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Accueil Les grandes batailles La bataille d'Actium (-31 av.Jc)

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La bataille d'Actium (-31 av.Jc)

actiumLe paroxysme de la crise qui secoue la République romaine trouve son aboutissement sur la cote d'Epire, lors de la bataille d'Actium (31 av. J.-C.) qui voit s'opposer les armées de l'Occident romain, aux ordres d'Octave, le futur empereur Auguste, et d'Agrippa, son génie militaire aux armées orientales commandées par Marc Antoine et la célèbre Cléopâtre. De cette confrontation, rien de moins que l'Empire romain devait naitre et enterrer dans les faits le régime républicain.

La bataille d'Actium : la fin de la guerre civile

La République romaine est entrée dans une crise profonde devant l'ampleur des conquêtes qui laissaient toujours plus de pouvoirs aux grands généraux, les imperatores, chargés de défendre l'Empire de Rome et de protéger ses intérêts. Depuis Marius et sa lutte contre Sylla, le monde romain a été rythmé par de cruelles guerres civiles qui ont profondément marqué les mentalités de l'époque, ce qui transparait dans les textes des auteurs anciens. La victoire de César sur Pompée a pu faire un temps penser que le retour de la paix était possible. C'était sans compter sur les appétits des aristocrates, privés par l'immense personnalité du dictateur à vie, de l'accès à la compétition pour le pouvoir comme cela avait toujours été le cas. Depuis sa disparition, et la vengeance exercée par ses partisans à l'encontre de ceux que l'on nomme communément les Républicains, la situation du monde romain est tendue, en stase, entre deux compétiteurs : Octave, fils adoptif de César (son neveu par le sang) et Marc Antoine, ancien maitre de la cavalerie et compagnon de combat du dictateur. Entre-eux, l'Empire est partagé depuis l'éviction de Lépide : à Octave l'Occident et son cœur, Rome, à Marc Antoine l'Orient, Alexandrie et la belle Cléopâtre.

Loin du seul mélodrame, la position d'Antoine sert finalement à son jeune opposant pour le discréditer aux yeux des Romains. En effet, pour ceux-ci, l'Orient et ses plaisirs sont suspects ; ils peuvent corrompre la digne sobriété latine. Or quand Octave fait lire en place publique le testament de son rival, le peuple découvre horrifié qu'Antoine désire entre-autre se faire inhumer en Égypte. Après une habile propagande, voici qu'Octave tient les motifs légitimes d'une guerre pour supprimer son ennemi ; sa guerre ne peut être que juste et donc en accord avec les volontés divines puisque Antoine souhaite sacrifier Rome au profit de l'Orient. Il est donc le défenseur du monde romain face aux criminels desseins d'Antoine. La rupture était consommée. Chaque opposant avait fourbi depuis longtemps ses armes et était prêt à affronter son adversaire dans une rencontre colossale devant décider du sort de tout le bassin méditerranéen.

L'ébranlement des forces

Le premier à prendre l'initiative fut Antoine. Il rassembla ses troupes à Ephèse au printemps 32 av. J.-C. ; elles comprenaient 75 000 légionnaires, 25 000 soldats auxiliaires ainsi que 12 000 cavaliers, sans compter la masse des non combattants, comme les rameurs de sa gigantesque flotte composée de près de 500 navires de guerre et de 300 de transport. Or 200 de ces bateaux avaient été fournis par Cléopâtre qui de ce fait possédait une véritable influence dans les décisions de son amant. L'armada se dirigea vers l'Epire, pour menacer l'Italie et tenter de remporter la décision sur son sol. Néanmoins, la lenteur de l'expédition fit qu'elle fut repérée par des navires de la flotte d'Octave ce qui brisa l'effet de surprise. Antoine s'établit dans le golfe d'Ambracie, un excellent mouillage où il pu passer l'hiver à l'abri des tempêtes et autres désagréments. Or cette position, aussi favorable soit-elle nécessitait l'établissement de points de contrôles visant à assurer le ravitaillement des troupes, comme Méthonè un petit port messénien ou l'île de Corfu.

Ainsi établi Antoine pouvait paraître en position de force d'autant qu'il mettait la pression sur son ennemi et sur la péninsule italienne. C'était sans compter avec la préparation d'Octave qui avait déjà rassemblé entre 60 000 et 80 000 fantassins et 12 000 cavaliers, ainsi que près de 400 navires. Son armée et surtout sa flotte étaient en outre aguerries depuis l'affrontement contre Sextus Pompée. Les bateaux d'Octave étaient également d'un tonnage inférieur à ceux d'Antoine mais l'emportaient sur eux en mobilité et en vitesse. Tout cela montre l'équilibre des forces en présence, bien que des axes tactiques orientent déjà les armées de part leurs forces et faiblesses.

Affaiblir Antoine

marc-antoineL'engagement commença de manière progressive. En effet, Octave, dont la flotte était commandé avec génie par le célèbre Agrippa, porta son action contre les lignes de ravitaillement d'Antoine pour le paralyser et le mettre dans une situation de précarité. Au delà de la guerre de course, Agrippa pris également des verrous essentiel du dispositif stratégique d'Antoine ; Méthonè et Corfu sans qu'il ne réagisse véritablement. L'initiative venait de changer de camp et Antoine se retrouvait dans une position délicate, assiégé dans le golfe d'Ambracie. Dans le même temps, Octave en personne s'était dangereusement approché de son ennemi, jusqu'à débarquer dans la baie de Gomaros à quelques encablures du camp d'Antoine, disposé près du port d'Actium. Les troupes terrestres des deux rivaux attendaient la rencontre décisive. Mais aussi bien situé tactiquement qu'ils furent, les deux camps étaient néanmoins soumis à de désagréables conditions. Du coté d'Antoine, la proximité des marécages apportait une odeur fétide ainsi que des moustiques. Le manque d'eau était également criant et mettait l'armée en but à la dysenterie et à la malaria. Pour Octave, c'était les vents dominants venant de la mer qui balayaient son camp et désorganisait ses navires, toujours déplacés par la houle.

Pendant que l'on s'affrontait sur mer, où Agrippa faisait démonstration de ses talents, Antoine déménagea son camp pour l'installer au plus près de celui d'Octave ; ils étaient dès lors très proche, de part et d'autre de la ville de Nicopolis. Antoine offrit plusieurs fois la bataille rangée à son adversaire en déployant son armée en rase campagne, ce que Octave refusa, sans doute conscient de la supériorité de son adversaire. Alors Antoine lança sa cavalerie pour tourner le dispositif adverse et le prendre à revers. Il y connu un échec cuisant qui le poussa à retourner dans son ancien camp, de l'autre coté du chenal. L'inertie repris le dessus, dans laquelle Octave avait un net avantage ; ses succès maritimes sous l'égide d'Agrippa avaient placé Antoine dans une situation de quasi blocus, le privant de ses lignes de ravitaillement et l'obligeant à faire venir de toute la Grèce, à grand renfort de réquisitions, la nourriture des troupes. Mais les soldats étaient mal nourris et les défections de hauts gradés leurs sapaient de plus en plus le moral, comme le départ de Domitius Ahenobarbus qui mourut bientôt de fièvre dans le camp octavien. Il devenait également manifeste que le rôle de Cléopâtre achevait de diviser, les troupes qui ne savaient plus véritablement quelle était le but de leur campagne ; gagner pour Rome ou l'Égypte?

Quelle solution?

