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L’homme de l’année: 1917, le soldat inconnu – BD

homme_annee_1917Delcourt nous propose une série consacrée à quelques inconnus de l’Histoire, des individus dont la mémoire collective a retenu l’existence, une action active ou passive, mais qui pour le reste n’a rien retenu d’eux, pas même leur nom… Profitant de ces brumes de l’Histoire plusieurs scénaristes et dessinateurs doivent se succéder pour organiser ces rencontres entre le lecteur et un illustre inconnu du XVe au XXe siècle. Le premier traité, et le plus évident, est bien entendu le soldat inconnu enterré sous l’Arc de Triomphe. Un premier tome des plus prometteurs !coup-de-coeur


Concept de la série

 

La nouvelle série « l’homme de l’année » est un projet de Fred Blanchard cherchant à balayer une très large fourchette chronologique en s’intéressant aux grands inconnus de l’Histoire. Il s’agit dans chaque tome de faire un zoom sur un moment historique largement connu en s’intéressant à un personnage qui a eu un rôle majeur sans pour autant qu’on sache grand-chose de lui. Cette lacune historique permettant bien entendu aux scénaristes de broder comme bon leur semble, façonnant à leur façon une pièce manquante du grand puzzle de notre histoire. « L’homme de l’année » devrait donc à chaque fois être une fiction, l’histoire d’un individu dans toute son humanité, acteur et outils d’événements le dépassant, moteur d’une Histoire qui n’a pas retenu son nom. Chaque personnage devant être symbolique et servir au lecteur d’instantané de son époque. Ainsi, la série doit s’emparer de l’homme qui a trahi Jeanne d’Arc, de l’homme qui hurla « Merde ! » à Waterloo, de l’assassin de Che Guevara, d’un héros de la Commune de Paris, d’un homme grâce à qui on découvrit l’Amérique, de l’homme à l’origine de l’affaire Dreyfus et, pour ce premier tome, du soldat inconnu inhumé en 1920 sous l’Arc de Triomphe.

 

Synopsis

Le 10 novembre 1920, sur le champ de bataille de Verdun où les canons se sont tu, huit cercueils recouverts des couleurs nationales sont alignés dans une casemate de la citadelle souterraine. Auguste Thin, jeune soldat de la classe 1919, est chargé de désigner celui que l’on déposera sous l’Arc de Triomphe parmi ces cercueils de soldats non identifier venant des théâtres d’opération les plus meurtriers. Le seconde classe Thin appartient au 6ème corps, s’il additionne les chiffres de son régiment (le 132ème) il tombe également sur le chiffre 6 : son choix est fait il désigne le sixième cercueil en y déposant un bouquet de fleurs. Ce sixième cercueil sera celui que l’on inhumera sous l’Arc de Triomphe et que l’on célébrera perpétuellement en hommage à tous les disparus de cette Grande Guerre qu’on espère être la Der des Der. L’Histoire n’en dit pas plus…

Mais le commandant Sorbier a un secret qu’il emporte avec lui dans sa cacaoyère de Gabiadji, sous ce soleil de Côte-d’Ivoire, loin de la glaise de la Champagne. C’est là qu’en 1910 il avait recruté un indigène, Bouba, qu’il avait intégré dans sa petite troupe de tirailleurs sénégalais. A côté de celui qui n’était qu’un de ses ouvriers il a combattu : d’abord en Côte-d’Ivoire même, puis au Maroc et enfin en F1917_arance où Mangin a soutenu l’idée que la « Force Noire » pouvait faire basculer la situation en défaveur de l’empire allemand qui venait de nous déclarer la guerre. De combat en combat, une forme d’amitié se lie entre le capitaine Sorbier et Bouba, promu lieutenant. Après la jungle de l’Afrique de l’Ouest et les sables du Maghreb, les tirailleurs sénégalais sont envoyés dans les tranchées de Verdun où ils souffrent autant des maladies et du froid que des tirs de l’ennemi. Dans l’épreuve et la souffrance partagée l’amitié entre les deux hommes se renforce, au-delà des aspects ethniques, sociaux et hiérarchiques censés les séparer. L’histoire du soldat inconnu, c’est celle de cet indigène venu en France pour y mourir, c’est celle de cette amitié au-delà de la mort.

