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Accueil Les grandes batailles La bataille d'Angleterre,1940 (1/2)

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La bataille d'Angleterre,1940 (1/2)

hurricanesJuin 1940 : la France a plié sous les coups de l’Allemagne nazie, elle est occupée pendant qu’à Londres le général De Gaulle tente de mobiliser la France libre. Hitler, libre à l’Est grâce au Pacte germano-soviétique, n’a plus face à lui que l’Angleterre. Mais c’est celle de Churchill et pas de Chamberlain qu’il décide de mettre à genoux par un bombardement sans précédent, qui va révéler le courage britannique et faire rentrer dans la légende la Royal Air Force. La bataille d'Angleterre va commencer.


 

L’opération Otarie

Le plan d’invasion de l’Angleterre a été suggéré, semble-t-il, par l’amiral Raeder, qu’Hitler avait chargé dès mai 1939 de préparer une guerre économique de longue durée pour asphyxier les Britanniques par le blocus maritime. C’est donc suite à la réussite surprise de la percée de Sedan de mai 1940 que Raeder, peut-être alerté par les difficultés d’une guerre longue en mer face à la marine britannique, suggère une invasion de l'Angleterre, profitant de la défaite rapide de la France, ce qui ferait gagner des mois en vue de l’attaque programmée contre l’URSS. Hitler est séduit et donne les ordres en conséquence.

Evidemment, les états-majors allemands (la marine et l’armée surtout) avaient déjà pensé à cette éventualité dès 1939, mais la difficulté de la tâche leur avait paru quasiment insurmontable. Dans tous les cas il fallait que la RAF soit détruite avant de penser à un éventuel débarquement de troupes. Et la destruction de l’aviation britannique rendrait de toute façon peut-être inutile une invasion…

Logiquement, suite à la proposition de l’amiral Raeder, c’est la marine allemande qui s’attèle à nouveau à ce projet. Il faut néanmoins attendre la fin juin 1940 pour que l’état-major et Hitler lui-même s’y intéressent vraiment, le préférant à celui d’une guerre économique trop coûteuse (et pas seulement en temps). L’idée, développée entre autres par Jodl, est de combiner une attaque destinée à écraser la RAF à une offensive contre le ravitaillement de l’Angleterre ; ainsi, la population britannique cèderait et le débarquement ne serait que le dernier acte d’une bataille déjà remportée dans les airs et sur mer.

Assez rapidement toutefois, la Kriegsmarine commence à émettre quelques réserves ; mais cela n’empêche pas Jodl de continuer à proposer plusieurs plans plus audacieux les uns que les autres. C’est lui qui donne son nom à l’opération : Löwe (Lion), qui devient Seelöwe (Otarie). Devant les atermoiements de Raeder, pourtant initiateur de l’idée d’invasion, c’est logiquement la rivale de la RAF, la Luftwaffe, qui prend l’ascendant. Hitler est devenu impatient, il exige que l’opération soit terminée à la mi-septembre ! Alors que Raeder et plusieurs officiers de l’armée conseillent au Führer de reporter l’attaque à l’année suivante et de lui préférer une offensive en Méditerranée, Hitler insiste et exige de la Luftwaffe d’écraser la RAF ; ce sera l’opération Aigle. Malgré l’incertitude du résultat de la guerre aérienne et l’utilité toujours discutable d’un débarquement, les préparatifs continuent jusqu’en septembre 1940…

RAF contre Luftwaffe : les forces en présence

m109
Avant d’aborder la bataille d’Angleterre en tant que telle, il est intéressant de revenir sur les matériels employés, dont l’importance sera cruciale, peut-être autant que les décisions stratégiques. La Luftwaffe est grisée par ses remarquables victoires en Pologne et en France, où elle a pris le dessus sur l’aviation ennemie sans réelles difficultés. Elle s’appuie sur des avions modernes, supérieurs à (presque) toute la concurrence.

