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Grand Prix, tome 3 : Adieu (Marvano)

gp3Après une longue attente, en premier lieu pour les fans de la série, les éditions Dargaud ont enfin fait paraître Adieu, le dernier volet de la trilogie Grand Prix signée Marvano. L’occasion de retrouver le mélange de personnages fictifs et réels des deux volets précédents, confrontés à la tourmente d’un monde en marche vers la Seconde guerre mondiale. Un contexte qui pèse du plus en plus lourdement sur le petit monde de la course automobile. Même si la mort faisait partie du quotidien des pilotes en ces années lointaines, et même une source de frisson supplémentaire pour ceux qui s’ingéniaient alors à la braver au volant d’une voiture de course, ce sont de toutes autres préoccupations qui envahissent peu à peu la vie de nos personnages… et l’histoire contée par Marvano.

 

 

Glissements de personnages

De fait, la « grande » histoire prend définitivement le pas sur la « petite » dans ce tome 3. La course automobile, décrite avec tant de précision et de passion dans le premier volet, ne sert plus désormais que de toile de fond à un arc narratif mêlant espionnage et politique internationale, déjà introduit dans le second opus. La course reste néanmoins le prétexte à de belles planches : Marvano n’a rien perdu de son habileté à exprimer le mouvement et la vitesse. On en vient presque à regretter que les pages qui y sont consacrées deviennent de plus en plus en plus anecdotiques, et simplement illustratives, à mesure de la progression du lecteur.

La mort tragique de Bernd Rosemeyer, le héros du tome 2, marque en quelque sorte la fin de cette transition. Rassurons tout de suite les lecteurs : il ne s’agit guère d’un « spoiler », Marvano ne pouvant guère faire l’impasse sur la mort du champion allemand, tué le 28 janvier 1938 lors d’une tentative de battre le record du monde de vitesse effectuée par grand vent sur une simple portion d’autoroute… Si son rival et néanmoins Rudi Caracciola – personnage central du premier volet de la trilogie – est encore bien présent, son effacement progressif est à l’image d’un univers, celui des sports mécaniques, qui cherche surtout à s’abriter d’une tourmente à présent inéluctable.

PlancheA_161704Plus encore que dans le tome 2, c’est donc Leslie Toliver qui se retrouve au cœur de l’intrigue. Ce jeune pilote britannique, personnage fictif, n’est pas sans rappeler Dick Seaman, qui lui fut bien réel. Comme Seaman, Toliver est un coureur prometteur qui roule pour Mercedes… Mais la comparaison s’arrête là, et Seaman est par ailleurs furtivement cité dans l’album. L’intérêt scénaristique est ici la licence artistique accrue que permet un personnage fictif. Toliver, tiraillé entre sa nationalité et celle de son employeur – et, accessoirement, de sa fiancée – dans un contexte de tension croissante entre le Royaume-Uni et l’Allemagne, devra en outre démêler deux tortueux écheveaux, entre ses origines obscures et l’intrigue principale.

L’histoire en marche

Mais tous ces personnages sont désormais ballotés par le rythme de la marche à la guerre. Dans les pages d’Adieu se succèdent ces événements bien connus : l’Anschluss, les accords de Munich, la Nuit de Cristal, le partage de la Tchécoslovaquie, la montée des tensions entre l’Allemagne et la Pologne… Et pour finir, ce Grand Prix de Belgrade disputé dans une atmosphère surréaliste, le 3 septembre 1939, alors que la guerre fait rage en Pologne depuis déjà deux jours et qu’elle ne va pas tarder à se muer en conflit mondial. Un affrontement qui laisse les protagonistes – et le lecteur – face à une issue incertaine, même si un bref épilogue évoque le destin de quelques-uns des personnages.

1939_Belgrade_GPMarvano déroule dans ce contexte une intrigue très travaillée et d’une grande complexité. Pas question de trop en dévoiler ici, mais que le lecteur sache qu’il lui faudra naviguer dans un jeu politique parfois un peu obscur entre espionnage et humanisme, entre les sentiments personnels des protagonistes et leur désir de faire quelque chose face aux persécutions grandissantes dont sont victimes les Juifs d’Allemagne d’une part, et les nécessités diplomatiques et stratégiques de gouvernants dont ils sont, de manière plus ou moins consciente, les instruments pas toujours volontaires. Une intrigue touffue, et peut-être même un peu trop, car tout va très vite à mesure que s’approche la fin de l’histoire – et celle-ci paraîtra sans doute un peu abrupte à bien des lecteurs. Devant la masse d’information à assimiler en si peu de pages, on peut même se demander si Grand Prix n’aurait pas gagné à ralentir un peu le rythme, quitte à devenir une tétralogie.

Toutefois, une seconde lecture et un œil plus attentif permettent de relever bien des détails passés inaperçus en première instance. En réalité, Marvano a laissé peu de choses au hasard. Ses vignettes regorgent de clins d’œil et d’allusions connectés à l’intrigue principale, au coin d’une image, sur une affiche, ou encore personnage clé habilement dissimulé dans une foule… Une bande dessinée raconte son histoire non seulement avec ses textes, mais également avec ses images, et Marvano nous en livre ici une démonstration d’accès parfois difficile, mais éloquente. Adieu est donc non seulement le point final de Grand Prix, mais également une incitation à relire intégralement la trilogie avec toute l’attention que le crayon de l’artiste belge mérite.

 

MARVANO, Grand Prix, tome 3, Adieu, Dargaud Benelux, 2012, 56 pages. ISBN 978-2-5050-1377-8.

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