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Accueil Les grandes batailles La bataille d'Isandlwana, 22 janvier 1879 (2/7)

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La bataille d'Isandlwana, 22 janvier 1879 (2/7)

1nonkosiÀ partir de 1820, les Britanniques vont tenter « d'angliciser » de manière accélérée la colonie du Cap, en particulier sur sa frontière orientale. Cela les conduit à affronter les Xhosas, avec lesquels les Hollandais sont déjà entrés en guerre à trois reprises, et les Anglais deux fois depuis qu'ils contrôlent la colonie. Trois autres guerres sont encore livrées entre 1834 et 1853. Mais ce sont les Xhosas eux-mêmes qui finissent par se porter le coup de grâce : motivés par une prophétie millénariste, la plupart d'entre eux massacrent leur propre bétail et détruisent leurs récoltes. La famine qui s'ensuit, entre 1856 et 1858, rend les Xhosas dépendants de l'aide des colons blancs. Affaiblis, les Xhosas ne conservent plus qu'un territoire restreint – la « Cafrerie » – à l'est du fleuve Kei.

 

Naissance des républiques boers

La situation ethnique au sein de la colonie du Cap est alors complexe. Initialement dominants, les Afrikaners – terme qui désigne l'ensemble des Blancs néerlandophones, Boers inclus – sont confrontés à l'installation des Britanniques. L'habitude des premiers colons, venus souvent sans femmes, de prendre épouse parmi la population khoïkhoï, ainsi que la présence dans la colonie de nombreux esclaves noirs et malais, aboutit à la naissance de plusieurs groupes ethniques métissés. Ces groupes sont discriminés par les Afrikaners, ce qui conduit l'un d'entre eux, les Griquas, à migrer vers l'est et le nord-est, au-delà des frontières de la colonie. Néerlandophones et occidentalisés, ils finissent par y établir deux territoires distincts, baptisés respectivement Griqualand Ouest et Est.

La politique raciale des Britanniques est complètement à l'opposé de celle des Afrikaners. Dès 1828, la colonie du Cap proclame l'égalité de toutes les personnes libres devant la loi, sans distinction de race. Cette orientation n'est pas uniquement basée sur une idéologie libérale. Elle est également considérée comme un moyen d'assurer la paix sociale au sein de la colonie, et de réduire les sources de frictions avec la population noire – à commencer par les Xhosas. Accessoirement, se concilier les Noirs et les Métis permet aux Britanniques de réduire l'influence des Afrikaners et d'augmenter la leur. L'abolition de l'esclavage, en 1833, accentue encore cette tendance en accroissant la population noire libre. Lorsque la colonie se dote d'un parlement en 1854, elle interdit explicitement toute restriction du droit de vote qui serait basée sur l'appartenance ethnique. À la place, elle établit un suffrage censitaire masculin qui reconnait les formes de propriétés tribales, et dont le seuil relativement modeste – 25 livres sterling – accorde le droit de vote à une large fraction de la population noire. Ce fonctionnement ne sera pas remis en cause avant 1887.

2oranjevrystadtCette évolution divise les Afrikaners. Si la majorité des Hollandais du Cap s'en accommode, ce n'est pas le cas des Boers, qui quittent massivement la colonie dès les années 1830. Comme les Griquas, ils migrent principalement vers l'est. Ce mouvement, connu sous le nom de Grand Trek, traverse le territoire des Xhosas, et commence à s'établir à l'est de celui-ci. Les Boers y fondent leur propre État, la république de Natalia. En 1838, ils entrent en conflit avec leur encombrant voisin, le royaume zoulou. Les Boers, depuis des décennies, ont développé des tactiques de guérilla basées sur la mobilité : des groupes d'hommes armés, baptisés kommandos (« unités » en afrikaner), se réunissent et se déplacent à cheval, lancent des attaques éclair, puis se dispersent à nouveau pour que chacun rejoigne sa ferme. Efficace pour les actions de harcèlement, cette tactique ne permet pas toujours de faire face à l'attaque massive d'une impi zouloue. Les Boers y répondent en développant un autre stratagème : un convoi de chariots disposés en cercle pour former un camp (laager) fortifié. C'est un succès : le 18 décembre 1838, des milliers de Zoulous s'épuisent en vain contre un laager défendu par moins de 500 Boers. La défaite de Blood River porte un coup fatal au pouvoir du roi Dingane : les Boers soutiennent ensuite Mpande dans sa révolte, sécurisant du même coup leur frontière orientale lorsque celui-ci monte sur le trône en 1840.


