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Champs d'honneur, Valmy Septembre 1792 – BD

Valmy 1La question de l'identité nationale est une pierre d'achoppement qui divise et enflamme la sphère politique et qui intéresse aussi de plus en plus de Français. Les éditions Delcourt cherchent à aborder à leur façon cette thématique à travers un prisme assez martial : présenter cinq batailles qui jalonnent l'Histoire de France et peuvent alimenter notre réflexion sur ce que signifie être Français et l'évolution du sentiment d'appartenance. Pour ouvrir le bal, le premier tome est consacré à la bataille de Valmy, le 20 septembre 1792, qui marque la première grande victoire révolutionnaire et devint le mythe fondateur de la République française.

 

Cinq batailles qui ont fait la France

Les amateurs de bandes dessinées uchroniques connaissent déjà le scénariste Thierry Gloris et le dessinateur Emiliano Zarcone pour leur série Waterloo 1911 décrivant un début de XXe siècle dominé par l'Empire français depuis la victoire de Napoléon le 18 juin 1815, le tout dans une sympathique ambiance steampunk. Nous retrouvons aujourd'hui les deux hommes sur un tout autre projet, plus historique : faire revivre la bataille de Valmy, première victoire importante des armées révolutionnaires le 20 septembre 1792. Cette bande dessinée s'inscrit dans un ensemble de cinq tomes formant la collection « Champs d'Honneur ». Les cinq volets de cette collection, tous indépendants les uns des autres, traiteront cinq des grandes batailles qui jalonnent l'Histoire de France : Castillon (1453), la Bérézina (1812), Camerone (1863), Dunkerque (1940) et donc pour commencer : Valmy (1792).

Valmy 2Les batailles sélectionnées ne sont visiblement pas les plus fondatrices (Bouvines...), ni les plus glorieuses (Austerlitz...), mais elles se posent comme des jalons d'une histoire commune partagée par les Français et qui ferait leur identité. Cette démarche mémorielle et identitaire est assez nette, la volonté de la collection est explicitement d'appréhender le roman national et de s'interroger sur ce que signifie être Français. Sans vouloir donner une définition rigide et fermée de l'identité, sans faire du passé le seul élément de compréhension de cette identité, la collection semble vouloir montrer que l'identité française se forge aussi dans la cohésion propre aux heures douloureuses qu'illustrent ces grandes batailles. En traitant une large période que va du XVe au XXe siècle, cette collection permet aussi d'interroger la notion même d'identité et d'appartenance, son évolution : « la notion d'appartenance a fluctué à travers les siècles. L'allégeance est d'abord allée à un homme, à une cité, à un peuple, puis à une nation. L'identité nationale n'est donc pas une valeur figée dans le marbre. Être et se sentir Français, n'est pas seulement et exclusivement vivre derrière des frontières que l'on voudrait sanctuariser. C'est avant tout un état d'esprit. Un désir de vivre ensemble, un besoin de vivre ensemble, un besoin de mourir ensemble. Hors cela, pas de salut ».

Valmy – Septembre 1792

Valmy ? Une simple canonnade. Environ 500 morts en tout pour l'ensemble des belligérants. On est loin, bien loin, des boucheries héroïques qui suivront durant les guerres de la Révolution et de l'Empire. Et pourtant, Valmy tient une place essentielle dans le roman national français : Valmy c'est la première grande victoire révolutionnaire, Valmy ce sont les citoyens soldats qui arrêtent de reculer face à l'ennemi, Valmy c'est l'invasion du territoire national qui est stoppée, Valmy c'est la date charnière qui marque la fin de la Monarchie et le début de la Ière République ! Valmy est d'emblée devenu un mythe fondateur pour la France républicaine, Valmy ce sont des mots (la Nation, le Peuple...), Valmy ce sont des images (les canons, le moulin...), Valmy c'est une date (1792, l'An I...) que tous les élèves ont du apprendre sous le contrôle de leur instituteur. Valmy est ainsi devenu un des éléments du ciment national, partagé par tous. Valmy est presque devenu un état d'esprit : celui d'un peuple prêt à se sacrifier pour repousser l'envahisseur, protéger ses frontières et ses libertés.

