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Guerre de Sécession : la bataille pour le fort Sumter (2/4)

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L’affrontement qui se préparait à Charleston n’était que l’aboutissement d’une crise de près de quatre mois. Il y avait une grande différence de perception entre les dirigeants, l’opinion publique, et la presse, qui y avaient assisté à l’échelle nationale, « macro-historique », et ceux qui se trouvaient au cœur même de l’événement, la garnison du fort Sumter et les autres acteurs de l’événement qui allait déclencher la guerre de Sécession. Cette vision « micro-historique » n’est pas dénuée de tout intérêt pour l’historien.


 

Un fort inachevé

En dehors du Texas, où environ un quart de l’armée fédérale stationnait pour sécuriser la frontière avec l’instable Mexique (avant de le quitter sur ordre du général Twiggs, qui passa dans le camp confédéré), les futurs États confédérés étaient pratiquement dépourvus de toute concentrations de troupes fédérales. Charleston faisait figure de notable exception, toutes proportions gardées. Le cœur économique et culturel de la Caroline du Sud était en effet un port majeur sur l’océan Atlantique, et le principal point de départ pour l’exportation du coton récolté dans cet État.

Les Américains avaient cherché à fortifier Charleston dès la guerre d’Indépendance, ce qui n’empêcha pas, du reste, les Britanniques de s’en emparer. Une fois la paix revenue, la ville allait devenir l’un des points d’appui majeurs du système de fortifications côtières du pays. Deux forts, baptisés Moultrie et Johnson, furent établis aux entrées nord et sud de la rade, respectivement, tandis que le port proprement dit fut protégé par un troisième, le château Pinckney.

Toutefois, la guerre de 1812 et le bombardement de Baltimore par la marine britannique en septembre 1814, démontrèrent que face aux progrès techniques et à la portée accrue de l’artillerie navale, cette disposition était insuffisante pour protéger efficacement les ports à défendre. À Charleston, il fut donc décidé de bâtir un nouveau fort plus près de l’entrée de la rade, sur une île artificielle créée à partir d’un banc de sable. Baptisé Sumter en l’honneur d’un héros de la guerre d’Indépendance, le général Thomas Sumter, sa construction débuta en 1827.

Anderson-Robert-002Ambitieux sur le plan technique, le fort Sumter représentait en outre un lourd investissement financier que les budgets étriqués alors alloués au secrétariat à la Guerre ne permirent de payer que très lentement, si bien que les travaux traînèrent en longueur et qu’en 1860, le fort était toujours inachevé. Ce pentagone de briques et de pierre de taille, long d’une soixantaine de mètres et haut de dix-huit, était théoriquement conçu pour accueillir une garnison de 650 hommes servant 135 canons. Toutefois, en décembre 1860, il était inoccupé et moins de la moitié des pièces d’artillerie étaient en place.

Comparativement à d’autres installations fédérales dans le Sud, qui n’étaient parfois gardées que par un simple concierge, Charleston était plutôt bien pourvue en troupes fédérales – relativement. Y étaient stationnées deux compagnies du 1er régiment d’artillerie, la E et la H, respectivement commandées par les capitaines Abner Doubleday et Truman Seymour ; en tout, 6 officiers et 68 sous-officiers et soldats, les deux unités étant en sévère sous-effectif. Un détachement du génie, sous le capitaine John Foster, était également présent, avec deux autres officiers et plusieurs centaines d’ouvriers civils sous contrat. Toutefois, la plupart d’entre eux étaient sécessionnistes et seuls 43 choisiront d’aider la garnison. Enfin, il convient d’y ajouter les 8 hommes de la… fanfare du 1er régiment d’artillerie, pour un total de 128 hommes.

Cette force était initialement commandée par le colonel John Gardner. Toutefois, dans les semaines qui suivirent l’élection de Lincoln, le secrétaire à la Guerre de l’administration Buchanan, John Floyd, partisan de la sécession, s’efforça de noyauter les installations militaires du Sud. En plaçant des officiers sudistes à leur tête, il espérait ainsi en faciliter la prise de contrôle par les sécessionnistes. Il confia ainsi le commandement de la garnison de Charleston à un soldat originaire du Kentucky, le major Robert Anderson, qui arriva sur place le 21 novembre 1860. Malheureusement pour Floyd, Anderson allait se révéler d’une loyauté indéfectible à l’Union.