Les Britanniques, toutefois, n'avaient jamais reconnu la république de Natalia. Après quelques accrochages, ils l'annexent en 1843, créant ainsi la colonie du Natal. De nouveau, les Boers refusent d'être gouvernés par d'autres que par eux-mêmes, et beaucoup d'entre eux préfèrent partir. Ils migrent cette fois vers le nord, où ils s'installent sur les rives des fleuves Orange et Vaal. Leur implantation est d'autant plus aisée que les terres qu'ils découvrent sont encore marquées par la Mfecane et ses conséquences : hormis les Ndébélés, qu'ils repoussent au nord du Limpopo dans l'actuel Zimbabwe, Ngunis, Sothos et Tswanas sont éparpillés et généralement trop affaiblis pour s'opposer sérieusement à eux. Les Boers fondent ainsi de nouvelles républiques dont les deux principales, le Transvaal et l'État libre d'Orange, sont cette fois reconnues par la Couronne britannique en 1852 et 1854, respectivement.

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Situation politique de l'Afrique du Sud vers 1865. Carte de l'auteur sur une base de "Seb az 86556" (licence Creative Commons). Légende :

Rose : colonies britanniques.

Orange : républiques boers.

Brun : territoires griquas (Gr. O. : Griqualand Ouest ; Gr. E. : Griqualand Est)

Vert : territoires et royaumes tribaux (B. : Basutoland ; S. : Swaziland)


Venant à la suite des conquêtes zouloues et de la Mfecane, les migrations boers achèvent de remodeler le territoire sud-africain. Elles accélèrent le processus de formation de royaumes tribaux inspirés de celui des Zoulous. Outre le Matabéléland, au nord du Limpopo, et le royaume de Gaza dans l'actuel Mozambique, les Swazis constituent le leur – le Swaziland, qui existe toujours en 2014. La tribu sotho des Basothos, ou Basutos pour les Britanniques, fait également de même pour résister à la pression des Boers et aux raids zoulous. Allant jusqu'à adopter les tactiques des kommandos boers, ils se réfugient dans les montagnes et fondent, eux aussi, leur propre royaume : le Basutoland, qui existe encore aujourd'hui sous le nom de Lesotho. Vers le milieu des années 1860, la situation politique de l'Afrique du Sud semble en passe de se stabiliser. Toutefois, un événement imprévu allait attiser les convoitises, en premier lieu celles des Britanniques. 

La ruée vers les diamants

4bigholeEn 1866, un jeune Boer découvre une gemme translucide sur le terrain de la ferme qu'il loue, dans le Griqualand Ouest. La pierre s'avère être un diamant, ce qui déclenche une ruée vers la région : des milliers de prospecteurs, majoritairement britanniques, viennent tenter leur chance. Sept ans plus tard, la ferme est devenue une ville de 50.000 habitants baptisée Kimberley. La zone est bientôt revendiquée par l'État libre d'Orange et la colonie du Cap. La question est d'une importance cruciale pour les Boers, dont les économies agraires sont fragiles, et dont les républiques sont de plus en plus endettées. Un arbitrage du gouverneur du Natal finit par attribuer la région contestée au Griqualand Ouest... qui se place aussitôt sous la protection du Royaume-Uni, en 1871. Un protectorat étendu ensuite au Griqualand Est en 1874, et qui s'ajoute à celui déjà conclu avec le Basutoland en 1869. Pour faire bonne mesure, les Britanniques y ajoutent une revendication sur le territoire occupé par les Tswanas – le Bechuanaland – au nord du fleuve Orange. Lésé, l'État libre d'Orange se console rapidement avec la découverte d'autres gisements diamantifères autour de Bloemfontein ; d'agonisante, son économie devient prospère en quelques années. Le Transvaal, en revanche, devra attendre 1886 pour que de l'or soit découvert dans le Witwatersrand.

Il n'en reste pas moins que l'évidence s'impose au gouvernement britannique, que dirige le conservateur Benjamin Disraeli depuis 1874 : le sol sur lequel les Boers s'échinent à cultiver leur subsistance regorge de richesses minérales. L'ajout de l'Afrique du Sud à l'Empire britannique devient donc une priorité, d'autant plus que le tout jeune Empire allemand commence à s'intéresser au Namaqualand voisin – la future Namibie. Pour étendre plus rapidement la domination britannique sur l'Afrique australe, le secrétaire d'État aux Colonies, Henry Herbert Carnarvon, échafaude le projet d'une confédération qui permettrait d'absorber les royaumes indigènes et les républiques boers. Il s'inspire en cela de ce qui a été mis en place au Canada en 1867, et qui a permis d'intégrer le Bas-Canada francophone – devenu la province du Québec – aux autres colonies de la Couronne en Amérique du Nord. Son idée est d'agglomérer les diverses colonies britanniques et les entités voisines à la colonie du Cap, qui jouit depuis 1872 d'un gouvernement autonome. Début 1877, Carnarvon envoie au Cap un nouveau haut-commissaire pour l'Afrique du Sud, Henry Bartle Frere.

