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Les armées de la guerre de Sécession (7/7)

CSAGeneralMener au combat des forces telles que les belligérants de la guerre de Sécession en alignèrent impliquait avant toute chose de les encadrer. Ce n’est pas le millier d’officiers de l’armée régulière de 1860 qui allait suffire à cette tâche ; et ce, même en rappelant au service ceux qui avaient quitté l’armée pour une raison ou pour une autre. L’ensemble des académies militaires du pays ne formant pas plus de quelques dizaines d’officiers par an, c’est par d’autres moyens qu’il allait falloir trouver des cadres compétents.  

Le commandement et les généraux

Comme on l’a vu précédemment, l’usage, parmi les unités de volontaires, tant au Nord qu’au Sud, voulait que les officiers soient élus par les soldats de chaque régiment. Si ce système permit de parer au plus pressé en fournissant de facto des gradés, les résultats étaient assez aléatoires, puisque les cadres ainsi désignés ne l’étaient pas nécessairement pour leurs qualités martiales. Peu étaient d’anciens officiers de carrière, certains étaient issus de la milice de leur État, la plupart n’avaient aucune expérience de la chose militaire.

NathanBedfordForrestFréquemment, les élus étaient des notables – avocats, médecins, hommes politiques, représentants au Congrès – ou simplement des hommes habiles à persuader leurs compagnons de leur confier un grade d’officier – et les avantages qui allaient de pair. Certains parmi les plus aisés avaient eux-mêmes financé le recrutement et l’équipement du régiment, à l’instar par exemple de Nathan Forrest, devenu un des hommes les plus riches du Sud en faisant commerce des esclaves. C’est tout naturellement que ces généreux donateurs se retrouvaient ensuite à la tête de ces régiments, nonobstant leurs qualités militaires réelles.

Beaucoup ne jugèrent guère utile de s’exercer, surtout dans l’optique d’une guerre courte, et le système des officiers élus montra ses limites dès les premiers combats, où l’amateurisme de beaucoup d’entre eux se dévoila de manière criante. Nombre de batailles furent livrées dans la confusion la plus totale, par des officiers sans expérience, mais surtout sans talent. Il fallut, dans les deux camps, faire le tri, à commencer par les alcooliques : ce fut le cas, par exemple, du colonel Dixon Miles, qui commandait une division nordiste à Bull Run (21 juillet 1861), où il était tout simplement ivre.

Ceux qui s’étaient montrés compétents furent, petit à petit, promus à leur place, et on n’hésitait pas à les sortir du rang si nécessaire. Les plus sérieux d’entre eux s’appliquèrent à compulser, durant le temps libre que leur laissait l’entraînement de leurs hommes, les manœuvres et les combats, les nombreux manuels d’instruction existant : sur les tactiques de chaque arme, sur la formation des recrues, sur le combat à l’arme blanche, sur les fortifications de campagne… Les manuels qui régissaient l’armée fédérale avant guerre furent complétés par d’autres, spécialement dédiés aux unités de volontaires. Dans un camp comme dans l’autre, le corps des officiers se professionnalisa graduellement, comme le reste de l’armée.

Mais les officiers allaient très vite être confrontés à un autre tri, celui opéré par les pertes. Partageant la vie de leurs hommes dans leurs campements, ils souffrirent – et pour certains, moururent – des mêmes maladies. Plus encore, ils subirent au combat des pertes considérables. La seule bataille de Franklin (30 novembre 1864) coûta à l’armée sudiste 12 généraux et 57 commandants de régiments tués, blessés ou capturés en l’espace de quatre heures. Et à Gettysburg (3 juillet 1863), la division sudiste du général Pickett perdra tous ses commandants de brigades et de régiments en un laps de temps plus court encore. Les officiers subalternes devant remplacer au pied levé leurs supérieurs tués ou blessés à la tête de l’échelon supérieur, plus d’une fois, des régiments décimés se retrouveront commandés par de simples capitaines.

