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Jefferson Davis (1808-1889) - Biographie

1_Jefferson_DavisLes grandes figures de l’histoire se voient souvent opposer un antagoniste – parfois aussi célèbre qu’elles, et parfois condamné à une relative obscurité. Celui d’Abraham Lincoln fut Jefferson Davis, unique président des États Confédérés d’Amérique de 1861 à 1865. À leur naissance, les deux futurs dirigeants majeurs de la guerre de Sécession auraient pu avoir des destins similaires. Et pourtant, leurs existences allaient être diamétralement opposées.

 

Une jeunesse turbulente

Jefferson Finis Davis est né le 3 juin 1808 dans le comté de Christian, Kentucky – moins d’un an avant Lincoln, à environ 170 kilomètres à vol d’oiseau et dans le même État. Mais contrairement à son futur adversaire, Davis est issu d’une famille relativement aisée, planteurs de coton et propriétaires d’esclaves. Les Davis quittent rapidement le Kentucky pour aller s’installer en Louisiane, puis dans le Mississippi, où les perspectives sont prometteuses en matière de plantations. Là où Lincoln sera largement autodidacte, le jeune Jefferson Davis sera envoyé très tôt dans diverses pensions, notamment dans son État natal, où il recevra une éducation variée. Finalement, Davis obtient une place à la prestigieuse école nationale d’officiers de West Point. Il n’y est pas particulièrement bien noté, et se retrouve même brièvement aux arrêts pour sa participation à « l’émeute du lait-de-poule » de Noël 1826 – l’introduction illicite d’un tonneau de whisky au sein de l’académie ayant transformé la veillée en altercation tumultueuse et alcoolisée.

Davis en sort finalement, classé 23ème sur 33 diplômés, en 1828, puis devient second lieutenant au sein du 1er régiment d’infanterie. Comme Lincoln, qui servira quelques semaines dans la milice locale, il prend part sans combattre à la guerre contre Black Hawk en 1832, dans l’Illinois, servant de gardien au chef indien après sa reddition. C’est durant cette période qu’il commence à courtiser Sarah Knox Taylor, la fille du colonel de son régiment, Zachary Taylor. Ce dernier n’a guère d’estime pour cet officier subalterne sorti mal classé de West Point, et souhaite par-dessus tout éviter à sa fille la morne existence des garnisons d’une « Frontière » encore à demi sauvage. Davis finit par démissionner en 1835. Quelques semaines plus tard, Sarah Taylor l’épouse, contre l’avis de son père.

2_Varina_HowellLes jeunes mariés s’installent sur un vaste domaine de plus de 700 hectares que Joseph Davis, le frère de Jefferson, a détaché de sa plantation pour lui offrir. Le site, baptisé Brierfield, est situé sur les rives du Mississippi, au sud-ouest de Vicksburg. Marécages et eaux stagnantes y abondent et, avec eux, les moustiques. Les deux époux contractent bientôt la malaria. Jefferson s’en remettra, mais pas Sarah, qui mourra moins de trois mois après leur mariage. Le jeune veuf se réfugiera dans le travail et la lecture, transformant Brierfield en plantation florissante et acquérant en quelques années plusieurs dizaines d’esclaves – un patrimoine considérable. C’est aussi durant ses années de deuil que Davis développe son intérêt pour la politique. Il se rapproche du parti démocrate à partir de 1840. Son érudition et ses avis éclairés lui assurent une ascension rapide et en 1844, il est élu représentant du Mississippi au Congrès. Son rôle dans la campagne présidentielle lui vaut également l’estime du nouveau président, James Polk, dont Davis partage les idées sur bien des points.

Avant de prendre ses fonctions à Washington, Davis se remarie en 1845 avec une jeune femme de dix-huit ans sa cadette, Varina Howell. L’élu ne siègera à la Chambre des représentants que six mois. En juin 1846, alors que la guerre contre le Mexique vient d’éclater, Davis démissionne pour former un régiment de volontaires du Mississippi. Pour beaucoup d’hommes politiques, le conflit est vu comme une occasion d’acquérir gloire, prestige et influence sur le champ de bataille, et Davis ne fait pas exception à la règle. Il est également motivé par ses idées politiques : comme Polk, Davis est un fervent partisan de cette guerre, notamment parce qu’elle offrirait, en cas de victoire, de vastes territoires où étendre l’esclavage – sur lequel Davis a bâti sa fortune, et qui représente pour lui l’indispensable pilier de l’économie du Sud.