5bartlefrereCelui-ci va immédiatement appliquer sa propre vision de la future confédération sud-africaine, sans égard pour les obstacles qu'il rencontre et sans en référer au cabinet Disraeli. Dès le mois d'avril, il fait annexer le Transvaal sans rencontrer de résistance, car le gouvernement de la république boer est au bord de la banqueroute et n'a d'autre choix que d'accepter. Puis, en septembre, il prend le prétexte d'une incursion xhosa en territoire britannique – qu'il a lui-même suscitée en attisant les luttes entre clans xhosas – pour faire entrer l'armée en Cafrerie. Chassés des vallées, les Xhosas continuent à mener des actions de guérilla depuis les montagnes. Le commandant des troupes britanniques en Afrique du Sud, Frederic Thesiger Chelmsford, doit mener une campagne prolongée avant d'en venir à bout, à la fin de 1878. Le gouvernement du Cap, dirigé par John Molteno, estime que la situation de l'Afrique du Sud est trop différente de celle du Canada pour que le projet de confédération voulu par Carnarvon puisse fonctionner. En outre, la colonie du Cap ne voulait en aucun cas d'une nouvelle guerre avec les Xhosas. La politique de Bartle Frere, qui perçoit les populations indigènes – et a fortiori leurs royaumes – comme autant de menaces et veut les désarmer à tout prix, va à l'encontre de celle de la colonie, qui cherche depuis des années à limiter la résistance des Noirs à la colonisation européenne en leur accordant des droits.

Lorsque Molteno tente d'interférer avec les agissements de Bartle Frere, ce dernier exige – et obtient – du secrétariat d'État aux colonies qu'il dépose le gouvernement Molteno, le 5 février 1878. Ironie du sort, Carnarvon a démissionné la veille, car il s'oppose à Disraeli sur une question n'ayant rien à voir avec l'Afrique du Sud. Son successeur abandonne l'idée d'une confédération sud-africaine... mais Bartle Frere, qui reste en poste, poursuit sur sa lancée sans se soucier de cette nouvelle orientation politique. Sa prochaine cible est le royaume zoulou. Avec l'annexion du Transvaal, la Couronne britannique hérite de la frontière mal définie qu'il partage avec les Zoulous. Lorsqu'une commission indépendante tranche le différend frontalier en faveur des Zoulous, Bartle Frere décide de monter en épingle une série d'incidents ayant eu lieu sur la frontière avec le Natal. Le 11 décembre 1878, il fait remettre au roi Cetshwayo un ultimatum portant sur treize demandes. Plusieurs d'entre elles réclament le désarmement de l'armée zouloue, l'abandon du système des amabutho et l'installation d'un ministre résident britannique au Zoulouland. Délibérément choisis comme tels par Bartle Frere, ces termes sont inacceptables, et Cetshwayo n'y répond pas. Le roi zoulou veut éviter un conflit majeur avec les Britanniques, sans réaliser que c'est précisément ce que Bartle Frere recherche. Il ordonne à ses guerriers de ne combattre que s'ils sont attaqués, et de n'entrer au Natal sous aucun prétexte : la guerre doit rester défensive et frontalière. 

Les forces britanniques

6chelmsfordPréparée avec soin, l'offensive britannique débute dès les premières heures du 11 janvier 1879. Officiellement déployées pour protéger la frontière du Natal, les troupes de Chelmsford déclenchent ainsi une guerre à laquelle le cabinet Disraeli n'a pas donné son aval – et pour cause, il n'a pas été consulté. Agissant de sa propre initiative, Bartle Frere a demandé à Chelmsford de concevoir un plan d'invasion. Le général craint de voir les Zoulous refuser, à l'instar des Xhosas qu'il vient de soumettre, un affrontement direct qu'il est sûr de remporter, compte tenu de la puissance de feu des fusils et des canons modernes dont ses troupes sont équipées. Peu désireux de rééditer une campagne prolongée, il imagine d'abord une offensive par cinq colonnes, qui ratisseraient méthodiquement le pays zoulou pour obliger les guerriers de Cetshwayo à se battre. Confronté aux énormes difficultés logistiques qu'un tel plan impliquerait, Chelmsford révise ses ambitions à la baisse : la colonne n°1 franchira la rivière Tugela et progressera le long de la côte, formant l'aile droite du dispositif anglais ; les colonnes n°2 et 3, opérant depuis la vallée de la rivière Buffalo, seront réunies sous son commandement direct et marcheront sur le kraal royal d'Ulundi, la capitale de Cetshwayo ; la colonne n°4 attaquera depuis le Transvaal, servant d'aile gauche à l'armée d'invasion ; quant à la n°5, elle se contentera d'un rôle mineur le long de la partie la plus orientale de la frontière avec le Transvaal. 

