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Le Trône d'Argile. T.5: La Pucelle - BD

Jeanne_61429 Charles VII est sur le point de perdre son trône. On le traite de bâtard, de rebelle, Anglais et Bourguignons l’ont acculé au Sud de la Loire et ce dernier rempart cèdera dès que la ville assiégée d’Orléans aura cédée… À l’autre bout de la France, une jeune pucelle que l’on appellera Jeanne d’Arc a reçu la visite d’apparitions qu’elle croit divine et qui lui ordonne de venir en aide à son roi. Ce qu’elle ne sait pas c’est qu’elle n’est que la marionnette de Yolande d’Anjou, belle-mère du roi, qui créé de toutes pièces la Pucelle libératrice annoncée par une vieille légende et qui redonnera à Charles VII et à ses hommes la force de repousser l’envahisseur et la conviction de servir une cause juste puisque soutenue par Dieu lui-même

 

Synopsis

De 1424 à 1429, nous suivons deux destins atypiques…

D’un côté Charles VII, roi de France non sacré et sur qui planent de gros doutes de bâtardise. Non sacré et contesté puisque le traité de Troyes signé par sa mère le déshérite et fait du roi d’Angleterre le nouveau roi de France. Le roi d’Angleterre ? Henry VI, un enfant… C’est Jean de Lancastre, duc de Bedford, qui gouverne de fait au Nord de la Loire en tant que régent du royaume de France. Comme si la guerre franco-anglaise ne suffisait pas, la guerre civile sépare la Bourgogne du parti Armagnac de Charles VII… Le pauvre Charles VII ne sait plus que penser, indécis il n’arrive pas à donner une ligne directrice forte à ses campagnes militaires. L’armée de France va de débâcles en débâcles… Les chefs de guerre agissent à leur guise, de façon décousue, et leur panache téméraire se brise sur l’organisation froide et pragmatique des armées anglaises. En 1429 les troupes anglaises assiègent Orléans, ville stratégique verrouillant le passage de la Loire : si Orléans tombe les Anglais déferleront sur ce qui reste du royaume de Charles VII qu’ils ne considèrent que comme une rebelle ! Désemparé, Charles VII s’en rapporte à Dieu pour obtenir un signe de sa légitimité à gouverner ce royaume de France qui lui échappe.

Jeanne_4D’un autre côté, bien loin du Val de Loire, à Dormény, vit la petite Jeannette. La fille d’une famille de laboureur, une enfant qui aime écouter des histoires autour de l’arbre des fées, mais qui, comme sa mère, est habitée par une foi des plus intenses qui conditionne sa vie de chrétienne exemplaire.

Ces deux destins vont se croiser par l’intercession d’une femme : Yolande d’Anjou, belle-mère de Charles VII. Cette dernière, avec l’aide de Sainte Colette de Corbie, va manipuler la naïve Jeannette pour en faire la pseudo envoyée divine que tout le monde attend depuis qu’une légende raconte que le royaume perdu par une femme (la mère de Charles VII) serait sauvé par une pucelle. Yolande va servir sur un plateau d’argent ce signe divin dont ont besoin Charles VII et son armée pour reprendre en main la situation.

Notre avis

Le premier aperçu est très positif. En feuilletant cette bande dessinée, on savoure les planches dessinées par Théo et mises en couleur par Lorenzo Pieri. Scènes de batailles, villages, intérieurs et extérieurs des châteaux de ce début du XVème siècle, tenues et paysages : tout forme une ambiance assez réaliste, historiquement crédible, belle et parfaitement immersive ! Une très bonne chose, puisque la BD, comme les Livres d’Heures de l’époque présentée, s’admire au moins autant qu’elle se lit !

