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Accueil Les grandes batailles La bataille d'Azincourt (1415)

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La bataille d'Azincourt (1415)

Azincourt

En pleine guerre de Cent ans, mais aussi en pleine guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, la chevalerie française connaît sa plus grande défaite face à l’armée anglaise d’Henri V, le 25 octobre 1415. A Azincourt, au milieu de milliers d’hommes, serait mort l’idéal de la guerre chevaleresque. De plus, cette bataille ouvre une ère incertaine qui menace l’existence même de la France de l’époque.


Le contexte de la bataille d’Azincourt

La France est déchirée par le conflit entre les Armagnacs et les Bourguignons depuis l’assassinat de Louis d’Orléans en 1407, sur ordre de Jean sans Peur. La lutte culmine dans la violence avec l’épisode cabochien de 1413. La même année, suite à son échec à Paris, le duc de Bourgogne négocie avec les Anglais. L’année précédente, c’étaient les Armagnacs qui avaient demandé de l’aide à Henri IV, provoquant une chevauchée anglaise malgré un accord in extremis entre Armagnacs et Bourguignons à Auxerre…

Les Anglais ne sont pas dans une situation beaucoup plus enviable, déchirés également par une guerre opposant le roi Plantagenêt Richard II au duc Henri de Lancastre, son cousin. Ce dernier, soutenu par le Parlement, l’emporte finalement et est désigné comme nouveau roi sous le nom d’Henri IV, en 1399. Pourtant, il voit se rebeller contre lui son propre fils en 1411. C’est un échec, mais cela n’empêche pas le jeune Henri V de succéder à son père quand celui-meurt en 1413. La légitimité du nouveau roi anglais étant chancelante, il doit faire face à des conspirations. Pour les calmer, Henri V décide alors de relancer la guerre avec la France. Il a évidemment appris les divisions dues à la guerre civile, et voit d’un bon œil les propositions des Bourguignons.

En 1414, il reprend les revendications d’Edouard III et exige tous les fiefs perdus par les Anglais depuis…Philippe Auguste ! Ses prétentions trop grandes sont rejetées, tant par les Armagnacs que les Bourguignons. C’est donc la guerre. On ignore toutefois le but d’Henri V quand il débarque en Normandie en août 1415, avec dix mille hommes transportés par mille cinq-cents navires. Si l’armée est importante, elle est toutefois insuffisante pour une invasion, et le moment choisi inopportun pour une longue campagne. Après la prise d’Harfleur, le roi d’Angleterre entame donc une chevauchée classique, direction Calais. Les Français ont décidé de contre-attaquer et de couper sa route en Artois, à Azincourt, le 25 octobre 1415.

Les forces en présence

L’armée française est menée par le connétable armagnac Charles Ier d’Albret qui, en raison du contexte trouble, a décidé de se passer des troupes bourguignonnes de Jean sans Peur. Celui-ci ordonne donc à la noblesse de Picardie de ne pas rejoindre l’ost. Le duc de Bretagne, toujours partagé entre les deux rois, est également absent. Les princes présents, quant à eux, ne sont pas d’accord sur la stratégie à adopter, les plus âgés comme le duc de Berry prônant la prudence, les plus jeunes comme Charles d’Orléans l’attaque. Jean de Berry obtient tout de même que le roi et le dauphin restent à Rouen.

L’armée finalement réunie est composée de près de vingt mille hommes (certains disent vingt-cinq mille), essentiellement des cavaliers. Le connétable aurait refusé l’aide d’arbalétriers génois, jugeant ses troupes largement suffisantes. Il est vrai qu’en face, Henri V aligne environ sept mille hommes, dont mille chevaliers et surtout cinq mille archers. Les troupes anglaises sont fatiguées par la campagne débutée plusieurs mois auparavant. L’armée française, qui a choisi le lieu de la bataille, est donc très confiante…

La bataille d’Azincourt (25 octobre 1415)

Difficile d’expliquer les erreurs françaises avant même la bataille d'Azincourt ! Le choix du lieu, et plus encore le placement des troupes, sont catastrophiques. L’armée française, trois plus nombreuse que l’ennemi, s’est regroupée dans un espace restreint situé entre deux forêts, ce qui annihile son avantage numérique. Les nobles estiment avoir le droit d’être en première ligne pour écraser eux même les Anglais ; ils laissent ainsi derrière eux des combattants plus expérimentés, serrés sur une vingtaine de rangs, et des écuyers pour la réserve. Les ailes sont composées d’une cavalerie destinée à attaquer les archers d’Henri dès le début de la bataille. Le manque de place pousse à se priver d’archers et d’arbalétriers, mais le connétable estime de toute façon qu’il n’en aura pas besoin…Le commandement de l’armée est incertain, divisé entre Charles d’Albret et des ducs comme Orléans ou Alençon.

bataille_azincourtLes conditions météos ne sont pas non plus l’idéal pour une bataille, et plus encore pour une charge de cavalerie. Il ne cesse de pleuvoir, et les soldats passent la nuit dans leur tenue de combat. Le lendemain, c’est un bourbier indescriptible !