L'ossature de chacune des trois forces principales est constituée de deux bataillons d'infanterie régulière. L'armée britannique compte alors 114 régiments d'infanterie, en principe à un seul bataillon de huit compagnies, d'un effectif théorique de 800 hommes environ. Il y a toutefois des exceptions : ainsi, les 60ème et 95ème régiments, qui sont des unités de fusiliers – l'équivalent anglais des chasseurs à pied – comptent quatre bataillons chacun. En outre, les régiments étant dispersés à travers un empire colonial toujours plus vaste, le besoin d'entretenir en métropole un minimum de troupes pour en assurer la défense et servir de réserve stratégique a conduit à ajouter un deuxième bataillon dans certains régiments – en l'occurrence, ceux numérotés de 1 à 25. En général, lorsque l'un de ces deux bataillons sert outre-mer, l'autre est stationné dans les Îles Britanniques. Il ne s'agit pas, toutefois, d'une règle immuable, et les deux bataillons peuvent être déployés simultanément dans les colonies si le besoin s'en fait sentir. C'est le cas, par exemple, des deux bataillons du 24ème régiment à pied (la désignation officielle des unités d'infanterie britanniques est alors Regiment of Foot), affectés à la colonne principale : le I/24ème stationne en Afrique du Sud depuis 1875, le II/24ème l'a rejoint en 1878 après six ans passés en Grande-Bretagne.

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Du fait de leur fréquent service outre-mer dans des zones de conflits, les fantassins britanniques, dont le recrutement est exclusivement professionnel, sont généralement des soldats expérimentés. Ils sont armés du fusil Martini-Henry, une arme moderne à chargement par la culasse, depuis 1874. Il ne s'agit pas d'un fusil à répétition : le conservatisme des autorités militaires, qui craignent encore une consommation excessive de munitions, a préféré une arme à un coup, devant être rechargée après chaque tir à l'aide d'un levier sous garde. Le Martini-Henry utilise toutefois des cartouches complètes à étui métallique, ce qui accélère drastiquement le chargement de l'arme : un fantassin entraîné peut tirer dix ou douze coups par minute sans difficulté particulière. Combinée à la discipline d'une armée professionnelle, cette caractéristique confère à l'infanterie britannique une puissance de feu remarquable. En combat rapproché, la troupe dispose d'une baïonnette à douille (les sous-officiers recevant quant à eux un sabre-baïonnette), et des versions raccourcies, carabines et mousquetons, équipent également la cavalerie, l'artillerie et le génie. Toutes tirent une cartouche cylindro-ogivale de 11,43 millimètres de calibre.

8 24thfootQuant aux uniformes, ils sont peu adaptés au service colonial. Certaines unités de l'armée des Indes utilisent une tenue kaki depuis une trentaine d'années, mais cette particularité ne s'est étendue, dans l'Empire britannique, qu'aux troupes coloniales recrutées localement. En 1879, l'infanterie britannique porte toujours le traditionnel uniforme écarlate. Il existe des variations de détail de régiment à régiment, mais dans l'ensemble l'uniforme se compose généralement d'un pantalon noir et d'une vareuse rouge. S'y ajoute un casque blanc de type colonial, que les soldats en opérations s'empressent de teindre en brun avec du thé : ils craignent qu'au soleil, le blanc du casque ne transforme leur tête en cible toute désignée des tireurs ennemis. Si les officiers de la ligne portent un uniforme similaire à celui de leurs hommes, ceux qui vont à cheval (officiers supérieurs et d'état-major) reçoivent une « tenue de patrouille » bleu marine et noire plus adaptée au service monté. Il en va de même pour les artilleurs. L'armée régulière britannique, en revanche, ne déploie en Afrique du Sud aucun de ses 31 régiments de cavalerie, dans la mesure où les nombreuses unités montées recrutées sur place sont considérées comme suffisantes.