  • - la chasse : le chasseur principal de la Luftwaffe durant la bataille d’Angleterre est le Messerschmitt-109, dit « Emil », armé de deux mitrailleuses de 7.9 mm et de deux canons de 20 mm. Il est très rapide (575 km/h) et assez maniable, mais dispose d’un petit rayon d’action. L’autre chasseur, favori de Goering, est le Messerschmitt-110 : lourdement armé (deux canons de 20, quatre mitrailleuses de 7.9, une mitrailleuse mobile de 7.9), avec un bon rayon d’action, il est cependant peu maniable face aux chasseurs ennemis.
  • - les bombardiers : le Junkers-87, dit « Stuka », a terrorisé les armées et les populations française et polonaise ; armé d’une bombe de 500 kg ou de quatre bombes de 50 et une de 250, il est censé faire subir le même sort aux Britanniques. Le Junkers-88, bombardier moyen dans tous les sens du terme, doit être utilisé pour des missions très diverses, y compris comme avion de reconnaissance ; sa polyvalence est donc son point fort. Les Dornier-17 et 215 sont de moindre qualité, le premier étant le vétéran (il a participé à la guerre d’Espagne), les deux ayant des capacités en charge de bombes insuffisantes. Le Heinkel-111, au contraire, est le bombardier standard de la Luftwaffe ; cependant son rayon d’action est limité pour un bombardier devenu lourd, mais pensé comme moyen. Et il n’est sans doute pas assez « forteresse volante » pour se protéger de la chasse ennemie…

spitLa Royal Air Force, quant à elle, dispose essentiellement de deux appareils et d’une troisième « arme » au moins autant décisive durant cette bataille d'Angleterre. Les avions tout d’abord : le Hurricane est le premier chasseur de la RAF, le plus répandu ; il est spécialisé dans l’interception des bombardiers. Le Spitfire, lui, qui va devenir l’une des stars de la bataille (et de la guerre), est capable de rivaliser avec le M-109 : aussi rapide, il est plus maniable et mieux armé que le chasseur allemand. Mais au début de la bataille d’Angleterre, les Spitfire sont encore relativement peu nombreux au sein de la RAF.

L’autre arme décisive de la RAF, nous y reviendrons, est le radar.

La Luftwaffe passe à l’offensive

Alors que les premières semaines de la guerre avaient été relativement calmes dans le ciel anglais, la fuite précipitée de Dunkerque signe le début des vraies hostilités entre la RAF et la Luftwaffe. Dès les débuts de juin 1940, l’aviation allemande s’attaque à l’Angleterre : une trentaine de bombardiers prennent pour cible des terrains d’aviation. La fin de l’offensive sur la France provoque une accalmie, mais dès les lendemains de l’armistice les opérations recommencent, en particulier la nuit.

La rapidité de la défaite de la France et le refus de l’Angleterre de faire la paix poussent Hitler à accélérer l’opération Otarie, et surtout sa préparation par l’annihilation de la RAF. Dès la mi juillet, la Luftwaffe attaque des convois sur la Manche, mettant à l’épreuve la chasse britannique, déjà à flux tendus. Ce ne sont que les prémices de la grande attaque aérienne que doit subir l'Angleterre.

Début août, la Luftwaffe peut aligner quelques 3000 avions (dont un peu plus de 1000 Me-109 et 300 Me-110). Côté anglais, on peut avancer autour de 450 chasseurs Hurricane et Spitfire, mais les progrès sont importants et dès la deuxième moitié du mois d’août, la RAF peut opposer à son ennemi plus de 700 chasseurs opérationnels et un peu moins de 300 en réserve. On va bientôt parler des mille pilotes qui ont sauvé l’Angleterre…et plus.

Le système de défense britannique

Les semaines qui séparent l’évacuation de Dunkerque du début de la bataille d’Angleterre permettent au commandement britannique non seulement d’augmenter son nombre d’avions de chasse, mais aussi d’organiser son système de défense. Les groupes de chasse sont redéployés, et surtout le réseau de radars est étendu. Ce nouvel instrument est encore relativement peu maîtrisé et à ses balbutiements, mais l’état-major de la RAF a déjà compris son importance. Malgré des faiblesses récurrentes, en particulier en matière d’effectifs, l’Air Marshal sir Hugh Dowding peut aussi s’appuyer sur le Coastal Command et sur le Bomber Command. Toutefois le but de ce dernier, avec ses bombardiers (environ 350 appareils, essentiellement des Blenheim), doit se cantonner à l’attaque des aérodromes et des ports allemands, où est stationnée la future flotte de débarquement.

Le problème de la RAF dans cette bataille d'Angleterre est finalement plus au niveau de l’initiative : cette dernière revient évidemment à la Luftwaffe, tandis que l’aviation anglaise ne peut que se contenter de réagir défensivement. Le radar est là pour compenser en partie ce désavantage britannique. Heureusement pour l'Angleterre, le système défensif est très au point et doit réagir à une offensive allemande finalement assez improvisée à cause de l’impatience de Hitler, qui veut que l’opération Otarie aboutisse courant septembre.

A suivre...

Bibliographie non exhaustive

- P. Faucon, La bataille d'Angleterre (1940), Economica, 1999.

- La Seconde guerre mondiale au jour le jour, 1988.

- H. MICHEL, La seconde guerre mondiale, PUF, 1972.

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