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Les armées de la guerre de Sécession (3/7)

lee1859On le voit, l'armée des Etats-Unis est, en 1860, faible et dispersée. Sa présence dans l'Ouest étant déjà indispensable, on comprend mieux comment la sécession des États du Sud a pu se produire, et les sécessionnistes s'emparer de la quasi-totalité des installations militaires fédérales dans le Sud, pratiquement sans rencontrer de résistance. Même si le nombre reste un facteur prépondérant - Napoléon Bonaparte ne disait-il pas "Dieu est toujours du côté des plus gros bataillons" ? - la composition de l'armée et la qualité du personnel ont aussi leur importance.

 

Les hommes : soldats et officiers

Militaires professionnels, les quelques 2.500 sous-officiers et 12.500 hommes du rang de l’armée fédérale sont, en règle générale, plutôt bien entraînés. En fonction de leurs affectations, ils sont même plutôt aguerris, même si les combats auxquels ils participent contre les Amérindiens ne sont le plus souvent que de petites escarmouches en comparaison des hécatombes de la guerre civile à venir. Le sous-effectif chronique de l’armée s’explique en partie parce que, pour les hommes de troupe, la carrière militaire est peu attirante. Les conditions de vie dans les postes et les fortins de l’armée sont souvent précaires, en particulier sur le plan sanitaire, et les maladies – notamment le typhus propagé par les poux, le choléra, ou le scorbut causé par une malnutrition fréquente – tuent bien plus fréquemment que les balles ou les flèches des Indiens. Les engagés sont donc très fréquemment des immigrants de fraîche date, entrés dans l’armée pour démontrer leur dévouement envers leur nouvelle patrie ou, plus prosaïquement, pour avoir le gîte et le couvert et échapper à la misère des quartiers pauvres des grandes villes. Malgré les difficultés de la vie de soldat, et le peu d’estime dont font preuve leurs concitoyens à leur égard (les soldats sont souvent vus comme le rebut de la société, des hommes trop fainéants pour travailler normalement), ils feront cependant preuve d’une loyauté sans faille envers le gouvernement fédéral : lors du déclenchement de la guerre, seuls 26 sous-officiers et hommes du rang démissionneront pour rejoindre les forces confédérées.

Les cadres sont nombreux puisqu’on compte un peu plus d’un millier d’officiers. Étant de taille réduite, l’armée fédérale peut se permettre des critères de sélection relativement drastiques et de ce fait, le niveau d’encadrement et de formation est plutôt élevé. La grande majorité des officiers – 824 sur 1.085 – est issue de l’académie militaire nationale de West Point, dans l’État de New York. Le reste provient d’écoles militaires privées, situées en majorité dans le Sud et dont certaines sont assez cotées, comme par exemple l’Institut militaire de Virginie à Lexington, ou le Collège militaire de Caroline du Sud – plus communément appelé « la Citadelle » – à Charleston.

Si les officiers sont relativement nombreux, leurs perspectives d’avancement sont en revanche plutôt réduites. D’une part, les débouchés sont rares : on compte une centaine d’officiers supérieurs seulement et concrètement, la plupart des officiers ne dépasseront jamais le grade de capitaine. D’autre part, l’institution militaire états-unienne est alors une bureaucratie très lourde, régie par des règles d’avancement et de promotion très strictes. Un officier ne peut être promu que si une place se libère au grade supérieur ; dans ce cas de figure, son remplaçant est désigné à l’ancienneté : les officiers plus jeunes, même plus brillants, doivent attendre leur tour. Ce système conduit parfois à changer d’arme : ainsi, le futur général sudiste Robert Lee dut quitter le corps du génie, dans lequel il avait servi pendant 25 ans, mais où il végétait au grade de capitaine, pour poursuivre sa carrière dans la cavalerie.

general_winfield_scottLe système est encore plus figé par l’absence de limite d’âge : les officiers peuvent rester en place aussi longtemps qu’il leur sied. Un petit exemple avec les généraux. Ceux-ci sont au nombre de quatre : un major-général, qui assure le commandement de l’armée, et trois brigadiers-généraux. Le commandant en chef est toujours Winfield Scott, qui occupe ce poste depuis 1841 et est alors âgé de 74 ans. Les autres généraux sont dans une situation similaire : John Wool, 76 ans, a été promu la même année que Scott ; David Twiggs, général depuis 1846, a quant à lui 70 ans et William Harney, 60 – mais il vient à peine d’être promu, en 1858.