Parmi les facteurs expliquant ces pertes – outre le fait que, de façon générale, elles étaient déjà élevées – se trouve l’armement : les fusils à canon rayé, qui se sont généralisés, sont précis et portent loin, alors que dans le même temps les tactiques n’ont guère évolué depuis les guerres napoléoniennes. On se bat toujours en rangs serrés, et les officiers, qui commandent de l’avant, au milieu de leurs hommes, constituent des cibles faciles et prioritaires pour les tireurs ennemis. Ils troqueront bientôt leurs uniformes flamboyants pour des tenues discrètes, plus proches de celles de leurs soldats, et les officiers supérieurs perdront la désormais dangereuse habitude de mener leurs régiments à cheval.

Le cas des généraux est tout autre. Ceux-ci, en effet, ne sont pas concernés par le processus électif des régiments de volontaires. Leur nomination, au Nord comme au Sud, réclame une procédure beaucoup plus formelle ; elle doit au minimum faire l’objet d’un décret du président, lequel doit être ensuite ratifié par le Congrès, puis contresigné par le secrétaire à la Guerre. Mais devant les besoins générés par le conflit, cela n’allait pas être une garantie contre l’incompétence ou la médiocrité.

Il y aura, durant la guerre de Sécession, près d’un millier de généraux : pour être précis, 564 Nordistes et 401 Sudistes. Officiers et anciens officiers de l’armée fédérale, mais aussi anciens élèves des académies militaires, constitueront le principal vivier dans lequel les belligérants puiseront leurs généraux. Mais on comptera aussi parmi des gens qui étaient déjà généraux dans la milice de leur État ; voire même des hommes sans aucune expérience militaire préalable, élus officiers par les volontaires, puis sortis du rang au gré des promotions et des pertes parmi leurs supérieurs.

GeorgeMcClellanD’autres étaient tout simplement… des hommes politiques. Partisans farouches de la sécession ou du droit des États, ou au contraire défenseurs de l’intégrité de l’Union ou abolitionnistes convaincus, ils usèrent de leur influence politique et de leurs relations pour être nommés généraux avec, bien souvent, l’arrière-pensée d’utiliser leurs faits d’armes escomptés pour soutenir leur carrière ultérieure. Ce sera le cas par exemple de Benjamin Butler, sénateur du Massachusetts, John Breckinridge, adversaire sudiste de Lincoln aux élections présidentielles de 1860, ou encore de l’ambitieux George McClellan (qui lui, avait effectivement une formation d’officier) qui allait utiliser la notoriété acquise durant son commandement pour se présenter contre ce même Lincoln aux présidentielles de 1864.

De ce fait, la qualité des généraux allait s’avérer assez hétérogène, les militaires professionnels côtoyant des politiciens sans expérience. Les premiers étaient évidemment plus favorisés que les seconds, mais ils seraient faux de dire qu’ils étaient toujours meilleurs : certains généraux politiques se révélèrent être de brillants tacticiens, alors que d’autres issus de West Point furent de médiocres meneurs d’hommes.

On lit fréquemment que, au moins au début de la guerre, le commandement sudiste était supérieur à son homologue nordiste. C’est vrai en ce qui concerne le front Est et l’armée de Virginie septentrionale – celle dont Lee allait prendre le commandement en 1862. Mais c’est un peu l’arbre qui cache la forêt : s’il fallut attendre l’été 1863 pour que Lee et ses généraux trouvent des adversaires à leur mesure, dans l’Ouest en revanche, le commandement confédéré allait dès le départ s’avérer globalement inférieur à ses ennemis. La seconde moitié du conflit verra une sorte de « rééquilibrage », l’Union transférant vers l’Est les généraux à l’origine des victoires stratégiques remportées dans l’Ouest. Si bien qu’au final, les qualités des généraux des deux camps finit par s’équilibrer, le Nord comme le Sud ayant chacun leur lot de génies autant que d’incompétents.