De Buena Vista à la sécession

3_Mississippi_RiflesContribuant pour une large part à son financement, Davis est tout naturellement élu colonel de son régiment – comme le voulait alors l’usage – et l’unité devient rapidement la coqueluche de l’armée. Non seulement à cause de son uniforme flamboyant (chemise rouge, pantalon blanc et chapeau mou) mais également par son armement atypique. Davis insista pour que ses hommes fussent pourvus du très moderne fusil Harper’s Ferry modèle 1841, une arme à percussion et à canon rayé nettement plus performante que le mousquet Springfield modèle 1842 à canon lisse, qui constituait alors l’équipement standard de l’infanterie américaine. Le général commandant l’armée, le très conservateur Winfield Scott, s’y opposa, mais Davis en appela à Polk, qui lui donna raison au grand dam de Scott. Les hommes de Davis devinrent ainsi les Mississippi Rifles, les « Fusiliers du Mississippi », le mot rifle désignant spécifiquement, en anglais, un fusil rayé, par opposition à musket.

Envoyé au Texas, Davis prend part à la conquête du nord du Mexique – ironie du sort, sous les ordres de son ancien beau-père, Zachary Taylor. Pour les deux hommes, l’instant décisif arrive le 23 février 1847 : le président et généralissime mexicain Antonio Lopez de Santa Anna lance une contre-offensive qui surprend les Américains à Buena Vista, près de Saltillo. 16.000 Mexicains s’abattent sur moins de 5.000 Américains, dont les lignes vacillent. L’intervention de Davis, dont le régiment brise l’élan des Mexicains par une contre-attaque opportune, puis résiste ensuite à leurs assauts renouvelés, s’avère décisive, et les Américains remportent la bataille. Bien que blessé au pied, Davis devient un héros de guerre. Il gagne aussi – tardivement – l’estime de Taylor, dont il conservera l’amitié jusqu’à la mort de celui-ci en 1850 – et ce, en dépit d’opinions politiques diamétralement opposées, puisque Taylor sera élu président sous l’étiquette whig, en 1848.

4_Brierfield_PlantationÀ son retour au pays, Davis ne reste pas longtemps inoccupé. Le gouverneur démocrate du Mississippi le nomme pour succéder au sénateur défunt Jesse Speight, de sorte qu’il retrouve rapidement le Capitole. Il s’y affirme rapidement comme un politicien d’envergure nationale, parmi les principaux défenseurs du droit des États face au gouvernement fédéral, ainsi que de l’extension du système esclavagiste. Au moment de la ratification du traité de paix avec le Mexique, il soutient le président Polk lorsque celui-ci exige en vain des territoires plus vastes que ceux obtenus par le plénipotentiaire américain, Nicholas Trist. Davis réclame également l’acquisition de Cuba auprès de l’Espagne, que ce soit ou non par la force, et soutient les entreprises des flibustiers qui tentent à plusieurs reprises de s’en emparer – même s’il refuse de s’embarquer lui-même dans leurs hasardeuses et finalement vaines expéditions. Davis s’oppose également au compromis de 1850, estimant qu’il ne favorise pas suffisamment l’esclavage dans les territoires pris au Mexique.

5_Jefferson_Davis_1853Bien que reconduit en 1850, Davis démissionne du Sénat l’année suivante pour se porter candidat au poste de gouverneur du Mississippi, mais il est battu. Il ne va toutefois pas rester sans emploi très longtemps. Son fervent soutien à Franklin Pierce lors de l’élection présidentielle de 1852 lui vaut d’être nommé au cabinet présidentiel une fois Pierce élu, comme secrétaire à la Guerre. Il laissera à ce poste le souvenir d’un réformateur infatigable et efficace, augmentant les effectifs de l’armée, qui passe de quinze à dix-neuf régiments. Toujours friand de nouveautés techniques, Davis fait adopter un armement moderne, y compris les fusils rayés dont il avait tant plaidé la cause quelques années auparavant. Les équipements, les uniformes, mais aussi les tactiques, sont modernisés en conséquence, que ce soit sous sa direction ou sur son impulsion. Davis joue également un rôle important dans les premiers projets de chemin de fer transcontinental, dont il est un supporteur enthousiaste, en faisant étudier par le génie militaire les différentes routes possibles.

Pierce ayant échoué à recevoir l’investiture démocrate en 1856, Davis retourne dans le Mississippi où il se fait élire de nouveau sénateur. Quatre ans plus tard, l’élection d’Abraham Lincoln déclenche une crise politique sans précédent, au sujet de laquelle Davis est partagé. D’un côté, ses opinions en faveur du droit des États et de l’esclavage l’incitent à considérer la sécession comme légale et légitime. Mais de l’autre, il la juge risquée et prématurée. Davis craint à juste titre qu’elle ne débouche sur une guerre civile, pour laquelle il sait bien que le Sud est insuffisamment préparé – il a pu le constater lors de son passage au département de la Guerre. Ainsi, lorsque le Mississippi réunit une convention en vue de décider s’il doit faire sécession, Davis s’y oppose. Les délégués votent malgré tout la sécession le 9 janvier 1861 ; quelques jours plus tard, Davis se plie à la volonté de son État et démissionne du Sénat fédéral. Le mois suivant, les délégués des sept États ayant quitté l’Union se réunissent à Montgomery, en Alabama, pour créer les États Confédérés d’Amérique.

6_1861_Davis_InauguralL’essor et la chute de la Confédération

Lorsque la question de doter la nouvelle nation d’un président provisoire se pose, Davis s’avère être un candidat naturel, incarnant les valeurs sur lesquelles repose la Confédération tout en passant pour un modéré en comparaison des « mangeurs de feu » qui ont fait de la sécession leur seul but politique. Le 18 février, il est élu président, un poste qu’il accepte sans l’avoir brigué. Dans les semaines qui suivent, Davis est confronté, comme son adversaire Lincoln, à l’épineux problème posé par la présence d’une garnison fédérale dans le fort Sumter, au cœur du port de Charleston – berceau de la sécession et principal port sudiste sur la côte atlantique. Début avril, les Fédéraux manquent de nourriture, mais une expédition navale nordiste est en route pour leur amener vivres et renforts. Attaquer le fort pour l’obliger à se rendre avant son arrivée ferait passer le Sud pour l’agresseur, mais le laisser être ravitaillé sans rien faire infligerait un sérieux camouflet aux velléités confédérées d’indépendance. Face à ce choix impossible, Davis opte finalement pour l’attaque. Le bombardement du fort Sumter, le 12 avril 1861, marque le début de la guerre de Sécession.

Les premiers mois du conflit semblent donner l’avantage aux Sudistes. Au lendemain de la chute du fort Sumter, quatre nouveaux États esclavagistes font sécession à leur tour lorsque Lincoln leur demande des volontaires pour combattre le Sud, et rejoignent la Confédération. Cette dernière est plus rapide à mobiliser ses forces, et s’avère ainsi mieux préparée à une guerre dans laquelle l’Union ne s’engage que mollement et progressivement. Transférée de Montgomery à Richmond, la capitale sudiste est menacée par une offensive nordiste durant l’été, mais la bataille de Bull Run, ou Manassas pour les Sudistes, s’achève par une retentissante victoire confédérée. À ce stade, l’indépendance de la Confédération paraît en bonne voie. En novembre, Davis est élu président par le Congrès confédéré, cette fois en bonne et due forme, pour un mandat de six ans.

7_ConfederateCabinetPourtant, les choses vont très vite se gâter pour le Sud. En cette même année 1861, la Confédération échoue à rallier à elle les quatre États esclavagistes restants, et seule une minorité de leur population choisit d’épouser la cause sudiste. Dans les premiers mois de 1862, une série d’erreurs va compromettre la situation stratégique confédérée – erreurs dans lesquelles Davis portera sa part de responsabilité. Son choix d’une défense aux frontières de la Confédération, aux motivations plus politiques que militaires, s’avère désastreux dans l’Ouest. En quelques mois, la Confédération perd d’immenses territoires et se retrouve menacée d’être coupée en deux, l’Union contrôlant presque toute la vallée du Mississippi en dehors d’une étroite bande entre Vicksburg et Port Hudson. En outre, le souci du détail de Davis avait rendu de grands services durant son passage au département de la Guerre, mais en tant que président confédéré, il s’avéra contre-productif. Les ingérences de Davis lui aliénèrent plusieurs généraux de haut rang, qu’il remplaça par des amis en qui il avait toute confiance. Si ce choix fut heureux en ce qui concernait Robert Lee, il en fut autrement dans l’Ouest, où le commandement prolongé de Braxton Bragg contribua à dégrader encore un peu plus la situation.