Ainsi contraints d’attendre des années une promotion qui ne dépendra de toute manière pas de leurs qualités de chef, beaucoup d’officiers perdent patience et retournent à la vie civile, à la recherche d’autres moyens d’assurer leur carrière. Environ la moitié des diplômés de West Point finissent ainsi par démissionner au bout de quelques années, utilisant leur formation d’officier, très estimée, comme tremplin. Conscient de ces problèmes, le gouvernement a depuis longtemps mis en place un système d’avancement « fictif », la promotion par brevet. Celle-ci est attribuée au mérite, ce qui permet de contrebalancer le poids prépondérant de l’ancienneté. Le principe est le suivant : un officier (un capitaine, par exemple) qui se signale par ses qualités lors de son service reçoit une de ces promotions : outre la distinction qu’il en retire (l’armée américaine ne distribue alors aucune décoration, si ce n’est, parfois, quelques « armes d’honneur » le plus souvent réservées aux généraux), il devient « major par brevet ». Cela signifie qu’il reste capitaine (il continue d’en porter les insignes et d’en percevoir la solde), mais dès qu’une place de major deviendra disponible, il aura priorité sur tous les autres capitaines pour l’obtenir. S’il se voit octroyer ultérieurement un brevet de lieutenant-colonel, il pourra le cas échéant être promu à ce grade directement, toujours à condition qu’un poste soit libre – et qu’il n’y ait pas d’autre lieutenant-colonel par brevet avec une ancienneté à ce grade qui soit supérieure à la sienne.

Si au moment de la sécession la question de la loyauté de la troupe ne se posa même pas, il en alla tout autrement de celle des officiers. Plus impliqués dans la vie politique que leurs hommes, ceux-ci furent divisés autant que le pays et beaucoup d’entre eux démissionnèrent. Leurs motivations furent variées : adhésion sincère aux idéaux politiques du Sud, allégeance envers leur État d’origine plutôt qu’envers le gouvernement fédéral, refus de porter les armes contre leurs compatriotes, voire même attrait pour les perspectives de carrière offertes par la création de la nouvelle armée confédérée. L’exemple le plus connu est encore une fois celui de Lee, adversaire de la sécession, mais qui refusa le commandement d’une armée nordiste dès lors que cela l’aurait amené à combattre son État d’origine, la Virginie. Il démissionna donc, avant de prendre le commandement de la milice virginienne, puis de rejoindre l’armée sudiste lorsque la Virginie intégra la Confédération.

On lit souvent que le nombre d’officiers de carrière qui s’alignèrent du côté du Sud était proportionnellement plus élevé que la population de leurs États, expliquant ainsi la supériorité apparente du commandement confédéré lors des premières années de la guerre, mais c’est inexact. Sur 824 officiers issus de West Point, 296 quittèrent l’armée en 1861, et seulement 184 devinrent officiers dans les forces sudistes. De plus, seuls 99 des quelques 900 anciens officiers qui étaient retournés à la vie civile s’engagèrent dans l’armée confédérée, alors qu’environ 400 se mirent au service du gouvernement fédéral. Même si la proportion était plus importante parmi les officiers sortis des autres académies militaires du pays, ceux ayant choisi de servir le Sud restèrent nettement minoritaires.

Pendant la guerre, bon nombre de ces officiers allaient, dans les deux camps, devenir généraux et accéder à des commandements importants, à la tête desquels ils allaient s’affronter les uns les autres. Le fait qu’ils aient servi ensemble à West Point, une institution où l’esprit de corps est prépondérant, puis dans leurs différentes affectations successives – y compris, pour certains d’entre eux, durant la guerre contre le Mexique – met au jour la nature fratricide de la guerre de Sécession de manière évidente, à tel point que ce thème précis constituera par la suite une source d’inspiration intarissable pour les auteurs de fictions.

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Ce groupe de reconstituteurs de l'association américaine Sykes' Regulars porte l'uniforme de l'armée régulière, tel qu'il était juste avant le déclenchement de la guerre de Sécession.

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