Henri V a moins le choix, et il dispose son armée de façon classique : des hommes d’armes au centre ; sur les ailes et un peu vers l’avant, les archers en formation conique. Le roi d’Angleterre, lui, n’a pas oublié les leçons de Crécy.

Après quelques ultimes négociations pour la forme, la bataille commence, aux alentours de dix heures, ce 25 octobre 1415. Henri V fait avancer ses archers, qui sont de suite chargés. Mais la boue ralentit les lourds destriers français, qui subissent alors plusieurs volées de flèches. Les corps s’amoncellent, formant un rempart devant les combattants suivants, coincés par la géographie du terrain ! Les chevaliers français parviennent tout de même au contact, mais sans le bénéfice de la charge ; ils mettent malgré tout en difficulté les hommes d’armes anglais. Le roi d’Angleterre, menacé directement par le connétable, fait alors glisser ses archers sur les flancs ennemis, et la curée reprend, les archers combattant à leur tour au corps à corps. Déjà, de nombreux seigneurs français se rendent. L’armée française tente une seconde charge, mais se heurte au retrait de la première, ajoutant au chaos ! La bataille n’a pas commencé depuis une heure…

Le pire est à venir cependant. Une rumeur éclate dans les rangs anglais : les Français auraient contre-attaqué sur leurs arrières. Il ne s’agit en fait que d’une tentative de contre-offensive, mais Henri V, qui craint l’arrivée de Jean sans Peur, ordonne le massacre de la plupart des captifs (malgré la protestation des archers, qui veulent des rançons), avant de quitter le champ de bataille ! L’essentiel de l’armée française n’a même pas eu le temps d’arriver au contact.

En fin d’après-midi, après le passage des pilleurs de cadavres et des charognards, on compte dans les rangs français environ mille cinq-cents chevaliers tués, parmi lesquels les ducs de Brabant, d’Alençon, de Bar, les comtes de Nevers, Dammartin, Vaucourt (et bien d’autres), mais également le connétable d’Albret en personne ! A cela, il faut ajouter plus de trois mille morts « autres », dont tous les baillis de la région, chargés jusque là de lever les troupes. Le nombre –et le nom- de prisonniers est encore pire : les ducs d’Orléans et de Bourbon, le maréchal Boucicaut, Charles d’Artois ou le comte d’Harcourt. Des rançons conséquentes en perspective. Les Anglais ne comptent qu’entre trois et cinq cents morts, parmi lesquels une dizaine de chevaliers, dont le duc d’York.

Dans les deux camps, on fait de Dieu le juge de la bataille d'Azincourt, ce qui ajoute à son importance, au-delà même de son impact stratégique, finalement minime. En effet, la victoire n’empêche pas Henri V de reprendre la mer pour l’Angleterre. Les conséquences sont visibles par la suite.

Les conséquences d’Azincourt

La débâcle amène tout d’abord les quelques princes français encore vivants, parmi lesquels le duc d’Anjou, à signer des paix séparées, voire des accords avec les Anglais. La défaite aggrave la guerre civile, les rangs armagnacs ayant été les plus touchés, et Jean sans Peur absent négociant à nouveau avec l’ennemi. Le sentiment qui domine chez les Français est celui de l’abandon par Dieu, ce dernier punissant les princes par la guerre fratricide et l’humiliation d’Azincourt.

L’impact de ce 25 octobre 1415 est donc plus politique et psychologique que militaire et stratégique. Le traité de Troyes en 1420, et le partage de la France, n’auraient sans doute pas eu lieu sans Azincourt. En revanche, malgré la leçon tactique, on ne peut pas dire que cette déroute signe totalement la fin de la bataille de cavalerie, ni même de l’idéal chevaleresque. La chevalerie française aura l’occasion de prendre quelques revanches, comme à Castillon (1453), malgré une évolution des armées et l’apparition de l’artillerie. A Marignan, en 1515, la charge de François Ier sera inspirée de cet idéal chevaleresque.

Pour les Anglais, la bataille d’Agincourt restera parmi l’une des plus glorieuses, prise comme modèle tant par Henri VIII que par Shakespeare.

 

Bibliographie

B. Bove, Le temps de la guerre de Cent ans (1328-1453), Belin (coll. Histoire de France), 2010.

G. Minois, La guerre de Cent Ans, Tempus, 2008.

C. Gauvard, La France au Moyen Âge du Ve au XVe siècle, PUF, 2010.

D. Paladilhe, La bataille d'Azincourt - 1415, Librairie académique Perrin, Collection Pour L'histoire, 2002.

Pour aller plus loin

- le site du musée d'Azincourt

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