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Accueil Les grandes batailles La bataille de la Mer de Corail (mai 1942)

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La bataille de la Mer de Corail (mai 1942)

300px-uss_lexington_coral_sea_early_morningLe 7 décembre 1941, la guerre commence officiellement pour les Etats-Unis qui subissent l’attaque surprise sur leur rade de Pearl Harbor. Le coup est terrible et suivi de nombreux autres jusqu’à la fin de l’année 1941 et le début 1942 qui voient entre autres la chute toute proche des Philippines, le général MacArthur ayant abandonné Corregidor en mars de cette année. Les alliés des Etats-Unis ont encore plus souffert, en particulier les Britanniques qui ont vu leurs places fortes du Sud-est asiatique tomber une à une. C'est le prélude de la bataille de la Mer de Corail.


 

Mais Pearl Harbor, si dramatique fut-il, a vu les Japonais manquer ce qui allait devenir l’arme maîtresse de la guerre dans le Pacifique : le porte-avions. En effet, aucun des porte-avions américains n’était présent au moment de l’attaque nippone. En ce début de 1942, les Etats-Unis sont parvenus à se réorganiser et à mettre en ordre une force aéronavale capable de rivaliser avec l’énorme puissance japonaise. La bataille qui s’annonce va être la première du genre : à aucun moment les navires des deux camps ne seront en contact à vue, tout dépendra de l’aviation…

L’Australie menacée

Les remarquables succès japonais n’empêchaient pas des tensions au sein de l’état-major nippon, et les habituelles rivalités entre l’armée de terre et la Marine, et même au sein de celle-ci. Ainsi, l’amiral Nagano souhaite une avancée vers l’Ouest et l’Inde alors que Yamamoto préconise la destruction définitive de la marine américaine (et en particulier de ses porte-avions) pour obtenir une paix favorable, estimant qu’une guerre longue était ingagnable. Yamamoto veut alors s’attaquer à différents points d’appui, comme Midway, avant de planifier un débarquement aux îles Hawaï. L’état-major de l’armée de terre refusant de donner les moyens à Nagano, celui-ci décide de préparer un projet plus modeste visant à isoler l’Australie par la prise de Port Moresby en Papouasie. Cependant, le raid de Doolittle sur Tokyo sert les thèses de Yamamoto, qui obtient le feu vert pour lancer une opération sur Midway en juin. Mais les préparatifs pour une attaque contre Port Moresby étant déjà avancés, elle est maintenue même si retardée de mars à mai à cause de la présence de porte-avions américains dans le secteur. L’opération est baptisée « Mo ».

Les Américains en embuscade

L’organisation japonaise pour toute l’opération est bien compliquée, partagée entre des groupes d’invasion (l’un contre Port Moresby, l’autre contre Tulagi dans les Salomon), un groupe d’appui autour du porte-avions léger Shoho, et une force d’assaut avec les grands porte-avions Zuikaku et Shokaku. Les Japonais savent qu’ils vont devoir faire face à une résistance solide mais estiment la présence navale ennemie relativement peu importante, avec seulement la présence probable du porte-avions Saratoga.

Pourtant, l’état-major nippon ignore l’essentiel : grâce au décryptage de leurs codes, les Américains ont eu vent de l’opération ! L’amiral Nimitz sait que Port Moresby est un point crucial, et que sa chute menace directement l’Australie ou au moins la participation de celle-ci au reste de la guerre. Dès le 20 avril, il a compris que ce sera le but de la prochaine offensive japonaise ; mais il n’a pas sous la main les porte-avions Enterprise et Hornet, qui reviennent du raid sur Tokyo, alors que le Saratoga (contrairement à ce que croient les Japonais) a été touché par une torpille et est en réparation. Il convoque alors les porte-avions Lexington (« sistership » du Saratoga) et Yorktown, escortés par des croiseurs et des destroyers (l’essentiel des cuirassés ayant été détruit ou endommagé à Pearl Harbor). Au total, Nimitz dispose donc de seulement 150 appareils embarqués, plus 200 dans la région, en particulier en Australie. Le 29 avril, il nomme Fletcher commandant de l’opération et l’envoie en Mer de Corail pour le 1er mai.

