Rechercher dans le site
Catégories
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil BD Histoire Ouvrier - BD

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Ouvrier - BD

ouvrierBruno Loth reprend les mémoires de son père, ouvrier sur les chantiers navals, pour faire revivre à travers la BD les sombres années de l’occupation allemande subie par les civils. Loin des hautes sphères et des champs de bataille, c’est l’histoire ouvrière de la Seconde Guerre mondiale que l’auteur cherche à nous faire découvrir dans une ambiance d’auberges de jeunesse et de TSF, mais aussi de claquements de bottes et d’exécutions sommaires.

 

Mémoires sous l’occupation

Ce premier volume d’ « Ouvrier, Mémoire sous l’occupation » fait suite à « Apprenti » racontant l’histoire de Jacques dans les années 1930’s. Toutefois il n’est pas indispensable d’avoir lu « Apprenti » pour se plonger dans « Ouvrier », tant ce nouveau volume apparait comme un nouveau départ. « Ouvrier » nous invite à suivre l’histoire de Jacques à la toute fin des années 1930’s, une époque marquée par l’insouciance des auberges de jeunesse et des congés payés qui égaye la vie des jeunes ouvriers français des chantiers navals de Bordeaux. C’est aussi la montée des tensions internationales, la mobilisation, la déclaration de guerre à l’Allemagne, la débâcle de 1940, les flux de réfugiés, l’occupation… Jacques, lui, est réformé, il vit donc la Seconde Guerre mondiale depuis l’arrière, entre son chantier de travail bordelais et la dune du Pyla près de laquelle son oncle est installé. L’avancée des forces de l’Axe annoncée par les journaux se concrétise rapidement par les bombardements et son pendant : la défense passive. Jacques découvre rapidement le fruit de la défaite : l’arrivée des troupes allemandes, le changement d’heure, les réquisitions d’ouvriers envoyés en Allemagne, l’installation de bases navales italienne et allemande, les actes de résistance et la terrible répression de l’occupant. Toute la structure familiale et relationnelle de Jacques est bouleversée, les rassemblements de jeunes interdits, un ami communiste exécuté, une petite amie qui le quitte, le décès de sa mère, son frère soupçonné par la police, son père contraint de changer de travail, lui-même changeant de chantier pour ne pas partir en Allemagne. L’occupation est une période douloureuse et traumatisante que Jacques n’avait pas forcément prévu de nous raconter à l’origine.

ouvrier_2

Oui, nous raconter, car l’histoire de Jacques n’est pas une fiction, mais bien une adaptation en bande dessinée des souvenirs du père de l’auteur. Dans un premier temps, il n’était pas prévu de traiter cette période douloureuse, mais à la sortie d’ « Apprenti » l’idée a fait son chemin jusqu’à l’écriture de cette suite. Bien évidemment, il ne s’agit pas d’un livre d’histoire, mais bien de mémoires avec tout ce que cela peut avoir de subjectivité, d’oublis ou d’erreurs. Ce fut d’ailleurs un des soucis de l’auteur que a constaté que la mémoire est infiniment personnelle et qu’il est parfois difficile de faire une synthèse des différentes mémoires familiales. C’est pourquoi il a décidé de ne suivre que les mémoires de Jacques, de partager avec nous SA mémoire des événements, tout en prenant soin de bien la faire cadrer avec le contexte chronologique plus large (on note par exemple le traitement de la guerre d’Espagne en parallèle des vacances de neige dans les Pyrénées des personnages de la BD).

 

Notre avis

 

L’initiative de Bruno Loth de retranscrire en bande dessinée est des plus louables, c’est une excellente façon de vulgariser ce témoignage et de le rendre accessible au plus grand nombre. Notons également que quelques lignes à la fin de la BD définissent clairement ce projet, expliquant qu’il ne s’agit pas d’une fiction, mais que les mémoires sont plurielles et par bien évidemment subjectives. À partir de là, le lecteur se penche sur les planches comme s’il écoutait un témoignage, celui d’un civil de l’arrière qui subit de plein fouet les conséquences de la guerre. C’est d’ailleurs ce statut de civils, d’ouvrier, qui est original. Nous n’avons pas là une histoire globale de la guerre, ni celle d’une pointure militaire ou politique, pas même le récit d’un soldat, mais bien celle d’un civil, d’un de ces hommes dont on parle peu et qui participèrent à l’effort de guerre dans les cales sèches de Bordeaux. C’est aussi toute la vie sociale du début des années 1940’s qui reprend vie : les vacances à la plage et les sorties au cinéma après le travail, le tout en supportant une cohabitation forcée avec l’occupant. La BD est extrêmement riche est évocatrice pour faire redécouvrir cette France occupée, des tickets de rationnement et de la peur au ventre.
ouvrier_3

 

Le dessin est simple, mais réaliste, dans des tons gris/noir/blanc partiellement colorisés qui donnent une ambiance « documents d’archives » ou « mémoire », parfaitement adaptée au sujet.

La force de cette BD est de nous offrir un regard désaxé sur cette guerre moult fois traitée sur ce support, de nous la présenter d’un point de vue civil, à travers le prisme du témoignage d’un ouvrier. Une approche originale, très proche de l’histoire sociale, pour découvrir la Seconde Guerre mondiale autrement.

 

- Apprenti. Mémoires d'avant guerre.

- Ouvrier. Mémoire sous l'occupation.

 

Scénario, dessin & couleurs: Bruno Loth

Éditions : La boîte à bulles

Les autres articles sur ce thème


A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire