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Accueil Biographies Ammien Marcellin : le militaire historien.

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Ammien Marcellin : le militaire historien.

legionnaires_romainsAprès une éclipse assez sensible au IIIe siècle, l’art de l’écrit chez les Romains trouve une nouvelle heure de gloire au moment où renaît l’Empire, dès le règne de Dioclétien (284-305). En effet, l’Antiquité tardive recèle de très grands auteurs qui portent haut le savoir faire romain en matière littéraire. Ainsi, Aurelius Victor produit autour de 360 un abrégé d’Histoire romaine, Macrobe écrit Les Saturnales et Saint Augustin rédige La cité de Dieu. Ammien Marcellin tient une place assez atypique parmi eux, et nous allons essayer de retranscrire au mieux quelles furent les spécificités de son style et comment son œuvre s‘insère dans la production littéraire latine.


Un Syrien dans l'armée romaine au IVe siècle.

Ammien naquit aux alentours de l'an 330 en Syrie et plus précisément à Antioche. Fils d'aristocrate, il embrasse la carrière militaire en temps que protector domesticus. Membre de cette prestigieuse garde particulière des empereurs et des hauts dignitaires de l'Empire (l'empereur Jovien en sort directement au moment de son acclamation comme Auguste), le jeune soldat qu'il est alors parcourt le monde romain en tout sens, et en acquiert une excellente connaissance. Attaché à Urcisin, maître de la cavalerie d'Orient, par l'empereur Constance II, il se trouve pris dans la tourmente de la guerre et manque d'être tué durant le terrible siège de la ville d'Amida en Mésopotamie. La cité tombe après maintes péripéties, et Ammien ne doit son salut qu'à une poterne qui lui permet, avec quelques compagnons (Ursicin n'est pas avec lui, ils ont été séparé par une attaque perse alors qu'ils chevauchaient pour reconnaître les positions ennemis) de fuir à travers le désert brûlant. Après avoir retrouvé le général, il part en Gaule avec lui afin de régler le problème de l'usurpation de Silvanus, le maître de l'infanterie et de la cavalerie d'Occident, qui venait de se parer de la pourpre impériale, dans une sombre affaire de luttes d'influences dans des groupes de pouvoir. Ursicin et Ammien le font assassiner. En Gaule également ,il rencontre l'empereur Julien, et il se trouve à ses côtés au moment de sa campagne contre les Perses. Il quitte probablement le métier des armes vers 375 et s'installe alors dans les environs de Rome et c'est alors qu'il commence son oeuvre littéraire.

L'oeuvre.

Se réclamant de Tacite, il souhaite en être le continuateur. Son récit commence donc avec le règne de Nerva pour s'achever de manière symbolique en 378. Les treize premiers livres ont été perdus, mais ils ne représentaient sans doute qu'un abrégé d'histoire romaine, comme l'Antiquité tardive en produit tant (Eutrope, Aurelius Victor...), car ils y retracent près de deux cents ans d'histoire alors que les dix sept suivant ne couvrent que les évènements de 353 à 378. Dès le livre XIV, il nous fait donc part de l'histoire dont il a pu être un témoin actif. Ainsi nous rencontrons le César Gallus, que Constance II a nommé en Orient et qui se signale par une grande cruauté, à tel point que l'Auguste décide son assassinat. Son frère Julien est ensuite placé à la tête de la Gaule, sous étroite surveillance (Constance redoute plus que tout les usurpations, car il a dû combattre contre Magnence, l'assassin de son frère Constant), où il fait montre de grandes qualités guerrières. Et puis c'est l'escalade et Julien brigue le pouvoir suprême. Constance meurt, laissant Julien comme seul héritier. L'apostat de la légende se lance alors contre la Perse, où il perd la vie. Ammien donne à cette occasion une vibrante description des derniers instants de l'empereur blessé à mort, beaucoup plus convaincante que celle des auteurs chrétiens d'ailleurs. Ensuite nous assistons à l'acclamation de Jovien qui signe le traité désastreux avec les Perses pour mettre fin à la guerre, car il souhaite allez conforter son nouveau pouvoir dans l'Empire. Il décède peu de temps après, et laisse la place à Valentinien Ier et son frère Valens, le futur vaincu d'Andrinople en 378. Un récit riche donc en rebondissements dont nous n'avons retranscrit ici qu'une maigre substance en comparaison avec le récit d'Ammien Marcellin.

Le style.

Son écriture se signale avant tout par un certain archaïsme, s'inscrivant dans une tradition classique, qui rappelle, dans cette période de doute, les glorieux anciens. Contrairement à L'Histoire Auguste ou à Suètone, il ne verse jamais dans le commentaire purement diffamatoire ou sordide, mais tente au maximum d'être impartial. Ainsi, il retrace toujours le portrait des empereurs, et même ceux qui ne trouvent guère grâce à ses yeux ne sont pas systématiquement critiqués. Ammien dresse toujours un tableau des qualités et défauts de ces hommes pour équilibrer son propos. Il porte ainsi un regard contrasté sur Julien pour qui il a pourtant une énorme admiration. Il critique en particulier son absence de modération dans les sacrifices.

