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Guerre de Sécession : la bataille pour le fort Sumter (3/4)

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Dans l’après-midi du 11 avril 1861, trois officiers sudistes se présentèrent avec un drapeau blanc à l’entrée du fort Sumter. Menée par le colonel Chesnut, dont l’épouse Mary allait se rendre célèbre après la publication de son journal de guerre, la délégation amenait au major Anderson l’ultimatum par lequel, conformément aux ordres du gouvernement confédéré, le général Beauregard exigeait la reddition du fort. L’ultime compte à rebours avant le déclenchement de la guerre de Sécession venait de commencer.


La guerre commence

Après une brève et formelle consultation de ses officiers, Anderson répondit par la négative. En retour, Beauregard ordonna à ses artilleurs de se préparer à ouvrir le feu contre le fort Sumter, préparations qui occupèrent les heures suivantes. Vers une heure du matin, le 12 avril, les trois officiers confédérés, accompagnés cette fois d’un civil, revinrent une dernière fois demander à Anderson s’il souhaitait se rendre et si oui, quelles étaient ses conditions. À en croire le capitaine Foster, le major rétorqua simplement qu’il « attendrait le premier coup de canon, et s’il n’était pas réduit en pièces, serait de toute façon affamé d’ici quelques jours ».

À la suite de ce second refus, les délégués sudistes quittèrent le fort pour de bon, à 3h20, en indiquant aux défenseurs que leurs batteries ouvriraient le feu dans l’heure qui suivrait. À 4h30, la batterie de mortiers installée près du fort Johnson tira un obus dont la fusée avait été délibérément réglée pour une distance trop courte : explosant au-dessus du fort, le projectile servit de signal à la douzaine d’autres batteries affectées à l’opération, qui ne tardèrent pas à se déchaîner à leur tour.

Ainsi qu’elle l’écrira plus tard dans son journal avec beaucoup de vivacité, Mary Chesnut fut réveillée par le bruit des tirs et tomba à genoux, en prière, avant de se précipiter dans la rue pour assister au bombardement. Nombre de ses concitoyens l’imitèrent. Les lueurs jaillissant des bouches à feu, le bruit des explosions et des coups de départ, les trajectoires illuminées des projectiles, donnaient aux habitants de Charleston un singulier son et lumière auquel ils assistaient depuis les quais du port. Ce dernier, situé à quatre kilomètres environ du fort Sumter, offrait une vue imprenable sur le spectacle guerrier qui s’y jouait.
10inSeacoastMortarsLe feu confédéré suivait en fait un plan de tir rigoureusement conçu par Beauregard. Ce dernier craignait en effet, lui aussi, de manquer de munitions – il estimait que ses réserves de poudre n’autorisaient que 48 heures de bombardement. Ainsi, les canons confédérés tirèrent chacun leur tour, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, à deux minutes d’intervalle. Comme le remarquera Beauregard dans ses différents rapports au secrétariat confédéré à la Guerre, ce plan de feu sera exécuté avec beaucoup de discipline par ses artilleurs.

Le crédit du premier coup de canon fait l’objet d’une controverse durable. S’il est certain que le signal a été donné par le mortier côtier de 10 pouces du lieutenant Henry Farley, il n’en est pas de même du premier tir visant effectivement le fort Sumter. On l’attribue généralement, sans qu’il y ait de certitude à ce sujet, à un militant sécessionniste radical de Virginie, Edmund Ruffin, qui avait fait le déplacement tout exprès pour assister à l’ouverture des hostilités.

Dans les entrailles du fort Sumter

De son côté, Anderson retarda autant que possible l’ouverture du feu par ses propres canons, essentiellement pour économiser ses munitions. Ce n’est qu’après avoir pris un frugal petit déjeuner que ses hommes gagnèrent leurs pièces et commencèrent à riposter, vers 7 heures. Leur tir fut largement inefficace : d’après Foster, son effet se limita à endommager temporairement un canon ennemi, blesser un servant, et toucher à trois reprises le drapeau du fort Moultrie.

Columbiad_at_Fort_DonelsonLe feu confédéré ne fut guère meilleur durant les premières heures du bombardement, les coups de plein fouet des canons n’endommageant guère la maçonnerie du fort Sumter. En revanche, le tir vertical des mortiers sudistes s’avéra bien plus précis, déclenchant notamment trois débuts d’incendie que la garnison nordiste parvint à maîtriser – notamment parce que les projectiles ennemis avaient crevé les citernes d’eau installées dans les combles, inondant les bâtiments. Les obus de mortier, dont la trajectoire courbe passait par-dessus les murs de la forteresse, s’abattaient sur les parties vulnérables du fort, en particulier les baraquements prévus pour héberger les soldats.

Pour cette raison, les canons installés en barbette, c’est-à-dire en haut des murs, devinrent rapidement intenables. Le major Anderson, soucieux de ménager un effectif déjà étriqué en limitant les pertes humaines, consentit à y envoyer une équipe d’artilleurs ; mais l’intensité du bombardement la faisant œuvrer dans la précipitation, celle-ci commit une erreur qui mit deux canons hors de combat et conduisit le commandant nordiste à rappeler ses hommes. L’abandon de la barbette privait le fort Sumter de ses meilleures armes, car les canons installés plus bas, en casemate, étaient certes à l’abri derrières les épais murs du fort, mais n’avaient qu’une portée limitée, étant obligés de tirer pour ainsi dire au ras de l’eau.

attack-fort-sumterPendant ce temps, l’expédition de secours approchait de Charleston et, en début d’après-midi, tant les assaillants que les défenseurs du fort repérèrent trois navires à l’entrée de la rade. Malheureusement pour la garnison du fort Sumter, les conditions météorologiques se dégradaient rapidement et le mauvais temps empêcha la flottille de l’Union de tenter de s’approcher du fort. Dans le même temps, la réserve de munitions à la disposition des artilleurs se réduisait déjà fortement. Anderson fut contraint de limiter à six le nombre de canons employés, réduisant d’autant l’efficacité déjà limitée de sa riposte.