Le caractère difficile de Davis exacerba encore ces problèmes. D’une nature autoritaire et peu patient avec ses contradicteurs, le président sudiste souffrait également d’une santé précaire, en particulier d’une névralgie du visage affectant le nerf trijumeau – une maladie extrêmement douloureuse. Ses relations avec ses généraux et ses ministres n’en étaient que plus tendues. En outre, Davis était confronté aux nécessités d’une guerre moderne, industrielle et totale, d’un genre encore inédit ou presque. Chantre du droit des États, le président sudiste se retrouva soudainement contraint de prendre des décisions favorisant au contraire l’autorité du gouvernement confédéré. Ceci le mit en butte aux protestations des gouverneurs des États, mais aussi de membres de son cabinet (à commencer par son vice-président, Alexander Stephens), dont l’action contraire gêna l’effort de guerre confédéré. Il résulta de cette situation une instabilité ministérielle considérable.

8_cwhitehouseLe leitmotiv de Davis – « Tout ce que nous demandons est qu’on nous laisse tranquilles » – orienta le Sud vers une guerre défensive qu’il n’avait que peu de chances de remporter. Le président sudiste n’eut pas que des influences néfastes, notamment par le biais des rares hommes à s’accommoder de son caractère. Son goût pour l’innovation technique se manifesta notamment dans le domaine de la marine, où il laissa à son ministre, Stephen Mallory, la bride sur le cou pour développer des navires révolutionnaires – cuirassés et même sous-marins – dans le but de compenser la supériorité navale écrasante de l’Union. Un effort considérable d’industrialisation fut mené, compte tenu des faibles moyens dont disposait le Sud à cet égard. Enfin, les tentatives de la Confédération pour obtenir la reconnaissance diplomatique des grandes puissances européennes, si elles échouèrent, n’en permirent pas moins d’obtenir des soutiens officieux, amenant ainsi dans les ports sudistes des fournitures de guerre indispensable pour que l’armée confédérée poursuive la lutte.

Malgré tout, lentement étouffée par le blocus naval nordiste, écrasée par la puissance industrielle de l’Union, la Confédération perdit la guerre. En 1863, Port Hudson et Vicksburg tombèrent aux mains des Fédéraux, ce qui coupa le Sud en deux. Davis perdit à cette occasion sa plantation de Brierfield, incendiée par les soldats nordistes – détruire les propriétés des chefs politiques adverses était une pratique courante durant la guerre de Sécession, dans un camp comme dans l’autre. Dans l’Est, les victoires remportées par les généraux Jackson et Lee éclipsèrent un temps les revers subis dans l’Ouest, mais les tentatives du second pour remporter une bataille décisive sur le sol nordiste furent mises en échec à Antietam et Gettysburg. Vers la fin de 1864, le seul espoir de la Confédération était de faire traîner la guerre autant que possible dans l’espoir d’empêcher la réélection de Lincoln. Lorsque cette dernière survint malgré tout, le sort du Sud en tant que nation indépendante était scellé.

9_1885JeffersonDavisL’icône de la « Cause perdue »

Le 3 avril 1865, Richmond était devenue intenable, obligeant le gouvernement confédéré à se replier sur Danville. Six jours plus tard, la capitulation du général Lee à Appomattox Court House fit qu’il n’y avait désormais plus d’armée pour protéger Davis et son cabinet. Ces derniers s’acheminèrent lentement vers le sud, espérant échapper aux soldats nordistes pour prendre un bateau à destination de l’Europe. Plusieurs dirigeants confédérés suggérèrent de continuer la lutte par le biais de la guérilla, ou de former un réduit sudiste au Texas, mais Davis s’y opposa. Il finit par dissoudre formellement les institutions confédérées le 5 mai. Cinq jours plus tard, Davis et sa suite furent capturés par une patrouille nordiste en Géorgie.

