Rechercher dans le site
Catégories
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil BD Histoire Tintagel - BD

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Tintagel - BD

Tintagel_4Les Editions Delcourt nous proposent une nouvelle saga : « Tintagel ». Derrière le nom de la cité de Cornouailles, surtout connue par le cycle arthurien, se cache en réalité une série adaptant la légende des deux amants les plus célèbres du roman médiéval : Tristan et Yseut. Cette légende mise par écrit au XIIe siècle fut l’objet d’une multitude de versions dans tout l’Occident. Neuf-cents ans plus tard, le succès ne se dément pas et cette BD cherche à offrir au plus grand nombre cette réflexion sur l’exaltation des passions amoureuses et ses conséquences dévastatrices.

 

 

Retour sur 900 ans de succès

Le mythe de Tristan et Yseut raconte comment Tristan, jeune champion orphelin récemment introduit à la cour de son oncle le roi Marc, but malencontreusement le philtre d’amour censé envouter son oncle et sa nouvelle épouse : Yseut. Un amour passionné et purement magique s’en suit entre Tristan et Yseut, et de façon unilatérale entre le roi Marc et cette dernière. Les amants finiront par fuir, seront retrouvés par le roi Marc qui les pardonnera alors que les effets du philtre s’estomperont. Manganine le roi les épargnera et recouvrera son épouse, éternellement hanté cependant pas la jalousie qui le pousse à exiler son neveu. Tristan lui rejoindra sa terre avec un nouvel amour dépassionné pour une nouvelle femme. Il passera sa vie à guerroyer jusqu’à être grièvement blessé et n’avoir plus de Salut que dans les talents magiques de son ex-concubine... Alors que celle-ci s’apprête à venir le sauver, un mensonge de sa femme jalouse le pousse vers la mort (par abandon ou suicide selon les versions).

Comme on le voit dans ce très succinct résumé (qui volontairement ne révèle pas les multiples rebondissements et détails de l’histoire) l’essence de ce récit est une histoire d’amour médiévale, bien loin cependant de l’amour courtois. L’amour courtois consiste généralement en un amour impossible et contrôlé entre un homme et une femme généralement de rang supérieure et/ou mariée. L’amour courtois est donc un amour chaste, contrôlé et fantasmé. À l’inverse l’histoire de Tristan et Yseut est un amour consommé, charnel et passionné, mais aussi, et surtout un amour destructeur. Cet amour incontrôlé, teinté d’adultère, entraine avec lui la jalousie et la mort. Il peut être parfois interprété comme une mise en garde à l’encontre des jeunes amants pour leur ouvrir les yeux sur les aspects dévastateurs parfois sous-estimés d’un amour trop libre et passionné. D’autres y voit au contraire un hymne à la passion amoureuse, si fougueuse qu’elle ne peut trouver que son dénouement dans la mort physique et ne trouver le repos que dans ces tombes reliées entre elles par une ronce ou un rosier. À chacun de voir et de comprendre ce que son cœur interprète de cette légende, ce genre de récit n’est pas une fin en soi, mais une base de réflexion.

D’un point de vue historique on date généralement ce récit du XIIe siècle, bien qu’il soit certainement inspiré de personnages ou d’épopées celtiques antérieurs. D’ailleurs, comme pour les romans de la Table ronde (qui recroisent parfois l’histoire de Tristan), il est erroné de parler d’un récit, car il y en a plusieurs. Peut-être a-t-il existé un récit originel, mais plus certainement les récits se sont complétés et inspirés les uns les autres de façon progressive. Ainsi des aspects de l’histoire nous sont racontés par Normand Béroul, Thomas d’Angleterre, Marie de France, Ulrich von Zatzikhoven et au moins sept autres auteurs occidentaux. Ce n’est que dans les premières années du XXe siècle que Joseph Bédier compila et synthétisa l’ensemble des versions pour créer une œuvre « complète » qui est en fait une création originale.