Côté nordiste, nombre de généraux furent des officiers, servant initialement dans l’armée régulière, mais affectés à l’armée des volontaires pour l’encadrer, à un grade souvent notablement supérieur à leur rang initial… qu’ils conservaient par ailleurs. Comme leur service pouvait leur valoir des promotions par brevet aussi bien dans l’armée régulière que dans celle des volontaires, certains terminèrent la guerre avec quatre grades différents ! C’est ainsi que George Custer, major-général des volontaires, l’était également dans l’armée régulière, mais par brevet… si bien que lorsque la guerre s’acheva, il retrouva le grade qui était le sien dans l’armée régulière, celui d’un simple major.

La situation était moins complexe dans le camp sudiste, où la promotion par brevet ne fut jamais pratiquée. L’armée régulière confédérée étant restée embryonnaire, la plupart des généraux sudistes ne portèrent que le grade qui était le leur dans l’armée provisoire de la Confédération – l’équivalent sudiste de l’armée des volontaires.

Lincoln_and_generals_at_AntietamLa hiérarchie entre les généraux fut également différente d’un camp à l’autre. Restant fidèle à l’organisation d’avant-guerre, l’armée nordiste n’utilisa guère que deux grades, brigadier-général (insigne à une étoile) et major-général (deux étoiles). Comme dans le reste de la chaîne de commandement, deux généraux de grade égal déterminaient lequel des deux était supérieurs à l’autre en fonction de leur ancienneté à ce rang. Quant au grade de lieutenant-général, quasiment honorifique (il n’avait été porté que par George Washington), il fut conféré à Grant lorsque celui-ci prit le commandement en chef de toutes les armées de l’Union, en 1864.

La Confédération, pour sa part, fut un peu plus prolixe en généraux. Elle nomma plus volontiers des lieutenants-généraux, notamment parmi les commandants de corps d’armée, et créa un grade encore supérieur, simplement appelé « général » (parfois écrit full general en anglais). Il y en eut sept en tout. Détail curieux, il n’y a pas de distinction d’uniforme entre les différents grades de généraux confédérés : tous les quatre portent le même insigne à trois étoiles – une grande flanquée de deux autres plus petites.

Tout autant que leurs officiers et leurs hommes, ces généraux subirent des pertes élevées : un général nordiste sur vingt mourut au combat, et un sudiste sur dix, sans compter les quelques-uns qui moururent de maladies contractées en service. De fait, une brigade se commande en principe de l’avant, exposant le général qui est à sa tête. Même si les échelons supérieurs nécessitent quant à eux de rester plus en retrait, l’absence de transmissions efficaces autres que les ordres écrits ou verbaux les oblige à rester près de la ligne de feu, ce que la portée et la précision accrues des fusils comme de l’artillerie rendait d’autant plus dangereux.

Sources

Pour approfondir cette série d’articles sur les armées de la guerre de Sécession, on pourra se référer aux sources suivantes :

-    La guerre de Sécession, de James McPherson : paru en 1988 aux Etats-Unis, édité en France par Robert Laffont (collection Bouquins), cet ouvrage lauréat du prix Pulitzer reste la référence pour une approche complète du conflit.
-    Les deux articles de l’encyclopédie en ligne anglophone Wikipedia, respectivement sur les armées nordiste et sudiste, sont très synthétiques, mais renvoient à plusieurs articles connexes et liens externes très utiles pour approfondir le sujet.
-    Le site USRegulars.com regroupe des sources précieuses sur l’état et l’organisation de l’armée fédérale avant la guerre de Sécession, ainsi que sur son service durant le conflit.
-    Civilwarhome.com met à disposition de nombreux documents, extraits d’ouvrages historiques, ou bien textes directement tirés des Official Records, compilation des archives nordistes et sudistes publiées après la guerre par le gouvernement des Etats-Unis. Plusieurs textes présentent un intérêt au sujet des armées de cette période, notamment dans les sections consacrées respectivement aux armées et aux articles divers.
-    L’Université du Tennessee héberge un index consacré aux généraux des deux camps, avec pour chacun une biographie succincte, ainsi que d’autres données, le tout rédigé par l’Australien Kerry Webb.

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