Valmy 3Le scénario de Thierry Gloris pose rapidement le décor : l'Ancien Régime, le 14 juillet 1789 (prise de la Batille), le 9 octobre 1789 (une délégation de femmes ramène le roi à Paris), le 20 juin 1792 (le roi forcé de porter le bonnet phrygien), le 10 août de la même année (l'assaut des Tuileries)... Ce qui permet aussi d'évoquer quelques textes clefs comme la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ou le Manifeste de Brunswick. Cette BD a donc un intérêt pédagogique même si son format (54 planches) oblige à faire quelques impasses (massacres de septembre...). Le seul point gênant est qu'on n'évoque finalement jamais les causes profondes de la Révolution. Si on met en évidence la société inégalitaire basée sur les trois ordres, si on rappelle le lien étroit entre la Monarchie et l'Église, si on n'oublie pas l'influence des philosophes des Lumières, il n'est jamais question de l'enrichissement de la bourgeoisie, de la dette de l'État, du blocage institutionnel, de l'impossibilité de réformer dans laquelle se trouve Louis XVI ou même des États généraux ! Les motivations des uns et des autres pour entrainer le royaume de France dans la guerre sont par contre mieux exposées. On s'étonne toutefois de ne pas entendre la voix discordante de Maximilien Robespierre, c'eût été une bonne occasion de faire intervenir cette grande figure de notre Histoire. Alors certes il est difficile de dire tout cela dans une seule BD, mais cela ne doit pas être impossible : peut-être avec une narration externe (nous remarquons que la narration disparait de plus en plus des bandes dessinées historiques) ou tout simplement en complétant la bande dessinée par un petit dossier historique de quelques pages comme le font de nombreux éditeurs.

Les dessins sont réalisés par Emiliano Zarcone et mis en couleur par Dimitri Fogolin. Le style est réaliste, mais on note quelques approximations. La première vignette (dans le cadre d'une planche rappelant les origines de la Monarchie française) nous campe un Clovis porté sur son bouclier par des guerriers aux casques ailés ou ornés de cornes... Chacun semble revoir ces vieilles images qui illustraient jadis manuels scolaires et murs des salles de classe : l'esprit « roman national » se ressent d'emblée ! Les autres planches consacrées au XVIIIe siècle sont plus convaincantes, même si l'on note quelques erreurs et anachronismes : la cavalerie légère équipée de schakos et non de mirlitons, les drapeaux et la tenue des carabiniers qui rappellent plus 1812 que 1792, ou encore les gargouilles de Notre Dame de Paris qui sont celles de Viollet-le-Duc... Ugo Pinson, qui s'est chargé de la couverture, semble aussi s'être inspiré pour l'un de ses sabres, d'un sabre-briquet plus napoléonien que révolutionnaire... Les effectifs engagés ou encore la distance qui sépare les batteries ennemies manque aussi parfois d'un peu d'exactitude historique. Néanmoins, ces dessins qui ne nous épargnent ni la violence révolutionnaire, ni celle des combats, parviennent à créer une ambiance entrainante pour le lecteur qui se laisse porter au son de la Carmagnole et du canon ! D'une traite le lecteur néophyte pourra donc se plonger dans cette bataille devenue mythique et en retenir quelques points essentiels : la date de 1792, les noms de Dumouriez et de Kellermann, l'image du moulin au cœur des combats, le souvenir de l'importance de l'artillerie et le bilan final : la victoire française, le repli des troupes prussiennes, la proclamation de la Ière République. Si tel est le cas, cet opus aura au moins en partie réussi sa mission de vulgarisation et, en insistant sur cette définition toute révolutionnaire de la Nation, aura apporté un élément clef dans la réflexion sur l'identité française qui sous-tend cette collection.

Champs d'honneur - Valmy Septembre 1792. Editions Delcourt, juin 2016.

Scénario : Thierry Gloris
Dessin : Emiliano Zarcone
Couleur : Dimitri Fogolin
Éditions : Delcourt

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