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Louis Sébastien Mercier (1740-1814)

MercierLouis Sébastien Mercier, qui se nommait lui-même « le plus grand livrier de France » peut être considéré comme le grand reporter du XVIII è siècle. Poète, journaliste, écrivain, il a vécu sous plusieurs régimes politiques allant de la monarchie, à l’Empire en passant par la constituante, la Convention et le Directoire. Son « Tableau de Paris » lui a valu son premier succès, mais aussi ses déboires et l’Académie lui fut interdite.

 

Jeune écrivain

Né en plein cœur de Paris en juin 1740, ce fils de marchand « fourbisseur », autrement dit armurier, passe sa jeunesse près du Pont Neuf. Il appartient à cette classe bourgeoise, d’artisans aisés sans être vraiment riches, attachée à l’égalité des droits et à la liberté d’expression.

Poursuivant ses études au collège des Quatre-Nations, il part faire un remplacement à Bordeaux au collège de la Madeleine en devenant Régent en 1763. Préférant la littérature moderne, le théâtre et les lettres étrangères, il ne s’épanouit pas à ce poste et rentre à Paris quelques années plus tard.

Il se lance définitivement dans l’écriture en rédigeant quelques héroïdes, mais abandonne rapidement ce genre devant le peu de succès. En 1764, il publie « Calas sur l’échafaud à ses juges » ce qui participe au déclenchement de l’affaire Calas entamée par Voltaire pour réhabiliter cet homme. Puis ayant connaissance de la renommée montante de JJ Rousseau, il s’essaye au discours académique, avec plusieurs « lettres et éloges » et travaille pour le théâtre. En 1766, il écrit des histoires comme « l’Homme sauvage » traduit de l’allemand, puis des recueils de nouvelles et rédige une tragédie « Virginie » en 1767. Tout ceci n’obtenant pas le succès espéré, il décide de n’écrire que de la prose comme « Songes et visions philosophiques » en 1768 et se montre le détracteur obstiné des poètes et de leurs ouvrages : il se lie avec Rousseau, Diderot, Crébillon fils, Restif de la Bretonne.

Sa grande œuvre

Mercier_lan_2440A l’âge de trente ans, il trouve son propre style dans « l’An 2440 » écrit en 1771. Ce texte piquant montrait qu’une révolution était nécessaire en France et pratiquement inévitable ! L’ouvrage fut interdit par les autorités…il se lance alors dans l’écriture de pièces de théâtre mettant en scène des personnages réels dans leurs problèmes quotidiens.

En 1775, on lui propose la direction du Journal des Dames, qui au départ était basé sur la promotion des femmes. Mercier en profite alors pour faire passer ses opinions littéraires et politiques, mais il doit quitter ce poste deux ans après. Sa renommée augmente, mais également les éclats et les procès.

En 1781, il entame son fameux « Tableau de Paris », une description des mœurs de la capitale, un « inventaire et description dramatique de la vie parisienne » sa ville natale. Partant sur deux volumes, et devant le vif succès, il en est à huit en 1783 et passera à douze tomes en 1788. Entre temps, devant certaines menaces, ayant peur d’être mal jugé (la rumeur parisienne disait que son ouvrage était attribué à plusieurs auteurs), il quitte Paris pour s’établir à Neufchâtel en Suisse. Il voyage dans ce pays, émerveillé par les monts et la nature, mais garde en lui une certaine méfiance des hommes, un sentiment qui le poursuit depuis longtemps et publie « portraits des Rois de France » en 1783 puis « Mon bonnet de nuit » en 1784. C’est en Suisse que sort la première édition du « Tableau de Paris », une bataille de libraires qui se disputent la publication. Mercier devient célèbre, mais est boudé par l’Académie. Le public n’aime pas son style comme le disait Rivarol « c’est un ouvrage pensé dans la rue et écrit sur la borne »… Il est vrai que Mercier livrait certaines vérités abruptes avec quelques caractères relevant de la satire.

Député à la Convention contre la mort de Louis XVI

Il rentre à Paris en 1786 et prolonge son œuvre avec quatre nouveaux tomes et reçoit les éloges du Courrier de l’Europe « c’est l’ouvrage d’un citoyen sensible et courageux que de petites considérations n’arrêtent point. Il a voulu voir ce que personne ne contemple ». Mais il continue en tant que journaliste et ses écrits deviennent politiques. Il s’attaque à l’Ancien Régime avec le « Portrait de Philippe IX, roi d’Espagne ». Mais la Révolution se prépare, Mercier est certain d’avoir été prophète dans son édition de L’An 2440 où il pensait à la démolition de la Bastille !

