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Deux généraux – BD

deux_gnrauxDans ce nouveau roman graphique, récemment traduit en français, Scott Chantler nous raconte l’histoire de son grand-père Law Chantler et de son ami Jack Chrysler, tous deux lieutenants canadiens au Highland Light Infantery durant la Seconde Guerre mondiale. Une œuvre poignante pour fixer la mémoire de ce vétéran décédé en 1997, un travail mémoriel déjà salué outre Atlantique (sélection pour le prix Eisner et Joe Shuster) qui mérite qu’on s’y attarde tant pour sa qualité intrinsèque que pour la transparence de l’auteur autour de sa création et des problèmes posés par une mise en récit de la mémoire plus de soixante ans après les faits.

 

Synopsis

« Deux généraux » est avant tout une histoire d’amitié, celle qui lia Law et Jack au sein du Highland Light Infantery. Les deux hommes, engagés en 1943, camarades de promotion, vont développer des liens que seules les situations particulières de la guerre peuvent rendre si fort. Cette bande dessinée racontant cet épisode de leur vie se découpe en deux parties.

La première partie, « Le glas du jour qui passe », est consacrée à une rapide présentation de la vie civile des deux hommes, puis à leur incorporation et à la formation. C’est le départ pour l’Angleterre, les permissions à Londres, l’entrainement avec une difficulté qui va crescendo : cours, marches, parcours du combattant, manœuvres, escalades… Le tout sous un climat on ne peut plus britannique où règnent la pluie et la boue. En 1944 les choses se précisent, et le régiment s’entraine explicitement pour une mission d’invasion : embarquements, débarquements, virées en bicyclettes pliantes pour s’enfoncer plus rapidement vers l’objectif… L’invasion de l’Europe se prépare, mais personne ne sait où, ni quand, aura lieu cette opération : soldats et officiers vivent dans le secret et dans l’attente.

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La seconde partie, « Le paysage aux clartés tremblantes s’assombrit », est consacrée à l’opération Overlord. Le Highland Light Infantery débarque sur la plage Juno avec un objectif : Caen. Mais entre lui et la ville française se trouvent les hommes de la 12e SS Panzer et les parachutistes allemands. Si le débarquement en lui-même se passe relativement bien pour le régiment, il n’en est pas de même de la bataille de Buron (8 juillet 1944) durant laquelle l’unité est durement étrillée : il y laissera plus de la moitié de ses effectifs. Cette bataille, qui précède la participation à la fermeture de la poche de Falaise, la prise de Boulogne ou l’attaque de Griz-Nez, est l’une des plus marquantes dans l’histoire des troupes canadiennes engagées en Normandie.

Notre avis

Nos lecteurs se souviennent certainement de la bande dessinée « Ouvrier », que nous leur avions présentée en septembre dernier : il s’agissait de l’histoire d’un ouvrier français durant l’occupation racontée par le fils du héros de l’histoire. « Deux généraux » raconte un autre destin, celui d’un soldat canadien, mais on retrouve beaucoup de points communs tant dans la période étudiée, la démarche mémorielle et familiale, mais aussi le style graphique. En effet, les dessins sont là encore simples, mais précis, la colorisation quadrichromique restant quant à elle dans des tons noirs, blancs, rouges, mais surtout brun. Un choix artistique qui permet de donner une ambiance générale de souvenirs. Le brun / kaki n’étant pas non plus sans rappeler la couleur des uniformes des armées anglaises et canadiennes.

Le résultat est graphiquement convaincant, soutenu par une scénarisation bien ficelée qui fait que le lecteur enchaine les quelque 140 pages de cette BD avec une fluidité et un plaisir indiscutable. Pour mettre des mots et des images sur cette histoire familiale et mémorielle, Scott Chantler a bien entendu réuni les souvenirs que lui-même et les autres membres de sa famille avaient retenus de ce grand-père, mais ce n’est pas tout. En effet, en fin d’ouvrage l’auteur n’hésite pas à s’attarder sur les sources et les personnes qui lui ont permis de mener à bien ce travail. Ainsi, on sait qu’il s’est principalement appuyé sur le journal tenu par son aïeul en 1943, puis sur les lettres qu’il échangea avec sa femme durant l’année 1944. Ces informations étant bien entendues complétées par le Journal de guerre du Highland Light Infantery et divers ouvrages consacrés au rôle du régiment durant le débarquement en général, et la bataille de Buron en particulier. Mais ce n’est pas tout, puisque l’auteur a également pu bénéficier de l’aide du sergent Lance Harisson, dirigeant le musée régimentaire du Royal Highlander Fusiliers of Canada (issu de la fusion du Highland Light Infantery et des Scots Fusiliers), qui l’a aiguillé d’un point de vue technique pour donner autant de cohérence graphique que possible pour illustrer cette parcelle de vie.
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On ne peut que saluer cette initiative de l’auteur de finir ainsi sur une véritable transparence en ce qui concerne ses sources. Toutefois, si toute mémoire est déjà une réécriture des faits, on sait bien que la mémoire rapportée deux générations plus tard n’en est que plus déformée et que sa retransposition sur ce support graphique qu’est la bande dessinée contraint également à des adaptations. Du coup, tout esprit historien s’interrogera sur ce brouillard plus ou moins épais qui sépare les événements de 1943-4, et ce que l’auteur nous en rapporte aujourd’hui. Généralement le lecteur reste sur sa faim, car même si l’auteur et l’éditeur font preuve de bonne volonté ils ne peuvent entrer dans les détails du travail préparatoire, au risque de faire un dossier plus imposant que la BD elle-même… Mais la bonne surprise, c’est que Scott Chantler a joué jusqu’au bout la carte de la transparence en tenant un blog dédié à son roman graphique où il explique scène par scène ce qu’il a dessiné et rapporté, sur quoi il s’est basé, ce qu’il a volontairement rajouté ou au contraire retiré… Une visite sur ce blog est des plus intéressante, on y découvre la confrontation des mémoires et les manques avec lesquels l’auteur doit travailler, la quête continuelle de sources quelles qu’elles soient : témoignages, récits, photographies, objets d’époque… Outre ces passionnantes informations complémentaires, le blog contient également plusieurs photos des deux amis et de certains de leurs hommes, des extraits du journal de Law…

Enfin, et pour finir, « Deux généraux » va devenir un incontournable de la bande dessinée sur la Seconde Guerre mondiale, une histoire vraie, la mémoire de deux Canadiens débarqués en France pour repousser l’envahisseur allemand. Mais aussi et surtout une histoire qui, par l’intermédiaire de son blog, laisse au lecteur la possibilité de comprendre qu’une BD, comme toute mise en mots et/ou image de la mémoire, n’est pas un instantané des faits, mais bien une reconstruction, aussi objective et précise que possible, reconstruite à partir de diverses sources qui sont la matière première de l’historien.

 

« Deux généraux »

Scénario & dessins : Scott CHANTLER

Traduction : Sophie Chisogne

Editions pour la France : La Pastèque

http://www.two-generals.com/

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