Notre avis

Le concept de la série contraint à traiter une période par un personnage et en une seule bande dessinée. Tout le scénario doit se tenir en un tome, soit une soixantaine de planches le cas échéant. Le résultat est que nous avons une BD très dynamique, sans longueurs inutiles, tout en réussissant le tour de force de nous présenter les personnages principaux sur le long terme (depuis 1910) et même de consacrer deux ou trois planches à une petite remise à niveau chronologique sur la bataille de Verdun, sans pour autant entrer dans une artificialité descriptive que l’on aurait pu craindre. Côté rythme le scénario est irréprochable. Côté fond on remarque le choix de faire du soldat inconnu un tirailleur indigène venue de Côte-d’Ivoire, colonie française. La mise en lumière, dans la BD comme au cinéma, du rôle des soldats issus des colonies durant la Première Guerre mondiale (voir la BD « Turcos : le jasmin et la boue ») ou la Seconde (voir le film «Indigènes » de Rachid Bouchareb) est en vogue ces dernières années dans une société de plus en plus marquée par l’émigration d’origine africaine.

On note également un discours anti-colonialiste certain à 1917_btravers une mise en images des abus qui ont pu avoir lieu dans les plantations au début du XXe siècle, mais aussi à travers le racisme affiché d’une partie des officiers français. Le scénario ne suivant quasiment que les tirailleurs, et ne laissant que rarement entrevoir les poilus « Français de souche » on pourrait craindre une certaine minimisation de leur rôle au profit d’une martyrisassion des troupes de couleur sacrifiées pour sauver la France. Cet écueil est toutefois en grande partie évité grâce justement aux quelques planches rappelant la chronologie de la bataille qui permette au lecteur de replacer l’intervention des tirailleurs dans son contexte et de voir que le sacrifice fut partagé et ne fut pas une affaire de couleur de peau. Enfin le personnage de Joseph Sorbier est véritablement celui qui arrondis les angles et permet d’éviter toute caricature : Joseph étant un colon, avec sa plantation, officier dans l’armée française, mais qui ne cautionne par les abus du colonisateur et établit une véritable relation d’amitié avec son subordonné noir. Un scénario dynamique donc, proche des préoccupations historiographiques récentes sans pour autant entrer dans la caricature mémorielle : un travail difficile mais bien mené par Fred Duval et Jean-Pierre Pécau.

D’un point de vue graphique le travail de Mr Fab est extrêmement convaincant et immersif. Nous sommes dans un style réaliste, précis, avec une mise en couleur souvent dans des teintes terreuses qui rendent parfaitement vu le contexte. Il faut reconnaitre un talent certain également de la part de ce dessinateur pour sa capacité à jouer avec les ombres et à retranscrire les émotions sur les visages à travers le moindre rictus, la moindre ride, le moindre regard tantôt heureux tantôt injecté de sang. Ce souci du détail se retrouve également dans le décor, et dans l’équipement militaire, ce qui révèle une certaine recherche documentaire préalable. Ainsi on reconnaît sans soucis le fusil Lebel des troupes métropolitaines, le Berthier des troupes coloniales ou même la Winchester 1895 en vogue chez les amateurs de safari. On note un même souci du détail sur l’ensemble des pièces de militaria croisées sur le champ de bataille, depuis le petit équipement (baïonnette Rosalie ou Mauser) jusqu’à la mitrailleuse Hotchkiss, les chars d’assaut (Saint-Chamond, Schneider…), canons de 76 et obusier…

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Finalement, la seule chose que l’on pourrait regretter avec cette BD, c’est l’absence de quelques pages purement historiques consacrées au soldat inconnu, à ce choix de faire inhumer un anonyme sous l’Arc de Triomphe. Ces quelques pages permettraient de faire parfaitement le lien entre l’aspect historique et l’aspect romancé de la série, de manière à ce que le lecteur puisse savoir directement en quelques lignes, ce qu’il doit prendre pour argent comptant. Outre cela, ce premier tome de la saga est un véritable succès avec une histoire passionnante tant au niveau du scénario que du graphisme. Espérons qu’il rencontre le succès qu’il mérite et qu’il fasse redécouvrir à sa façon la Première Guerre mondiale à ses lecteurs.

 

L’homme de l’année :

- 1917, le soldat inconnu

 

Scénario : Fred Duval & Jean-Pierre Pécau

Dessin & Couleur : Mr Fab

Editions : Delcourt

 

Voir aussi les coulisses de la série

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