Une implication directe.

L'histoire racontée par Ammien est aussi ponctuellement la sienne. Ainsi, comme nous l'avons vu plus haut, il assiste au siège d'Amida de l'intérieur et il nous donne ainsi une chronique édifiante de l'événement. Pas à pas, nous pouvons suivre le déroulement des hostilités et mesurer le courage des combattants romains acculés, mais aussi l'horreur de la guerre, des maladies propagées par la putréfaction des corps. Lors de sa fuite, on a clairement la sensation visuelle de la marche d'Ammien et de ses compagnons dans les sables ardants de l'Orient. Ils trouvent dans leur errance un puits dont ils prélèvent de l'eau à l'aide de bandes de leur tunique déchirées, attachées à une toque de protection de tête qu'un des hommes portait sous son casque et qui est ici employée à la manière d'une éponge pour qu'il puissent étancher leur soif. C'est aussi cela l'œuvre d'Ammien ; des instants de la vie courante, loin de l'agitation de la politique et de la guerre. Il aime à nous entraîner avec lui au plus bas de la société et en particulier au côté des soldats, dont il nous donne ici aussi un portrait contrasté, mais bien souvent humain. Entre alcoolisme et bravoure, entre gourmandise et sobriété, il dresse un tableau saisissant de ces hommes qui passent une grande partie de leur existence au service de Rome, dans des conditions souvent épouvantables.

Un moralisateur.

Il avait par contre en horreur la vie dépravée et oisive qu'il attribue aux habitants de Rome (et qu'il dénonce dans une tirade particulièrement acide), autant que des membres de la cour impériale de Constantinople et en particulier des eunuques, Eusèbe en tête. Grand moralisateur, Ammien est un ardent défenseur des valeurs traditionnelles de Rome. Au gré de son oeuvre, on rencontre également d'amusantes descriptions des différents peuples de l'époque, des Gaulois aux Huns, ce qu'il fait en suivant les canons traditionnels de l'ethnographie romaine et donc avec assez peu de discernement tant il utilise avec profusion des idées reçues. Mais c'est un des rares points négatifs de son travail. Très bien renseigné sur les événements, dont il est parfois le témoin direct, il a même l'honnêteté de citer ses sources, qu'il recopie scrupuleusement. Ainsi, lors de la rupture entre Julien et Constance, des lettres sont échangées par les deux empereurs. Ammien nous en fait part et nous pouvons donc la comparer avec la version donnée par Julien lui-même dans son oeuvre ; elles sont identiques. Pendant l'échange de courriers, Ammien nous informe même que d'autres lettres beaucoup moins officielles ont été échangées, sans doutes plus « fleuries », et qu'il n'a pas été autorisé à les consulter, ce qui nous donne un éclairage sur sa méthode de travail. Outre cela, Ammien aimait à se perdre en digressions et nous donne ainsi une vision nette des connaissances d'un érudit de cette époque. Il explique ainsi sa vision des tremblements de terre.

Le but de l'Histoire chez Ammien Marcellin

Comme tout historien Antique, Ammien écrit avec un but en tête, une idée phare qui structure son propos. Pour lui il s'agit de la marche inexorable à la catastrophe de 378, où les Romains sont défaits à Andrinople par les Goths, et où l'empereur Valens tombe au combat. Il nous décrit la bataille, particulièrement âpre, qui a été engagée avant que les renforts envoyés d'occident n'aient rejoint les forces de l'Auguste d'orient. Ici, il impute clairement la responsabilité du désastre à Valens, qui, dans son orgueil, a préféré livrer bataille dans la précipitation. Mais Ammien ne signale pas simplement cette défaite comme la cause des malheurs futurs ; pour lui l'événement déterminant est le franchissement du Danube par les Goths en 376, sous pression des Huns. En effet, vaincus, les Goths demandent asile à Valens, qui accepte de les installer en Thrace. Là, affamés par L'État, ils finissent par se révolter, et une fois vainqueurs, ils créent une force politique et militaire incontrôlable sur le territoire romain. Dès lors Rome est sous une menace permanente. Ammien meurt sans doute autour de l'an 400, peu avant la première chute de Rome en 410 devant les Goths d'Alaric. Il reste un des plus grands historiens romains, et sans doute le plus atypique par son engagement militaire et son exceptionnelle existence.

Bibliographie

- P.-M. Camus, Ammien Marcellin témoin des courants culturels et religieux à la fin du IVe siècle, Paris, 1967.

- G. Sabbah, La méthode d'Ammien Marcellin. Recherches sur la construction du discours historique dans les Res Gestae, Paris, 1978.

- De Ammien Marcellin, Histoires, tome 1, livres XIV-XVI. Belles lettres, 1979.

- De Ammien Marcellin, Histoire de Rome : Tome 1, Années 353 à 359, Constance II, empereur. Paleo, 2007.

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