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Les armées de la guerre de Sécession (5/7)

1stohioflagSi lever une armée est une chose, l’organiser pour en faire une force capable de se battre efficacement en est une autre, et les belligérants de la guerre de Sécession allaient très vite l’apprendre à leurs dépens. Comme on l’a vu, il n’existe pas, en temps de paix, d’échelon supérieur à celui du régiment. Toutefois, les régiments de volontaires ne comprenant pas plus de 800 à 1.000 hommes, des armées de plusieurs dizaines de milliers de combattants n’allaient pas pouvoir être organisées sans l’établissement d’une structure hiérarchique comprenant plusieurs échelons.

L'organisation des armées

flag69irishbrigade3Le premier de ces échelons est la brigade. En principe, la brigade comprend trois ou quatre régiments, mais dans la pratique, il arrive qu’il y en ait davantage, surtout si l’effectif des régiments concernés est réduit. Elle est normalement commandée par un brigadier-général, mais il arrive fréquemment que ce rôle échoit au colonel – c’est-à-dire au commandant de régiment – avec le plus d’ancienneté à ce grade. Dans l’armée sudiste, les brigades sont assez souvent formées par des régiments originaires d’un même État. A contrario, les brigades nordistes sont davantage mixtes du point de vue de l’origine géographique. Dans les deux cas, il ne s’agit pas de règles absolues. L’affectation des régiments aux brigades ne suivant pas un plan préétabli, elle n’est pas fixe, et une brigade peut se voir renforcée ou affaiblie en fonction des besoins.

Sur le champ de bataille, la brigade constitue l’unité tactique de base dans tous les engagements importants. Les meilleures d’entre elles développent un esprit de corps important et finissent par constituer des unités d’élites, telles que la Stonewall Brigade ou les Louisiana Tigers sudistes, ou bien l’Iron Brigade et l’Irish Brigade nordistes. Au sein des forces confédérées, elles ne sont généralement pas numérotées, mais plutôt désignées par le nom de leur commandant ; si ce dernier est un leader emblématique, elles peuvent en garder le nom même après qu’il ait été remplacé. Les brigades nordistes sont quant à elles numérotées, le plus souvent au sein d’une même division (chaque division a ainsi une « première brigade », une « deuxième », etc.), plus rarement au sein d’une même armée (comme ce fut le cas dans l’armée du Tennessee au début de l’année 1862). Dans tous les cas de figure, dans la pratique, les généraux se référaient à elles par le nom de celui qui les commandait. Enfin, certaines brigades sont simplement désignées par le surnom dont elles ont hérité au cours de leur service.

IIcorpsbadgeL’échelon suivant est la division. Contrairement à la brigade qui est constituée exclusivement – sauf cas rares – d’infanterie ou de cavalerie, la division est le premier échelon interarmes : chacune d’entre elles se voit généralement affecter un bataillon d’artillerie, à raison d’une batterie par brigade – sachant qu’une division comprend généralement trois ou quatre brigades, rarement plus. Les divisions sont désignées de la même manière que les brigades, au Nord comme au Sud. Au début de la guerre, elles constituent les subdivisions les plus importantes au sein d’une armée mais rapidement, il faudra créer un échelon encore supérieur.

Il s’agit du corps d’armée. Jusque-là inédits au sein de l’armée américaine – la plus haute subdivision d’armée employée lors des conflits précédents était la division – les corps d’armée furent créés en mars 1862 par le général McClellan. D’abord limités à la principale armée nordiste, celle du Potomac, ils seront ensuite étendus dans toutes les forces de l’Union. Contrairement aux divisions et aux brigades, les corps nordistes sont numérotés suivant une seule série, quelle que soit leur affectation, et ils sont créés par décret présidentiel. En tout, il y en eut vingt-cinq. Dans l’armée du Potomac, où il y eut jusqu’à six corps d’armée, un échelon intermédiaire exista brièvement en 1862 : la « grande division », qui regroupait deux corps.

Les Confédérés constituèrent eux aussi des corps d’armée, mais en moins grand nombre – leurs armées étaient souvent plus réduites – et de façon moins formelle. Ils apparurent en juin 1862 lorsque Robert Lee réorganisa l’armée de Virginie septentrionale en deux « ailes », rebaptisées formellement « corps » en septembre. Contrairement à leurs homologues nordistes, les corps sudistes étaient numérotés au sein d’une même armée, souvent désignés par le nom de leur commandant, et ne furent employés que dans les principales armées confédérées. Un corps d’armée nordiste comprend au mieux trois ou quatre divisions, un corps sudiste souvent davantage.