La tension monteDoubledayo

Lorsque la Caroline du Sud fit sécession le 20 décembre, Anderson et sa troupe hétéroclite occupaient le fort Moultrie. Il était vétuste et mal entretenu. Floyd avait donné l’ordre de le mettre en état de défense, toujours avec l’arrière-pensée que les troupes sécessionnistes pourraient ensuite s’emparer sans coup férir d’un fort remis gratuitement en état. Anderson convint toutefois rapidement que le fort Moultrie était indéfendable : selon Doubleday, « le sable s’était accumulé contre les murs, si bien que des vaches auraient pu les escalader », et les maisons construites alentours offraient à d’éventuels assaillants des postes de tir surplombant le fort.

Anderson prépara donc son évacuation dans le plus grand secret, ne mettant ses officiers dans la confidence qu’au tout dernier moment. Le 26 décembre, les soldats fédéraux enclouèrent les canons du fort Moultrie, puis embarquèrent dans les quelques bateaux que le détachement du génie utilisait pour déplacer ses équipes d’ouvriers, et parvinrent à rallier le fort Sumter sans opposition, ayant pris la milice de Charleston au dépourvu. Ainsi positionnés, ils étaient à l’abri de tout coup de main hostile.

Ce mouvement suscita la colère des Caroliniens, qui exigèrent sans succès qu’Anderson et ses hommes regagnent le fort Moultrie. À défaut, miliciens et volontaires furent mobilisés pour organiser le blocus du fort Sumter, blocus dont l’efficacité et la détermination furent très vite démontrées par l’incident du Star of the West le 8 janvier 1861. Le problème des vivres allait donc se poser tôt ou tard : les défenseurs avaient quelques mois d’avance, mais les stocks ne permettraient pas de tenir au-delà du mois d’avril.

Plus préoccupante était la question des munitions en cas d’attaque ennemie. Le capitaine Seymour et ses hommes avaient tenté d’en récupérer à l’arsenal situé dans le port de Charleston, mais un attroupement de sympathisants sécessionnistes avait fait échouer ce plan et les soldats avaient dû rebrousser chemin pour éviter une émeute. On fit fabriquer des gargousses – charges de poudre pré-dosées – supplémentaires avec les couvertures et les uniformes de rechange, mais ces réserves ne permettraient probablement pas de maintenir un feu soutenu durant plus de quelques heures.

John_G._Foster_-_Brady-HandyLes Fédéraux firent aussi de leur mieux pour mettre le fort inachevé en état de défense. Le rapport rédigé en octobre 1861 par le capitaine Foster, une fois rapatrié dans le Nord, consigne minutieusement ces travaux. Avec le récit de Doubleday, c’est la principale source de première main sur la crise du fort Sumter. Leur examen croisé est riche d’enseignements, notamment sur la rivalité manifeste entre l’artillerie et le génie : pendant que Foster (qui ne dépendait pas formellement du commandement d’Anderson, mais répondait directement au secrétaire à la Guerre) s’applique à démontrer l’efficacité de son travail, le capitaine d’artillerie Doubleday estime pour sa part que Foster « avait mal évalué la situation globale » quant à la gravité de la crise.

Début avril, les défenseurs du fort avaient à leur disposition 53 canons lourds et 700 gargousses, mais le faible nombre de servants ne leur permettrait pas d’employer plus d’une dizaine de pièces à la fois. De leur côté, les Caroliniens avaient été renforcés par des éléments venus des quatre coins de la Confédération. Le président Davis avait confié le commandement de ces troupes à un Cajun (un Louisianais d’ascendance francophone), Pierre Beauregard. Ironie du sort, Beauregard avait servi durant 23 ans dans l’armée fédérale, dont plusieurs années sous les ordres de Robert Anderson, si bien que les deux hommes étaient devenus amis. Le général confédéré avait sous ses ordres, en tout, environ 6.000 hommes et une cinquantaine de canons et mortiers lourds.

Le 6 avril, les navires de l’expédition de secours destinée à ravitailler le fort Sumter appareillèrent des ports nordistes. Quatre jours plus tard, l’intendance du fort distribua aux soldats ses dernières rations de pain. Il ne restait alors plus que trois jours de riz, après quoi la garnison devrait se contenter de lard et d’eau, seules denrées comestibles encore présentes dans le fort, mais qui ne permettraient pas de tenir bien davantage.
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Carte de la rade de Charleston en 1861. Document légendé par l'auteur, à partir d'une carte parue dans le journal nordiste Harper's Weekly du 27 avril 1861.

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