Un premier engagement « timide »

Le 3 mai, les forces américaines sont encore divisées et ne savent rien des mouvements ennemis. Ils n’apprennent qu’en fin de journée que les Japonais ont débarqué à Tulagi. Fletcher décide alors de riposter et fait cap à pleine vitesse vers les Salomon avec le Yorktown. Le commandant américain a pour lui des Japonais qui ne s’attendent pas à une attaque, ainsi qu’une zone de froid qui masque ses mouvements de manière opportune. Le 4 mai, à 6h30, les appareils du Yorktown prennent l’air : 12 Devastator (torpilleurs) et 28 Dauntless (bombardiers en piqué), alors que les chasseurs restent protéger le porte-avions. L’attaque aéronavale étant une relative nouveauté pour les jeunes pilotes américains, elle se déroule dans une grande confusion, l’importance de certains bâtiments étant par exemple surestimée…Résultat, à leur retour sur le Yorktown à 9h31, ils n’ont coulé que trois dragueurs de mines et endommagé irrémédiablement un destroyer. Deux autres attaques ne coûteront que deux hydravions et quatre péniches de débarquement aux Japonais…Les Américains n’ont perdu que trois appareils et Nimitz qualifie l’opération sur Tulagi de « décevante ».

Un jeu de cache-cache

500px-coral_sea_battle.svgCe n’est que deux jours plus tard que la force spéciale « Mo » entre en Mer de Corail, menée par l’amiral Takagi, alors que Port Moresby est bombardé le 5 mai. Le lendemain, Fletcher se place en ordre de bataille avec un groupe d’attaque composé de l’essentiel de ses croiseurs, un groupe d’appui plus léger, et un groupe aérien avec ses porte-avions. Les reconnaissances aériennes s’enchaînent, mais les Américains ne parviennent pas à repérer l’escadre de Takagi. Celui-ci, en revanche, n’ordonne aucune reconnaissance lointaine, de façon assez inexplicable. Ce jeu de cache-cache plus ou moins volontaire retarde le début de l’affrontement, qui est de toute façon inévitable. Seuls des B-17 venus d’Australie repèrent le Shoho et le bombardent, mais leur gabarit (ce sont des bombardiers lourds) ne les rend pas très efficaces contre des navires…Heureusement, ils repèrent tout de même la force d’invasion destinée à Port Moresby. Les Japonais sont alors optimistes : malgré l’attaque ennemie sur Tulagi, le plan se déroule comme prévu.

Martyrs et confusion

Le 7 mai, l’amiral Takagi ordonne enfin des reconnaissances aériennes plus poussées. Cela tombe au bon moment, pense-t-il, car l’un des avions envoyés repère deux navires qu’il identifie comme étant un porte-avions et un croiseur ; une attaque massive est alors lancée…mais les cibles ne sont que le pétrolier Neosho et le destroyer Sims ! Celui-ci est détruit, alors que le Neosho parvient à dériver en flammes jusqu’au 11 mai où il est secouru par le destroyer Henley : l’équipage est sauvé, mais le pétrolier doit être sabordé.

Le martyre des deux bateaux américains n’est cependant pas vain. En effet, peu de temps auparavant, à 6h45, Fletcher a ordonné à son groupe de croiseurs d’engager la force d’invasion nippone sur Port Moresby. Le commandant américain joue aussi de chance quand l’ennemi décide de concentrer ses groupes aériens basés à terre sur les croiseurs plutôt que sur ses porte-avions. La confusion reprend cependant : les attaques japonaises échouent, alors que des B-26 américains manquent de couler leurs propres croiseurs !

Le Shoho, première victime chez les porte-avions nippons

A 8h30, les Japonais se sont réorganisés : ils ont repéré le groupe de Fletcher, et le Shoho s’apprête à l’attaquer. Au même moment, Fletcher a lui aussi lancé des reconnaissances et « deux porte-avions et quatre croiseurs lourds » sont repérés à 8h15 ; le commandant de l’escadre américaine, pensant que c’est là l’escadre de Takagi, décide d’envoyer 93 avions entre 9h26 et 10h30. Mais à peine la force de frappe en l’air, les avions de reconnaissance reviennent et reconsidèrent leur évaluation ! Il ne s’agirait plus que de « deux croiseurs lourds et deux destroyers » ! Il est trop tard pour rebrousser chemin, et la mission est confirmée au cas où les appareils tomberaient sur le gros des forces ennemies, obligatoirement dans le secteur. Fletcher a vu juste : des Dauntless du Lexington repèrent le Shoho vers 11h et l’engagent, suivis par leurs camarades du Yorktown. Frappé par treize bombes et sept torpilles, le Shoho sombre à 11h35. A bord des navires et des bombardiers américains, c’est l’euphorie, ils ont détruit leur premier porte-avions de la guerre !