Une fois la nuit tombée, de violentes averses s’abattirent sur la rade de Charleston, offrant un répit aux défenseurs du fort Sumter en limitant les risques d’incendie. Les confédérés réduisirent le rythme de leur bombardement à quatre tirs par heure, tandis que les canons de l’Union se turent presque totalement. L’infanterie sudiste, quant à elle, subit stoïquement les effets de la pluie en attendant de pied ferme un débarquement ennemi qui ne viendrait jamais. D’après Beauregard, ces soldats s’occupèrent en regardant le bombardement du fort, en acclamant très « sportivement » les défenseurs à chaque fois que leurs canons donnaient de la voix tout en fustigeant les équipages de la flotte pour leur incapacité à intervenir.

Dénouement à Charleston

Le bombardement reprit à l’aube du 13 avril, cette fois avec plus d’intensité : confronté à la présence de la flotte fédérale, Beauregard voulait en finir, même si la météo jouait en sa faveur. La violence du tir confédéré – désormais presque systématiquement mené à boulets rouges – ne tarda pas à faire sentir ses effets. Un employé civil du génie fut blessé dans la cour du fort, et quatre artilleurs furent légèrement atteints par un coup ayant touché l’embrasure de leur casemate.

C’est toutefois sur le plan matériel que la situation devint préoccupante. Leurs toits dépassant légèrement la hauteur des murs d’enceinte, les cantonnements étaient particulièrement exposés et vers 9 heures, un projectile sudiste mit le feu au quartier des officiers. Pour combattre ce nouvel incendie, il aurait fallu monter en barbette, chose impossible sous les tirs ennemis. Aidé par un vent violent, le feu se communiqua rapidement aux autres casernements, malgré les efforts de la garnison pour en empêcher la propagation aux étages inférieurs. Au bout de trois heures, tous les logements étaient en flammes.

L’incendie eut de fâcheuses conséquences sur le stock de munitions des défenseurs. En progressant, les flammes s’approchèrent dangereusement de la poudrière principale du fort, obligeant les défenseurs à en fermer la porte et à la sceller avec des sacs de sable. Quelques dizaines de barils de poudre avaient pu en être retirés auparavant, mais la plupart durent être jetés à la mer lorsque l’incendie menaça la pièce où ils avaient été déplacés. À midi, le rythme des tirs nordistes s’était réduit à un coup toutes les dix minutes, tandis qu’une des réserves d’obus était atteinte à son tour par l’incendie et explosait.

LTWigfallLes éclats et les braises, propagés par le vent et les déflagrations, étaient en train de transformer le fort Sumter en un véritable enfer. Vers 13 heures, la hampe du drapeau, déjà atteinte à plusieurs reprises, fut abattue. Croyant à une reddition, les Confédérés suspendirent aussitôt leur bombardement, pour le reprendre quelques minutes plus tard lorsque le drapeau de l’Union fut à nouveau hissé sur un mât de fortune. Malgré cette ultime bravade, il était clair pour les assaillants, compte tenu de l’épaisse fumée qui s’en dégageait et du faible rythme de sa riposte, que la situation du fort Sumter était maintenant désespérée.

Le général Beauregard détacha donc un autre de ses aides de camp, l’ancien sénateur du Texas Louis Wigfall, et lui ordonna d’aller renouveler sa demande de reddition. Une fois transporté à Sumter en barque, Wigfall assura à Anderson que la capitulation du fort serait acceptée quelles que soient les conditions qu’il demanderait. Le major nordiste accepta donc, aux conditions déjà proposées par Beauregard dans son ultimatum du 11 avril : évacuation du fort par sa garnison avec armes et bagages, autorisation de tirer un salut au drapeau de cent coups de canon avant de quitter le fort et transport vers un port nordiste. Peu après 14 heures, le drapeau blanc de fortune que Wigfall avait amené avec lui fut hissé. La bataille du fort Sumter était terminée.

Fort_sumter_1861En dépit de sa violence (plus de 3.000 projectiles avaient été tirés), cet engagement aux accents surréalistes n’avait fait qu’une poignée de blessés légers. L’ironie voulut que ce fût seulement après la fin du combat que la guerre de Sécession fit ses premiers morts. Le salut au drapeau demandé par Anderson fut exécuté l’après-midi même, dans des conditions précaires – de fait, le fort était toujours plus ou moins en feu et les divers incendies ne seraient complètement maîtrisés que plusieurs jours après. Des brandons portés par le vent provoquèrent l’explosion prématurée d’une gargousse pendant qu’on rechargeait le canon. La détonation se propagea aux charges entreposées à proximité, tuant un artilleur nordiste et en blessant cinq autres, dont un mortellement.

Le premier tué de la guerre de Sécession, le soldat Daniel Hough, fut enterré le lendemain par les Confédérés dans la cour du fort, avec les honneurs militaires. Ses camarades, pendant ce temps, furent transférés du navire où ils avaient passé la nuit vers un autre qui les ramena à New York. Ils y furent accueillis en héros, le 17 avril. Des années plus tard, Doubleday se rappellerait encore : « Quand nous achetions quoi que ce fût, les marchands refusaient généralement d’être payés. » Au Nord comme au Sud, la guerre civile avait débuté dans la liesse.

A suivre...

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