Chacune des trois colonnes principales reçoit également une batterie d'artillerie à six pièces. Compte tenu du terrain difficile et de la médiocrité des routes en Afrique du Sud, il s'agit de canons de montagne de 7 livres sur affût léger. Le poids réduit de son projectile – 3,3 kilogrammes pour l'obus ordinaire – limite sa puissance de feu, mais c'est une arme moderne, à canon rayé et chargement par la culasse, construite intégralement en acier. C'est surtout un canon très mobile, le tube pesant 90 kilos seulement, ce qui le rend idéal pour le service colonial. Ce soutien est complété par une batterie de lance-fusées, à raison d'une section par colonne. L'armée britannique est en effet la seule en Europe à avoir adopté cette arme, dont elle a pu apprécier les effets durant ses guerres contre le royaume indien de Mysore, entre 1767 et 1799. Les vieilles fusées Congreve des guerres napoléoniennes ont été remplacées en 1867 par les fusées Hale, stabilisées par un procédé qui les fait tourner sur elles-mêmes pendant leur vol. Ceci accroît leur précision, mais dans la mesure où elles ne sont pas employées en masse, leur utilité sera sans doute plus psychologique que réelle. Beaucoup plus efficace, en revanche, est la mitrailleuse Gatling ; il n'y en a toutefois qu'une seule, qui remplace un des canons de 7 livres de la colonne n°1.

9martini-henryCes forces régulières – dites « impériales » dans le jargon militaire britannique – sont complétées par de nombreuses formations à recrutement local. Celles-ci sont traditionnellement divisées en deux catégories : les unités « coloniales », recrutées parmi les colons européens ; et les unités « indigènes », qui comme leur nom l'indique sont constituées d'autochtones. La principale force indigène destinée à soutenir l'invasion du Zoulouland est le Natal Native Contingent ou NNC, recruté par l'administration de la colonie du Natal. Le NNC comprend plusieurs régiments d'infanterie divisés en bataillons et compagnies. L'encadrement est fourni par des officiers et sous-officiers blancs, et le NNC est organisé à l'européenne... sauf en ce qui concerne l'équipement. Le commandement britannique n'a guère confiance en cette force supplétive dépourvue d'expérience, et craint de voir les Noirs qui la composent déserter et rejoindre les Zoulous à la première occasion. Pour cette raison, seuls 10 à 20% des soldats du NNC sont dotés d'un fusil, et les munitions leur sont sévèrement rationnées. Les autres doivent se contenter des lances et autres armes traditionnelles à leur disposition. Outre un petit élément de construction (Natal Native Pioneer Corps), le NNC est assorti d'une unité montée, le Natal Native Horse ou NNH. C'est la principale unité de cavalerie de la force d'invasion. Contrairement aux fantassins du NNC, les Britanniques la considèrent comme une unité de valeur, car elle est composée principalement de Basutos rompus aux tactiques de la guerre montée. De ce fait, elle est convenablement armée de carabines. Quant aux formations coloniales, il s'agit le plus souvent de forces de maintien de l'ordre, comme la police montée du Natal, ou d'unités de milice n'excédant pas la taille d'une compagnie.

En tout, la force d'invasion que commande Chelmsford comprend environ 16.500 hommes : 6.700 militaires Britanniques et coloniaux, 9.000 indigènes, et 800 employés civils sous contrat – principalement des conducteurs d'attelage. Chelmsford en a 7.800 avec lui, dont 1.800 Blancs. La colonne n°1, commandée par le colonel Charles Pearson, est forte de 6.700 soldats. Quant à la colonne n°4, placée sous les ordres du lieutenant-colonel Henry Evelyn Wood, elle compte environ 2.000 hommes. Pressé d'en finir avec les Zoulous, Bartle Frere n'a pas tenu compte du calendrier dans son ultimatum : si janvier marque le cœur de l'été austral, c'est également celui de la saison humide. De violents orages transforment les pistes sommaires de la région en bourbiers, ce qui complique la progression des lourds chariots transportant le matériel et le ravitaillement des forces britanniques. Pour ne rien arranger, toutes les unités ne sont pas regroupées lorsque l'ultimatum expire : ainsi, Chelmsford n'a avec lui que treize des seize compagnies du 24ème régiment, et sans doute moins de 5.000 hommes appartenant principalement à la colonne n°3 du colonel Glynn. Enfin, c'est également la période de l'année où les amabutho zoulous se rassemblent traditionnellement à Ulundi, de sorte que la mobilisation du royaume est déjà partiellement accomplie avant même que les hostilités n'aient commencé.

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