La malchance japonaise

Les Japonais sont évidemment furieux, et ils décident de contre-attaquer en envoyant quelques-uns de leurs meilleurs pilotes (vingt-sept au total) pour une attaque en fin d’après-midi, devant partir des porte-avions Zuikaku et Shokaku. Mais c’est le radar américain qui, d’abord, empêche la réussite de cette riposte : il permet aux intercepteurs des porte-avions de repousser une première attaque, alors que les Japonais sont gênés par le mauvais temps. C’est ensuite la malchance, presque cocasse : les pilotes japonais prennent plusieurs fois les porte-avions américains pour les leurs et se font lamentablement abattre alors qu’ils tentent d’atterrir sur leur pont ! Takagi perd ainsi les deux tiers des pilotes chevronnés qu’il avait envoyés dans cette mission…

Le dernier round

Le 8 mai au matin, les deux camps savent que la victoire ira à celui qui repèrera l’autre en premier. Le problème est qu’ils se repèrent mutuellement environ au même moment, aux alentours de 8h 30. De plus, les forces aériennes sont équivalentes de chaque côté avec 121 appareils pour les Américains et 122 pour les Japonais ! La seule différence se situe au niveau des conditions climatiques, légèrement plus favorables au camp américain.

L’assaut des bombardiers Dauntless et des torpilleurs Devastator commence à 10h57 avec pour cible principale le porte-avions Shokaku, le Zuikaku ayant réussi à se cacher dans un grain. L’attaque des pilotes du Yorktown semble relativement peu réussie, le porte-avions n’étant touché que par deux bombes ; mais, les dégâts sont suffisamment importants pour que le Shokaku ne puisse plus que recevoir des avions et pas en faire décoller…En revanche, l’attaque des hommes du Lexington dix minutes plus tard est plus décisive : le Shokaku trop sévèrement touché reçoit l’ordre de se replier sur Truk.

L’agonie du « Lady Lex »

L’escadre américaine a donc elle aussi été repérée, et elle subit la foudre japonaise entre ses deux propres vagues sur la flotte ennemie. Les pilotes nippons, dont la plupart sont déjà expérimentés et ont participé à Pearl Harbor, sont plus habiles que leurs homologues américains. Ils fondent bien organisés sur les deux porte-avions à 11h18 : le Yorktown plus manœuvrable parvient à éviter huit torpilles, et n’est touché sans grand dommage que par une seule bombe de 400 kg. Le Lexington est moins chanceux : il se retrouve entre deux groupes de torpilleurs ennemis et encaisse quatre de leurs bombes à hélice ; il prend également deux bombes légères dont une qui explose dans une soute à munitions…La bataille est terminée.uss_lexington_brennt

Les pilotes reviennent sur leurs porte-avions respectifs, et les dégâts sur le Lexington semblent sous contrôle. Pourtant, une explosion retentit sur le porte-avions à 12h47, puis une autre à 14h45, et il est vite impossible de maîtriser le feu qui a repris. A 16h30, il est décidé d’abandonner le navire. C’est le destroyer Phelps qui donne le coup de grâce avec cinq torpilles : le « Lady Lex » sombre à 20 heures.

Une bataille décisive ?

Les Japonais, malgré des rapports sur l’attaque un brin optimistes, ont décidé de reporter l’attaque sur Port Moresby. Cela rend Yamamoto furieux, et il ordonne à Takagi de reprendre la chasse aux porte-avions américains ; mais Fletcher est déjà loin…

La bataille en elle-même voyait une victoire aux points des Japonais : les pertes du Lexington, du Neosho et du Sims étaient bien supérieures à celle du porte-avions léger Shoho. Mais la flotte nipponne avait aussi perdu beaucoup de ses meilleurs pilotes et, surtout, c’était au niveau stratégique que la victoire était américaine. Cette première bataille de l’Histoire entre porte-avions avait vu l’échec de l’offensive japonaise sur la Papouasie, et les dégâts encaissés, en particulier la nécessité de réparer le Shokaku et de ravitailler le Zuikaku, allaient peser pour la suite. En effet, une autre bataille bien plus importante allait se dérouler au large de Midway

Bibliographie non exhaustive

-          F. GARCON, La Guerre du Pacifique, Casterman, 1997.

-          J. COSTELLO, La Guerre du Pacifique, Pygmalion, 1982.

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