Partisan modéré des idées nouvelles, il s’engage dans le mouvement révolutionnaire et se rapproche des Girondins. Il publie un journal « Les Annales patriotiques et littéraires de la France » entre 1789 et 1791, puis « la Chronique du mois » dans laquelle il ne cesse de signaler les Jacobins comme les ennemis les plus redoutables du système constitutionnel. Il plaide pour une révolution des institutions qui doivent protéger le citoyen ; il s’insurge pour le peuple de plus en plus pauvre et se bat pour plus de justice, plus de morale, moins d’égoïsme.

Elu député de Seine et Oise à la Convention de septembre 1792 à octobre 1795, puis député de la Sarthe jusqu’en décembre 1799, il n’a pas voté pour la mort du roi, pensant qu’une détention perpétuelle suffirait « Comme juge national, je dis que Louis a mérité la mort ; comme législateur, l'intérêt national parle ici plus haut que ses forfaits, et je dois, pour l'intérêt du peuple, voter une peine moins sévère. Qu'est-ce ici que commande la justice ? C'est la tranquillité de la nation. Or je dis qu'un arrêt de mort, qui aurait son exécution immédiate, serait impolitique et dangereux. Louis est un otage ; il est plus, il sert à empêcher tout autre prétendant de monter sur le trône ; il protège, il défend votre jeune république, il lui donne le temps de se former. Si sa tête tombe, tremblez ! Une faction étrangère lui trouvera un successeur. Louis n'est plus roi, il n'a pas plus que son fils et ses frères des droits à la couronne ; mais le fantôme nous sert ici merveilleusement ; oui, nous devons marcher avec ce fantôme, avec le temps qui est aussi un législateur : ne précipitons pas une mesure irrévocable. Je vote pour la détention de Louis à perpétuité ».

Au printemps 1793, il vote contre l’arrestation des Girondins…mais est emprisonné le 3 octobre avec 72 autres contestataires. Libéré après la chute de Robespierre en juillet 1794, il reparait à l’Assemblée en décembre 1794 et passe au Conseil des Cinq Cents en octobre 1795 élu député des Côtes du Nord et du Nord. C’est une période où Mercier s’en « prend » un peu à tout le monde : il refuse que Descartes accède aux honneurs du Panthéon, le jugeant responsable de la Terreur avec ses libertés de pensée ; il accuse Voltaire d’avoir détruit la morale ; il accepte une place de contrôleur de la caisse de la Loterie alors qu’il en avait provoqué la suppression précédemment…il quitte le conseil des Cinq Cents en mai 1797 pour être nommé professeur d’histoire à l’Ecole Centrale et se jure de ne plus parler de politique !

Ses derniers écrits

Il profite de son temps pour produire le « Nouveau Paris » en 1797 et six volumes sont réalisés sur les mœurs de la Révolution ; mais Mercier a changé, il est aigri et défend le rêve d’une société éclairée et égalitaire, il n’approuvera pas non plus l’Empire et en voudra à Napoléon. Il publie l’une de ses dernières œuvres en 1801 « Néologie ou vocabulaire des mots nouveaux, à renouveler ou pris dans des acceptations nouvelles », puis en 1808 « Satires contre Racine et Boileau » où il ironise sur la France peureuse, étriquée, cramponnée à son classicisme.

Il meurt le 25 avril 1814, entre l’abdication de Napoléon et l’arrivée de Louis XVIII, ayant ces propos parus dans l’an 2440 « hommes de tous pays, enviez mon destin : né sujet, je suis mort libre et républicain ».

Il aura droit aux discours, à l’inhumation au Père-Lachaise, mais sera oublié. « Reporter » de la fin du XVIII è siècle, personne ne lui rendra hommage lorsque ce mot apparaitra dans le dictionnaire.

 

Quelques oeuvres

- Les femmes de Paris – Edition Sabine Melchior-Bonnet, mars 2012.

- Tableau de Paris, le Nouveau Paris – La découverte, 2006.

- Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 – Robert et Cougny.

Bibliographie

- Louis Sébastien Mercier, un hérétique en littérature. Ouvrage collectif, Mercure de France, 1995.

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