont pas sans rappeler le style d’Otto Dix ou d’Edvard Munch (pensons au fameux tableau « Le Cri »), chez les trois artistes on retrouve la volonté de traduire une profonde angoisse existentielle. Le choix d’abandonner le réalisme pour traduire la souffrance des blessés de guerre avait déjà été fait pour « Vies tranchées », et il séduira sûrement autant de lecteur qu’il en rebutera tant la réceptivité aux styles graphiques est affaire personnelle. Sans aucun doute certains regretteront cet expressionisme en sachant que le réalisme a déjà su traiter avec brio ce thème dans « Pour un peu de Bonheur », et même dans un autre contexte le thème de la sexualité des défigurés dans une BD comme « Après la nuit » de Guérineau et Meunier. Nous laisserons le lecteur se positionner lui-même sur ce sujet.

Nous parlons de sexualité car il s’agit d’un des thèmes majeurs de cette BD, la pierre d’angle. Certes dans le premier tome de « Pour un peu de bonheur » ce thème était également abordé, mais il est ici omniprésent : les masturbations négociées avec les infirmières, le recourt à la prostitution (avec des conditions sur les tarifs et les positions), la mise à disposition des maisons closes pour les mutilés et jusqu’à l’organisation de soirées bondages et sadomasochistes… Pour ainsi dire jamais le thème de la sexualité des mutilés de guerre n’avait été aussi approfondi dans la BD.

On pourrait presque allez jusqu’à dire que ça devient obsessionnel et que la sexualité cache dans la BD les autres facettes de la vie des gueules cassées. On trouve néanmoins en arrière plan nombres d’autres éléments : le rapport aux civils, à la famille, la camaraderie entre vétérans mutilés, les difficultés dans la vie quotidienne (repas…), le marché des prothèses, l’organisation de la loterie nationale pour payer les pensions, les familles qui utilisent les mutilés comme des gagne pain sans s’en occuper…

Gueule_casse_BD2.jpegEnfin et pour finir notons que cette bande dessinée offre à ses lecteurs quelque chose que nous apprécions tout particulièrement sur HPT : un dossier documentaire d’une quinzaine de pages. Richement illustrée cette postface de Sophie Delaporte (Maitre de Conférence à l’Université de Picardie Jules Vernes – CHSSC) revient sur plusieurs points abordés par la BD et offre au lecteur une bonne initiation historique sur le thème en parlant de l’association du colonel Picot, de la chirurgie faciale, des progrès des prothèses (mais aussi de leur refus par les mutilés…), des liens étroits qui se tissent entre le patient et le soignant… La reprise de Sophie Delaporte n’est cependant pas une simple répétition de ce qui a été vu dans la BD, elle s’attache à revenir sur certains points du scénario pour les préciser, ou les relativiser (sur les mariages mutilé/infirmière, sur les suicides…).

Elle va même beaucoup plus loin en offrant au final un bel article qui aborde le sujet de façon beaucoup plus complète que la BD, mais il est vrai que Sophie Delaporte est spécialiste du sujet puisqu’elle a déjà publié «Les Gueules cassées de la Grande Guerre » aux Editions Agnès Vienot, et des articles sur la médecine durant la guerre de 14-18. Une bonne initiative donc de confier une postface à une historienne pour permettre au lecteur de faire le lien entre la fiction et l’histoire. La BD est n’en doutons pas un formidable vecteur de vulgarisation au sens noble du terme.

 

 

Gueule d’amour

Scénario : Aurélien Ducoudray

Dessin : Delphine Priet-Mahéo

Postface : Sophie Delaporte

Editions : La boîte à bulles

 

Voir également :

Delaporte Sophie, « Les Gueules cassées: les blessées de la face de la Grande Guerre », Editions Agnès Vienot, 2001.

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