Quand nous nous arrêtons dans l’un de ces châteaux, à la cour du roi Charles, nous somme complètement immergé dans le brouhaha qui accompagne le débat pour savoir si oui ou non le roi participera lui-même à la campagne de Normandie. De façon plus générale le contexte géopolitique des années 1424 / 1429 est très bien présenté pour une BD dont ce n’est pas forcément l’objectif premier. De débats en discussions, de Verneuil, des premiers coups de canon des remparts d’Orléans à la journée des Harengs le lecteur se voit offert en filigrane toute une remise à niveau en histoire médiévale ! À tel point que cela peut, peut-être, déstabiliser ceux qui n’ont aucune connaissance dans le domaine. Mais le style clair de France Richemond rend le cours d’Histoire accessible au plus grand nombre.

Cours d’Histoire ? Oui et non… Oui, le fond politique est bien historique. Non, cette BD n’est pas un livre d’Histoire illustré, mais bien une œuvre de fiction, avec son scénario propre. Ceci est parfaitement visible à propos du personnage central de ce tome 5 : Jeanne la Pucelle. Le scénario reprend de nombreux éléments de la jeunesse de Jeanne qui sont attestés par les sources : les guirlandes de fleurs à l’arbre des fées, le pèlerinage de sa mère, le rêve de son père, son assiduité à l’église, les galettes qu’elle voulait offrir au sonneur de cloches pour qu’il le fasse correctement, le nom de ses camarades, l’attaque du village… Par contre, l’Histoire prend du plomb dans l’aile quand la scénariste est confrontée aux voix et aux apparitions de Jeanne. Il y a certes plusieurs écoles : accepter l’idée irrationnelle d’un message divin, relier les voix à un phénomène médical ou les nier, faisant ainsi de Jeanne une menteuse créée ou du moins utilisée par les Armagnacs. France Richemond va plus loin puisqu’elle fait des voix et des apparitions un artifice créé par Yolande d’Anjou pour convaincre Jeanne de sa pseudo-mission divine au profit du roi. Créer des apparitions ? Oui, en utilisant les services d’un alchimiste sicilien
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couvrant des complices d’huiles et de poudre de pierres qui reflètent l’éclat du soleil orienté sur eux par des miroirs !... Là bien entendu on sort complètement de l’histoire et à valoir rationaliser les apparitions on en arrive à un scénario plus risible que crédible… C’est bien rabaisser Jeanne que de l’imaginer ébahit face à un homme huilé et poudré éclairé par un alchimiste qui manie des miroirs cachés dans les buissons… Au passage, ce n’est pas seulement non historique, c’est également en contradiction avec les sources historiques puisque Jeanne affirma voir les saints en buste et non de plain-pied… Et quand on pense que la scénariste mêle Sainte Colette de Corbie à toute cette mascarade… Alors certes, ce n’est qu'une BD, pas un livre d’Histoire, mais le doute peut planer pour le néophyte qui aura remarqué sur la couverture le logo « recommandé par Historia » qui hélas rime souvent pour les lecteurs avec « BD historiquement fiable »… Le doute planera d’autant plus que cette saga a jusqu’à présent une très bonne réputation de « BD historique » sur les sites dédiés au 9ème art. Dommage donc de saborder ainsi un scénario qui pour le reste était totalement immersif. Il eu pourtant été facile de garder l’idée de manipulation par Yolande d’Anjou d’une Jeanne ayant des visions (quelque que soit l’explication qu’on leur donne) ou au contraire jouant complètement un rôle. Mais l’alchimie sicilienne ne prend pas et le lecteur risque justement de prendre la recommandation d’Historia comme un miroir aux alouettes au profit d’une BD qui a des qualités, mais n’est pas à proprement parler historique.

 

Scénario : France Richemond

Dessin : Théo

Couleur : Lorenzo Pieri

Editions : Delcourt

 

Le Trône d’Argile :

Tome 1 : « Le chevalier à la hache »

Tome 2 : « Le pont de Montereau »

Tome 3 : « Henri, roi de France et d’Angleterre »

Tome 4 : « La mort des rois »

Tome 5 : « La Pucelle » (existe aussi en édition de luxe noir & blanc)

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