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La Bérézina. Novembre 1812 - BD

bd-berezinaAprès Valmy (1792) et Castillon (1453), le troisième tome de la collection « Champs d'Honneur » est consacré à l'épisode le plus célèbre de la tragique retraite de Russie : la bataille de la Bérézina qui vit l'armée napoléonienne échapper à l'armée russe en novembre 1812. A travers les regards croisés d'un émigré au service du Tsar et d'un chirurgien de la Grande Armée, Thierry Gloris nous invite à revivre ces heures tragiques de l'Histoire de France. Le résultat ne nous a toutefois pas complètement convaincu.

 

« C'est la Bérézina ! »

En cet hiver 2016 / 2017 la campagne de Russie et la bataille de la Bérézina sont à l'honneur dans le monde du neuvième art puisque deux BD au nom de la célèbre bataille se côtoient dans les bacs. La couverture de l'une laisse apparaitre un fier cosaque portant en trophée des casques de Dragons, la couverture de la seconde nous laisse voir l'Empereur s'approchant de l'un de ses Grenadiers à Pied sous un ciel sombre éclairé d'un soleil blafard. C'est cette seconde bande dessinée, proposée par les Editions Delcourt, que nous allons vous présenter.

Cette BD est le troisième tome de la collection « Champs d'Honneur » dont nous avons eu le plaisir de vous présenter chaque épisode. A l'instar de ces autres tomes le scénario a été confié à Thierry Gloris, toutefois ce troisième opus consacré à la geste napoléonienne nous a paru moins bon que ceux consacrés à la bataille de Valmy et à celle de Castillon.

Le choix de la bataille de la Bérézina pour évoquer les guerres napoléoniennes est assez particulier car il ne s'agit ni de la plus connue, ni de la plus évocatrice des batailles napoléoniennes, ni de la plus décisive. Néanmoins, elle reste une de celle qui a, avec Austerlitz et Waterloo, le plus marqué l'imaginaire collectif au point que le nom de la bataille est devenu une expression populaire pour parler d'une catastrophe. Tant est si bien que beaucoup oublient qu'il s'agit tout de même d'une victoire française...

Un résultat assez décevant

Nous ne nous attarderons pas sur les dessins d'Andrea Mutti mis en couleurs par Dimitri Fogolin. Le style est réaliste mais en réalité peu détaillé. Comme souvent dans la BD historique, pour ce qui est de l'armement et de l'uniformologie nous sommes plus dans l'évocation que dans la reconstitution fidèle. C'est toujours un peu dommage pour l'amateur de la période, surtout pour des périodes bien documentées comme le Premier Empire. Quelques erreurs basiques, comme dans la mise en couleurs des drapeaux français, pourraient toutefois être évitées dans une collection axée sur l'identité nationale.

Le plus gênant est sans nul doute les reproches que l'on peut faire au scénario. Le problème n'est pas le choix narratif, Thierry Gloris a voulu nous raconter l'épopée napoléonienne à travers le regard croisé d'un émigré entré au service de la Russie et d'un chirurgien de la Grande Armée : deux destins fictifs permettant d'aborder ludiquement une trame historique. Le plus gênant est bien la présentation un peu brouillonne de cette trame historique. Dès la première page, dès la première case, le bas blesse : le roi est assiégé dans les Tuileries et s'enfuit tandis que les Gardes suisses combattent désespérément, nous somme le fameux 10 août... 1782... Vous l'aurez compris, petite erreur d'entrée, 1782 au lieu de 1792, on pense à l'erreur de frappe, à l'oubli de relecture, passons.

Après quelques pages nous sommes en 1805, le 2 décembre, le jour de la bataille d'Austerlitz et notre émigré au service du Tsar sert dans le prestigieux corps des Chevaliers-Gardes. Le voici à la tête de ses hommes qui fondent sur l'infanterie française après avoir déclaré vivement : « face à nous, c'est la Vieille Garde de Napoléon » !... Dommage, car les Chevaliers-Gardes ne chargèrent pas l'infanterie de la Vieille Garde à Austerlitz. Par contre ils furent à leur tour chargés par la cavalerie de la Garde Impériale, d'où certainement le quiproquo du scénariste. Passons.

Finalement la bataille de la Bérézina en elle-même n'est traitée qu'assez rapidement dans la BD et n'en offre qu'une image proche de l'image d'Epinal avec des effectifs assez réduits. Une place assez importante est consacrée à la narration de cet affrontement mais hélas une fois encore les choses restent approximatives, voir fausses. Une page avant la fin, nous voyons le rougeaud tenir tête au Russe : « Sur la rive droite, malgré la mort d'Oudinot, les vigoureuses contre-attaques de Ney repoussent les Russes ». Le Maréchal Oudinot mort le 28 novembre 1812 à la bataille de la Bérézina ? Pourtant il semble bien que le Maréchal suivit sa carrière et ne mourut que bien des années plus tard, en 1847, à l'âge honorable de 80 ans... Comment expliquer cette ultime erreur ? Le Maréchal Oudinot que l'on surnommait « le Maréchal aux 35 blessures » fut bel et bien blessé ce jour-là. Mais de là à le déclarer mort dans une BD historique, il y a un pas.

En définitive

In fine le résultat est assez décevant, ce tome n'est pas parvenu à nous faire vibrer au rythme de l'épopée, ni même à nous donner une vision historiquement fiable. Nous ne pouvons que conseiller au scénariste (mais aussi au dessinateur, c'est toujours bon à prendre) d'approfondir la recherche historique préalable pour éviter des bourdes qui passeront peut-être inaperçus auprès des néophytes mais qui risquent d'éveiller le courroux des passionnés. En l'occurrence pour ce tome quelques minutes de lecture des travaux d'Alain Pigeard sur le sujet auraient permis d'éviter plusieurs erreurs.

Nous restons néanmoins optimistes quant à cette collection « Champs d'Honneur » et espérons avoir de bonnes surprises en lisant les prochains tomes consacrés à Camerone (1863) et à Dunkerque (1940) !

Champs d'honneur - La Bérézina - Novembre 1812. Editions Delcourt, novembre 2016

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