Les défections devenaient préoccupante et à la veille d'appareiller, Antoine fit brûler plusieurs navires qui ne pouvaient plus trouver un équipage suffisant. Néanmoins, il était décidé à reprendre l'initiative et à ne plus se laisser doucement réduire, piégé dans le golfe d'Ambracie. Il lui restait deux solutions ; sacrifier la flotte et faire retraite jusqu'en Thrace pour retrouver le roi des Gètes qui offrait son alliance et ainsi se concentrer sur la bataille rangée, ou forcer le passage du golfe d'Ambracie et rejoindre les sept légions de réserves laissées en arrière. Ce fut l'influence de Cléopâtre qui décida Antoine de tenter de regagner l'Orient. La décision n'a de funeste que son achèvement et la propagande octavienne stigmatisant les mauvais conseils de l'Égyptienne ne fait que suivre des présupposés ethniques très ancrés à l'époque et participant à la glorification d'Octave, champion romain de la guerre contre les dérèglements de l'Orient. On ne sait précisément ce que voulu réaliser Antoine lorsqu'il appareilla ; souhaitait-il vaincre sur mer ou simplement passer en force et fuir vers l'Orient? Il pris en tout cas le pari de conserver avant tout les navires de guerre les plus puissants où les rameurs compétents étaient mieux répartis et moins vulnérables. Les forces apportées par Cléopâtre représentaient surtout des navires légers qui furent en grande partie détruit, elle-même ne conservant que 60 vaisseaux de guerre sous son propre commandement. Antoine fit embarquer les voilures ce qui n'était pas particulièrement utile en combat durant lequel on comptait avant tout sur la mobilité offerte par les rameurs, d'autant qu'une des tactiques employée consistait à éperonner les navires ennemis, ce qui peut sous-entendre une volonté de retraite vers l'Orient. On est de toute façon assez loin de la tradition octavienne voulant faire d'Antoine un simple fuyard suivant le sillon de Cléopâtre dans la lâcheté.

L'affrontement final : la bataille d'Actium

Près au combat, Antoine alignait sans doute moins de 200 navires avec à leur bord 20 000 fantassins de marine et près de 2000 archers. Il pouvait compter sur un faible nombre de puissants bateaux de tradition hellénistique, véritables forteresses maritimes sur lesquelles il était pourtant difficile de laisser reposer une quelconque décision. Octave avait quant à lui le double de vaisseaux d'un tonnage globalement équivalent, sans qu'il en posséda de très gros. C'est donc à deux contre-un que la bataille finale s'engagea. Antoine avait sans doute en tête de profiter des vents ce que sous entend l'embarquement de la voilure. Il demanda à ses troupes de ne pas combattre en avançant durant la matinée du 2 septembre sans doute pour éviter un échouage malheureux en sortie de chenal.

Battle_of_ActiumMais Agrippa connaissait la volonté d'Antoine depuis la trahison de Dellius et, bien que tardivement, il plaça sa flotte à la sortie du chenal pour piéger celle d'Antoine dans une véritable nasse. Or Marc-Antoine, loin de seulement foncer à travers ce mur de navires ennemis, plaça sa flotte en ordre de bataille avec à l'arrière l'escadre de Cléopâtre qui ne devait pas être engagée puisqu'elle transportait le trésor de l'armée. Le but d'Antoine semble avoir été d'attendre que le vent se lève autour de midi pour affronter l'adversaire et filer droit vers le Sud. Pour ce faire et permettre d'évacuer la flotte de Cléopâtre sans heurt, il plaça au centre de son dispositif en arc de cercle bombé vers l'ennemi ses plus gros navires devant se frayer de force un passage au milieu des escadres d'Octave pendant que le reste des navires progresserait, tout en combattant, en pivot pour ouvrir par la gauche le dispositif d'Octave, sans doute avant de décrocher vers la haute mer dans l'espace ainsi creusé. A midi donc, les flottes étaient en place et c'est l'aile gauche d'Antoine, commandée par Sosius qui fit la première mouvement vers Octave. Dans le même temps, Agrippa entama une ruse magistrale ; à la faveur du vent qui mettait sa position en difficulté puisque ses rameurs devaient manœuvrer pour conserver leur cohérence, il simula une retraite dont voulu profiter Publicola commandant l'escadre à l'extrême droite du dispositif et lui faisant face. Octave fit de même devant Sosius avant de revenir brutalement vers eux et profitant de la surprise et du manque de cohésion des flottes lancées à leur poursuite. Au centre, Arruntius, aux ordre d'Octave tenait en respect le centre et les énormes navires d'Antoine.