Emprisonné à la forteresse Monroe, en Virginie, Davis fut inculpé de trahison, dans la lignée des mesures de représailles consécutives à l’assassinat d’Abraham Lincoln, le 15 avril. Il y resta deux ans. L’émotion retombée, son traitement parut excessivement dur à la majorité de la classe politique, y compris parmi les républicains les plus radicaux. Thaddeus Stevens, chantre d’une politique ferme vis-à-vis du Sud, offrit même d’assurer sa défense à son procès, estimant que puisque les États sudistes avaient d’eux-mêmes quitté l’Union pour former une nation indépendante, Davis était le ressortissant d’un pays conquis et n’avait pas à être jugé pour trahison envers un pays qui n’était pas le sien. Ce raisonnement n’était pas gratuit : il permettait dans le même temps à Stevens de légitimer l’application aux États du Sud de lois dont la constitutionnalité était douteuse. Davis fut finalement libéré en 1867, après le paiement d’une caution exorbitante dont s’acquittèrent des politiciens du Nord comme du Sud. Il ne sera jamais jugé, et les charges pesant contre lui seront abandonnées.

10_JeffDavisFuneralOnCampStreet1889Bien que vertement opposé à la politique nordiste de « Reconstruction » du Sud, Davis maintint profil bas durant plusieurs années. Même si son personnage était diversement apprécié par les Sudistes, la mort de Robert Lee en 1870 en fit une figure emblématique de la « Cause perdue » des Confédérés, notamment par le biais de son autobiographie (Essor et chute du gouvernement confédéré, 1881). Il joua également un rôle important au sein de la première génération d’historiens de la guerre de Sécession, ceux ayant joué un rôle direct dans le déroulement des événements. Cette « histoire par ceux qui l’ont faite » se concrétisa, dans son cas, par Une brève histoire des États Confédérés d’Amérique, parue en 1889. En 1874, il tenta un retour à la politique et se fit élire à nouveau sénateur du Mississippi, mais le quatorzième amendement à la constitution des États-Unis rendait inéligibles les personnes ayant occupé des fonctions au sein du gouvernement confédéré, si bien que son élection fut invalidée.

Ayant perdu l’essentiel de ses revenus avec la destruction de sa plantation, Davis subsista essentiellement de ses rentes littéraires et de la générosité de ses concitoyens. Durant les dernières années de sa vie, il devint plus populaire qu’il ne l’avait jamais été en tant que président de la Confédération, n’ayant jamais prêté d’attention sérieuse aux difficultés quotidiennes de la population sudiste – disette, notamment – durant la guerre. Il se vit même léguer une plantation près de Biloxi, sur la côte du golfe du Mexique, où il termina confortablement son existence. Cette dernière ne fut pas exempte de drames personnels : des six enfants qu’il eut de Varina Howell, Davis en enterra quatre – une situation faisant curieusement écho à celle de Lincoln, dont un seul des quatre fils atteignit l’âge adulte. Jefferson Davis mourut en 1889, et se vit offrir des obsèques grandioses à la Nouvelle-Orléans. Quelques années plus tard, il fut inhumé à nouveau en grande pompe, cette fois à Richmond.

Il n’est pas aisé d’évaluer l’importance du rôle de Davis dans l’histoire des États-Unis. Son existence agitée et aventureuse fut, par bien des aspects, à cent lieues de celle de son principal adversaire durant la guerre de Sécession, Abraham Lincoln. Des différences, assorties de quelques similitudes, qui pourraient donner lieu à un essai d’histoire biographique comparative que ne renierait pas un Plutarque dans ses Vies parallèles, eût-il vécu à l’époque contemporaine. Plus qu’un symbole de la Confédération, Davis synthétisait à lui seul les valeurs que le Sud défendait et pour lesquelles il s’est battu jusqu’à la dernière extrémité. Un système esclavagiste et clientéliste, profondément attaché à sa culture, et dont Davis, pris entre sa loyauté envers les droits des États et sa volonté d’y apporter – à l’occasion – pragmatisme et modération, symbolisait aussi les contradictions. Un symbole désormais gravé dans la pierre, aux côtés de Robert Lee et Stonewall Jackson, au monument de Stone Mountain, l’équivalent sudiste du mont Rushmore.

11_Stone_Mountain_Carving_2Le monument de Stone Mountain. Davis se tient à gauche, Lee au centre et Jackson à droite.

 

 

Sources

Aucune biographie de Jefferson Davis ne semble exister en français. La version anglophone de Wikipédia a donc été mise, de nouveau, à contribution. L’article de l’Encyclopedia Virginia à son sujet est également d’excellente facture, avec une iconographie variée. Dans son ouvrage généraliste La guerre de Sécession, James McPherson consacre plusieurs passages détaillés quant au rôle de Davis durant le conflit. Ses propres écrits, enfin, peuvent être trouvés gratuitement en ligne, notamment sur le site du Projet Gutenberg.

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