Néanmoins, sans être un récit unifié durant l’époque médiévale, l’amour de Tristan et Yseut reste un grand classique des élites occidentales, un thème culturel commun au même titre que la chanson de Roland ou que la quête du Graal. On peut ainsi retrouver de nombreuses références dans l’art : décoration mobilière, tapisserie, enluminure… Le thème est ensuite repris par les artistes romantiques de la fin du XIXe et du début du XXe (des peintres comme Frederick Leighton, des compositeurs comme Richard Wagner…) qui trouvent ainsi un formidable champ d’expérimentation des passions, qui plus est dans un cadre médiéval gothique fantasmé comme ils l’aimaient tant. Le thème ne sembla jamais épuisé et fut adapté en film avec au moins sept versions jusqu’au début des années 2000. Neuf-cents ans de succès qui bien entendu n’ont pas épargné la bande dessinée puisque c’est au moins la troisième fois que Tristan reprend vit avec le neuvième art.

Tintagel_3

La BD « Tintagel »

Dans ce premier tome « Yseut la Blonde », Rodolphe, le scénariste reprend l’histoire de Tristan depuis le mariage de son père et de sa mère (sœur du roi Marc de Cornouailles), la mort de ses parents, son enfance cachée comme fils d’un des barons de son défunt père, sa capture par des pirates, son arrivée à la cour du roi Marc, la découverte de ses vraies origines et son combat épique avec un colosse de l’armée d’Irlande… S’en suit une blessure mortelle infligée par le colosse dont la lame était empoisonnée, une blessure que seule pourra soigner Yseut, princesse d’Irlande et nièce du colosse… Puis c’est le retour triomphal auprès du roi Marc, rapidement poussé par ses barons à trouver une épouse pour qu’il ait un fils qui éloigne Tristan d’une éventuelle succession au trône. Cette future femme ne sera autre qu’Yseut et Tristan est chargé de s’en aller la chercher. Pour cela il devra vaincre un dragon et la perfidie d’un baron irlandais. Sur le chemin du retour, voguant au large de l’Irlande, il boit avec la princesse, sans le savoir, un philtre d’amour que la reine d’Irlande avait confectionné pour enflammer l’amour entre sa fille et le roi Marc. Alors qu’il avait juré d’accompagner dignement la princesse auprès de son époux, les pouvoirs magiques du philtre le poussent à s’unir charnellement avec elle…

Tintagel_2

Reprenant les grandes lignes de la légende Rodolphe s’en sort donc plutôt bien dans cette adaptation du récit à la bande dessinée. Les textes sont aussi agrémentés d’un style troubadour pour mieux plonger le lecteur dans cette ambiance médiévale fantastique et renouer avec l’oralité qui fut le meilleur vecteur de la légende dans tout l’Occident. Fort de ce scénario bien mené le lecteur est plongé dans un dessin épique, de duel, de dragons et de princesses.

 

Les planches aux teintes claires et aux traits assurés participent à cette immersion. Cependant, il ne faut pas chercher une reconstitution historique, ni du XIIe siècle (contexte dans la mise par écrit de la légende) ni du VIIIe siècle (parfois considéré comme le contexte du mythe originel). On trouve dans le dessin des éléments de diverses époques et des éléments purement imaginaires dans un monde avant tout fantastique et non historique. Ce qui est historique c’est le récit, pas l’histoire racontée. Par contre, pour un tel récit basé en premier lieu sur l’exaltation des passions effrénées (duels, guerre, amour…) ont aurait pu s’attendre à un dessin plus sombre, plus noir, plus gothique, avec une exploitation plus intense des scènes de combats comme des scènes érotiques. A contrario l’ensemble reste assez bon enfant, propre et prude. Un choix qui donne peut-être un peu moins d’intensité au récit, mais qui le rend accessible à un très large public, jeunes compris. Un choix plutôt cohérent pour François Allot qui a entre autres travaillé sur la conception graphique de la série « Ulysse 31 » ou pour la revue « Okapi ».

 

Scénario : Rodolphe

Dessin : Françoit Allot

Couleurs : Christian Lerolle

Editions : Delcourt

 

Tintagel

- Tome 1 : Yseut la Blonde

Les autres articles sur ce thème



  L'histoire rêvée de Rennes-le-Château (D. Rossoni)

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire