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Accueil Les grandes batailles La bataille d'Angleterre, 1940 (2/2)

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La bataille d'Angleterre, 1940 (2/2)

Hitler a finalement accepté de tenter une grande opération contre l’Angleterre, d’abord par une attaque aérienne massive, puis par une invasion avec l’opération Otarie, malgré les doutes de son utilité en cas de succès de la Luftwaffe. L’Angleterre, elle, est prête à répondre aux appareils allemands, grâce à ses mille pilotes et leurs Hurricane et Spitfire, mais également grâce à une nouvelle « arme », le radar. Sa population ne sait pas encore qu’elle aussi va payer le prix fort.


Le jour de l’Aigle

C’est le 10 août et les quelques jours suivants qu’est planifié par Goering la fin de la RAF, en tout cas dans le Sud de l’Angleterre. Les premiers jours d’août, les Anglais comprennent donc que la grande bataille est lancée : les objectifs allemands sont principalement les terrains d’aviation, visés par les Stuka, ainsi que les stations radar. Mais le 12 août les pertes sont de 31 avions pour les Allemands et 22 pour les Anglais, tandis qu’une seule station radar est détruite et que les aérodromes sont rapidement remis en état !

Le 13 août marque alors le « jour de l’Aigle » : le Kent et l’estuaire de la Tamise sont attaqués, puis le Hampshire, le Dorset et le Wiltshire. Trois aérodromes anglais sont gravement touchés, mais aucun n’abritait de chasseurs. La nuit même, un bombardement endommage fortement une usine de production de Spitfire près de Birmingham. En plus de mille sorties, la Luftwaffe a perdu 45 avions, les Britanniques seulement 13. Les Allemands voient alors un succès dans ce « jour de l’Aigle » : ils pensent avoir détruit 300 chasseurs ennemis, alors que c’est finalement trois fois moins…

La RAF remporte la première manche

Les jours qui suivent, les raids continuent avec toujours les Stuka en chefs de file du côté des bombardiers. Mais la chasse anglaise répond avec violence, et les limites des bombardiers légers allemands, mais aussi des Me-110 commencent à se faire sentir contre les Hurricane et surtout les Spitfire. Et les résultats des bombardements sont globalement peu satisfaisants.

Le 15 août montre une montée en puissance des attaques allemandes : ce jour-là, la Luftwaffe effectue plus de 500 sorties de bombardiers et 1270 de chasseurs ! Ils perdent 75 appareils, contre 34 pour la RAF. Le lendemain, ils appuient sur les aérodromes, avec un certain succès, mais toujours en subissant plus de pertes que les Britanniques.

Le premier round est finalement remporté par la RAF : contrairement aux estimations allemandes qui les voient autour de 300, Dowding dispose encore de 600 Spitfire et Hurricane ; sa chasse a détruit plus de 360 appareils allemands ! Après un nouveau raid peu satisfaisant le 18 août et une période d’accalmie due au mauvais temps, la Luftwaffe décide de changer de stratégie. Elle abandonne l’utilisation des Stuka, martyrisés par les Spitfire, et se concentre sur des objectifs plus à l’intérieur des terres.

Le Blitz sur Londres

Si quantitativement la réussite est du côté britannique, l’ambiance n’est pas au plus haut à l’état-major de Dowding. La production de chasseurs ne compense pas les pertes, de même chez la formation de pilotes. A ce rythme, et même en infligeant des pertes toujours supérieures à la Luftwaffe, la victoire n’est pas assurée.

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Les Britanniques ne savent cependant pas que leurs ennemis sont limités eux aussi dans le temps par leur volonté de lancer Otarie à la mi-septembre. Il faut donc frapper fort pour faire plier l’adversaire. Tout d’abord, on augmente les effectifs des escortes autour des bombardiers. Puis on change les objectifs : les usines des chasseurs sont frappées de plus belle, tout comme les aérodromes de ces mêmes chasseurs. Le début du mois de septembre commence alors à tourner à la réelle épreuve pour la RAF : elle doit affronter toujours plus de bombardiers, escortés par toujours plus de Me-109. Avant même le 5 septembre, 380 avions allemands et 286 chasseurs anglais ont été abattus ! La chasse anglaise subit une usure de plus en plus préoccupante. C’est le moment que les Allemands choisissent pour s’attaquer à une nouvelle cible : Londres.

L’objectif de la Luftwaffe est double : intensifier les combats aériens pour encore plus user la RAF ; désorganiser celle-ci, mais aussi le gouvernement britannique en l’attaquant au cœur. De plus, le Reich veut riposter à un raid britannique sur Berlin, lancé suite…à une erreur de bombardement allemand sur Londres ! Le fait que Berlin ait été touché alors que Goering avait juré que la capitale était inaccessible renforce un peu plus la détermination de la Luftwaffe…

Le 7 septembre 1940, ce sont 300 bombardiers escortés par 600 chasseurs qui mettent le feu à la capitale anglaise. Les Londoniens appellent alors l’attaque le « Blitz », en référence au Blitzkrieg subi par leurs alliés français. Du côté allemand on est persuadé que le coup de grâce approche, et que le débarquement va pouvoir avoir lieu. Mais du côté britannique on craint également l’imminence de l’invasion, et les attaques sur les ports allemands s’intensifient.

Le temps joue contre la Luftwaffe

Le bombardement de Londres continue les jours (et les nuits) suivants, calmé seulement par quelques intempéries et par la réaction courageuse de la chasse anglaise. Mais le temps joue pour les Britanniques : l’opération Otarie a besoin de dix jours pour être lancée après l’écrasement effectif de la RAF, et celui-ci n’est pas encore certain malgré les pertes. Hitler tient à ce que cette invasion se fasse à la mi-septembre ; il accorde un nouveau délai à la Luftwaffe, mais c’est le mauvais temps qui se met contre lui, interdisant de nouveaux raids massifs les 12 et 13 septembre. Finalement, le débarquement est programmé pour le 27 septembre, dernier jour de marée favorable avant des semaines. Pendant ce temps, les raids du Bomber Command sur les péniches allemandes obtiennent de plus en plus de résultats…

Le 15 septembre, la chasse anglaise amoindrit fortement une nouvelle tentative de raid sur Londres, aidée par les radars qui repèrent de loin les vagues ennemies et permettent une meilleure organisation de la riposte. D’autres villes anglaises (Liverpool, Manchester, Bristol,…) sont frappées, sans grand succès là encore. C’est un nouvel échec pour la Luftwaffe de Goering, et même la journée la plus meurtrière de la bataille d’Angleterre côté allemand.

La bataille d’Angleterre, tournant de la guerre ?

Il est désormais certain que la Luftwaffe ne pourra annihiler la RAF dans le temps imparti. Et la RAF toujours debout, l’invasion de l’Angleterre est impensable. Le 17 septembre, Hitler décide donc d’ajourner l’opération Otarie. A peine un mois plus tard, le 12 octobre 1940, il la reporte au printemps 1941. Entretemps il aura eu d’autres soucis…

L’ordre du Führer ne signifie toutefois pas totalement la fin de la bataille d’Angleterre. Furieux, Goering continue les raids les semaines suivantes, avec toujours Londres comme cible privilégiée. Mais toujours le fameux temps anglais, suppléé les beaux jours par la RAF, continuent d’amoindrir les raids allemands, malgré la souffrance subie par les civils. Entre le 7 et le 30 septembre 1940, la Luftwaffe perd plus de 400 appareils contre 242 à son homologue britannique ! La décision d’Hitler le 12 octobre enterre les espoirs de Goering, et en même temps le projet d’invasion de la Grande-Bretagne.

La victoire de cette dernière est nette et apporte quelques éléments pour l’avenir : sa population a fait preuve d’un courage et d’une ténacité qui allaient devenir légendaires ; ses pilotes ont montré leur habileté et leur héroïsme, aidés par un Spitfire sacré l’un des meilleurs chasseurs du conflit ; le radar devient un instrument incontournable de la guerre.

Cependant, l’Angleterre a grandement souffert : nombre de ses pilotes expérimentés ont péri, mais ce sont surtout les civils qui ont subi les foudres allemandes. Durant le mois de septembre, la plupart des centres des grandes villes sont durement frappés. Le mois de novembre voit l’intensification des bombardements sur des zones civiles, pas forcément industrielles, avec par exemple le martyre de Coventry le 14 novembre. Jusqu’à mai 1941, la population britannique pleure la mort de 40 000 des siens dans ces bombardements.

La fin de la bataille d’Angleterre et du Blitz est finalement due à l’ouverture du front de l’Est au printemps 1941, et à la résistance soviétique qui suit. La bataille d’Angleterre, livrée par à peine un millier de pilotes de la RAF (dont 400 morts au combat) est bien le premier revers connu par l’Allemagne, bien avant El-Alamein ou Stalingrad. La réussite de l’opération Otarie dès septembre 1940, comme souhaité par Hitler, aurait permis au Reich de jeter toutes ses forces dans la bataille de l’Est, et on peut supposer sans craindre de trop s’égarer que l’issue de la guerre aurait été sans doute bien différente…

 

Bibliographie

- P. Faucon, La bataille d'Angleterre (1940), Economica, 1999.

- La Deuxième Guerre Mondiale, éditions Jules Tallandier, 7 tomes, 1966.

- La Seconde guerre mondiale au jour le jour, 1988.

- H. MICHEL, La seconde guerre mondiale, PUF, 1972.

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