La tentative de manœuvre en pivot de la marine de ce dernier venait d'être ruinée par l'initiative malheureuse de Publicola. Mais ce mouvement avait laissé un vide entre les flottes engagées au combat qui fut immédiatement mis à profit par Cléopâtre pour foncer vers la haute mer. Elle passa sans encombre à travers les combats. Antoine voyant sa fuite ordonna à ses troupes de décrocher pour suivre la reine et filer vers l'Orient. On pense qu'une soixantaine de navires put lui emboiter le pas ; ceux qui n'avaient pas été pris dans la manœuvre de Publicola. C'est cette fuite manquée, et qui pourtant avait permis de sauver près de 100 bateaux, qui permis à la propagande d'Octave de faire de ses ennemis des lâches dont la fuite ne faisait que montrer l'absence de valeur guerrière chez les Orientaux, accusés de suivre leur passion et non leur devoir. Antoine est étroitement associé à cette vision en le faisant l'esclave de son amour pour Cléopâtre. Néanmoins le combat ne s'acheva pas tout de suite ; Agrippa incendia nombre de navires de l'aile commandée par Publicola et on estime qu'en tout environ une quarantaine de bateaux d'Antoine furent envoyés par le fond avec près de 12 000 hommes en comptant les rameurs, les autres, bloqués dans le combat et n'ayant pu s'échapper vers le large restèrent piégés dans le golfe d'Ambracie où ils firent retraite le soir tombé. Mais la partie n'était pas encore jouée pour Octave qui avait laissé filer son rival et sa compagne avec le trésor de l'armée dont il avait grand besoin, et se retrouvait avec la grosse escadre aux ordres Sosius et l'armée de terre d'Antoine encore à gérer.

Le coup diplomatique

Octave-AugusteC'est alors que tout le génie d'Octave pu se mettre en action. Il n'était pas un militaire mais un excellent politique. Il l'avais prouvé dans sa campagne de désinformation à l'encontre de son rival, ainsi que dans ses tentatives de séduction auprès de l'armée d'Antoine durant les mois d'inertie dans les combats, lui attirant de nouveaux partisans. Dès le lendemain et sans doute grâce aux liens unissant Arruntius à Sosius, il obtint le ralliement de celui-ci, ce qui privait définitivement Antoine d'une puissance maritime. Octave fit également passer des messages sur sa clémence pour lui attirer la sympathie de l'armée de terre de son rival qui, désespérée par la fuite de son général, ne trouvait guère de réconfort dans l'ordre relayé d'Antoine depuis le Péloponnèse où il s'était réfugié, de se mettre en marche vers l'Asie Mineure. Au bout d'une semaine et avec l'assurance d'être intégré dans l'armée d'Octave et de recevoir des terres une fois le service accompli, ils changèrent de camp. Antoine avait tout perdu dans un blocage tactique savamment orchestré où militairement Agrippa avait joué un récital et où politiquement Octave avait joué mieux encore.

La conclusion dramaturgique

La guerre civile n'était certes pas encore terminé et il restait encore quelques forces à Antoine, mais son adversaire avait pris un ascendant impossible à combler. En réunissant les restes de la flottes et de l'armée d'Antoine, Octave dispose d'une puissance considérable, d'un prestige éclatant, parfaitement relayé par une propagande toujours active. Sans qu'il y ait eu un choc aussi formidable que Pharsale entre César et Pompée, la rivalité d'Antoine et du fils adoptif de César avait trouvé un dénouement sans appel après un affrontement assez limité en rapport avec les forces rassemblées. La prudence d'Antoine qui l'a paralysé de long mois et le génie d'Agrippa et d'Octave ont achevé de précipiter le monde romain entre les mains du second. Antoine et Cléopâtre allaient encore jouer une autre page dramatique de l'Histoire, mais cette fois-ci, en amants superbes, refusant l'humiliation de la captivité en se donnant la mort.

Bibliographie

- Paul M. Martin, Antoine et Cléopâtre : La fin d'un rêve. 2002.

- Michel Dubuisson, La vision romaine de l'étranger, ULG.

- Jean-Michel David, La république romaine, de la deuxième guerre punique à la bataille d'Actium, Seuil.

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