Viennent ensuite les armées. Ces dernières étant des créations ad hoc, leur importance varie beaucoup en fonction de la mission à laquelle elles sont destinées, allant de la simple brigade à une force comprenant plusieurs corps. Elles sont généralement nommées d’après la zone géographique où elles vont opérer, et leur nom est le plus souvent fixe dans la mesure où leur création procède d’un décret du pouvoir exécutif – ce dans les deux camps. C’est au niveau de l’armée que sont gérées les affaires relevant de l’intendance, de l’administration, de la police militaire ou des divers services auxiliaires.

Il y eut toutefois, au cours de la guerre de Sécession, quelques tentatives pour coordonner entre elles l’action de plusieurs armées sur un même théâtre d’opération. Ce fut notamment le cas pour les troupes fédérales de l’Ouest – comprendre « entre les Appalaches et le Mississippi ». Initialement groupées en trois armées distinctes, à savoir celles du Tennessee, du Cumberland et de l’Ohio, elles allaient toutefois être subordonnées à un échelon supérieur, la division militaire du Mississippi. Commandée par Halleck, puis Grant, et enfin Sherman, elle allait contrôler jusqu’à cinq armées simultanément, jouant un rôle prépondérant dans la victoire finale. Rien de tel n’exista au sein des forces armées confédérées, l’idéologie décentralisée qui avait présidé à la naissance de la Confédération s’avérant un obstacle à ce type de coordination centralisée – une absence dont la stratégie sudiste souffrit terriblement. La seule opération multiple d’envergure, décidée par le président Davis en personne, sera la triple offensive de R.E. Lee dans le Maryland, E.K. Smith dans le Kentucky, et Van Dorn dans le Mississippi, à la fin de l’été et au début de l’automne 1862. Toutefois, ces offensives ne seront pas réellement coordonnées, mais seulement simultanées.

23ncflagLa même dichotomie se retrouve au niveau du commandement suprême. L’armée fédérale comporte un commandant en chef (ou plutôt un « général commandant », le titre formel de commandant en chef revenant au président), qui a pour mission d’élaborer la stratégie globale et d’assister le président dans sa mise en œuvre. Il s’agit initialement de Winfield Scott ; le vieux général s’avérant très vite trop âgé pour remplir son devoir, il est remplacé en novembre 1861 par George McClellan. Toutefois, celui-ci est écarté dès mars 1862 afin de l’obliger à se concentrer sur l’offensive de l’armée du Potomac contre Richmond ; il est relayé par une commission temporaire (War Board) présidée directement par Abraham Lincoln et le secrétaire à la Guerre, Edwin Stanton. L’armée de l’Union retrouvera un « général commandant » avec Henry Halleck, nommé en juillet 1862 et remplacé en mars 1864 par Ulysses Grant. Côté sudiste, seul le président Jefferson Davis peut exercer semblable autorité, et celle-ci lui est bien sûr régulièrement contestée par ses opposants politiques. Robert Lee sera formellement nommé commandant en chef, mais seulement en mars 1865, bien trop tard pour que cela serve à quoi que ce soit.

Les organisations précédemment décrites sont surtout valables pour l’arme qui constitue la majeure partie – plus ou moins 80% selon la période et le camp considéré – des armées de la guerre de Sécession, à savoir l’infanterie. La cavalerie, quant à elle, a été employée quelque peu différemment. Au début du conflit, les généraux nordistes ne lui envisagent pas d’autre utilité que mener des actions de reconnaissance ou d’escorte. De ce fait, les unités de cavalerie nordistes sont initialement dispersées à travers toute l’armée, chaque échelon – brigade, division ou corps d’armée – se voyant affecter un régiment ou quelques compagnies de cavalerie en fonction des besoins. Les Sudistes, pour leur part, n’en firent rien : constatant dès l’hiver 1861-62 l’efficacité d’une force exclusivement composée de cavalerie pour mener des raids contre les lignes de communication et de ravitaillement de l’ennemi, ils organisèrent brigades, divisions et même corps de cavalerie, sur le même modèle que l’infanterie. Il faudra attendre le printemps 1863 pour que leurs adversaires se décident à les imiter, avec la création du corps de cavalerie de l’armée du Potomac.

L’organisation de l’artillerie de campagne variera également beaucoup. Vers la fin de la guerre, les Nordistes abandonneront le système précédent (un bataillon d’artillerie par division) et grouperont tous les bataillons d’artillerie d’un même corps au sein d’une brigade d’artillerie, permettant au commandant du corps d’armée de concentrer son artillerie à son gré au cours de l’engagement. Il sera également constitué des brigades d’artillerie de réserve, utilisées à la discrétion du commandant d’armée afin, le cas échéant, de fournir un soutien décisif. Manquant chroniquement de canons, et plus encore de munitions, l’artillerie sudiste n’atteindra jamais ce niveau, et restera plus proche de l’ancien système. En plus des bataillons divisionnaires, quelques bataillons d’artillerie de réserve seront affectés aux échelons supérieurs, corps d’armée et armée.

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