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Guerre de Sécession : la bataille pour le fort Sumter (4/4)

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Avec le bombardement et la capitulation du fort Sumter, la crise de la Sécession prenait fin – la guerre de Sécession, elle, commençait. Les circonstances de ce premier combat ne laissaient guère présager les atrocités de la guerre à venir : une reddition avec les honneurs de la guerre, digne de la « guerre réglée » des siècles passés ; des combats n’ayant fait que quelques blessés, menés par des officiers soucieux de limiter les pertes humaines ; et si deux morts il y eut, ce fut juste par… accident. Si les conséquences à long terme étaient encore bien floues pour les contemporains, les résultats immédiats de l’engagement étaient faciles à anticiper.


 

Réaction en chaîne

L’acte de guerre que représentait le bombardement du fort Sumter ne laissait guère le choix au président Lincoln. L’armée fédérale avait été attaquée, la riposte ne pouvait donc qu’être militaire. Comme ses prérogatives en matière de défense l’y autorisaient, il décréta la formation, le 15 avril, d’une armée de volontaires pour réduire la rébellion. Ces forces devaient être fournies par les États de l’Union, suivant des quotas déterminés. En tout, elles devaient être composées de 75.000 hommes répartis en 94 régiments. Ce service armé était limité à 90 jours, durée naïvement jugée suffisante pour mener le conflit à son terme.

La participation de chaque État avait été calculée afin de solliciter aussi peu que possible les huit États esclavagistes qui n’avaient pas quitté l’Union, dans l’espoir de ne pas les pousser dans le camp sudiste. Cette stratégie échoua : hormis le minuscule Delaware, qui n’avait qu’un seul régiment à fournir et ne comptait que quelques centaines de propriétaires d’esclaves, tous les autres refusèrent violemment de prendre les armes contre leurs concitoyens.

JohnLetcherLa Virginie fut la première à montrer l’exemple. Dès le 17 avril, elle vota la sécession. Son gouverneur John Letcher avait beaucoup œuvré pour dissuader les États du Haut Sud de faire sécession, mais il estimait illégal le recours à la force contre les États Confédérés et se trouvait bien décidé à faire respecter la souveraineté de son État. Il mobilisa la milice virginienne et lui fit occuper les arsenaux fédéraux de Harper’s Ferry et Norfolk. En signe de reconnaissance pour ce geste, le gouvernement confédéré décida, le 6 mai, de s’installer à Richmond, capitale de la Virginie, à 160 kilomètres seulement de Washington.

La réaction virginienne poussa les autres États esclavagistes à faire de même. L’Arkansas fit sécession le 6 mai, et la Caroline du Nord le 20. Le Tennessee était divisé, l’est de l’État, montagneux et pratiquement dépourvu d’esclaves, étant fortement attaché à l’Union. Son gouverneur Isham Harris contourna le problème en signant une alliance militaire avec la Confédération, avant qu’un référendum populaire ne tranche en faveur de la sécession, qui devint effective le 8 juin.

Le dilemme des États-frontière

La situation fut plus confuse dans les autres États. Celle du Maryland était particulièrement cruciale : l’État, de par sa position géographique, isolait la capitale fédérale Washington du reste du territoire nordiste. La sécession y était très populaire, en particulier à Baltimore, la plus grande ville de l’État. Le gouverneur Thomas Hicks s’efforça dans un premier temps d’en préserver la neutralité, mais ses demandes répétées pour empêcher les troupes fédérales de transiter par son territoire poussèrent le gouvernement nordiste à faire occuper militairement le Maryland, courant mai. L’instauration de la loi martiale empêcha la législature de l’État de voter la sécession.

395px-Beriah_Magoffin_-_Brady-HandySous l’égide de son gouverneur Beriah Magoffin, le Kentucky opta pour une stricte neutralité et mobilisa sa milice pour la faire respecter. Profondément sudiste, Magoffin répondit à l’appel de Lincoln du 15 avril « Je n’enverrai ni un homme, ni un dollar pour contribuer à l’infâme dessein de soumettre mes frères du Sud ». La neutralité du Kentucky fut assez rapidement violée, d’abord par l’établissement d’un camp d’entraînement nordiste aux premiers jours de l’été, puis par l’occupation de la ville de Columbus par les Sudistes le 4 septembre. Ce dernier élément poussa la législature de l’État à se ranger dans le camp de l’Union, ce que Magoffin ne put empêcher.

Le Missouri, enfin, connut une situation similaire, avec un gouverneur favorable à la sécession (Claiborne Jackson) et une législature qui y était plutôt hostile. Néanmoins, la population y était très divisée sur la question, et la proximité, tant dans le temps que dans l’espace, des troubles du « Kansas sanglant » (la controverse, teintée de violence, qui avait entouré le statut de l’esclavage dans le futur État du Kansas) y avait exacerbé les tensions.
Celles-ci débouchèrent sur une véritable guerre civile à l’intérieur même de l’État après qu’un imbroglio autour de l’arsenal fédéral de St-Louis eût amené les troupes fédérales à arrêter des miliciens missouriens. L’émeute qui s’ensuivit poussa le gouverneur Jackson à se rapprocher de la Confédération, et les forces nordistes à envahir l’État. Chassé manu militari de la capitale, Jefferson City, Jackson appela les troupes sudistes à l’aide, tandis que les unionistes du Missouri le rangèrent formellement dans le camp nordiste.

Claiborne_fox_jacksonCes deux derniers États rejoignirent pourtant la Confédération, par le biais de législatures « croupion », constituées de délégués sécessionnistes en exil. Le Missouri fit ainsi « sécession » le 31 octobre 1861 et le Kentucky le 20 novembre. Aucunes de ces législatures dissidentes n’exerça jamais de contrôle significatif sur le territoire de leurs États, et bien que la Confédération les considérât officiellement comme ses membres (d’où le fait que le drapeau sudiste compta in fine 13 étoiles), leurs sécessions respectives ne furent jamais tenues pour valides – les délégués sécessionnistes étant initialement minoritaires dans les deux cas.

Funeste enthousiasme

Si la réaction des États esclavagistes, avec la sécession de quatre d’entre eux et l’attitude ambiguë de trois autres, donna quelques nuits de cauchemars à Lincoln, celle des États libres dut fortement le soulager. L’agression sudiste contre le fort Sumter avait ressoudé derrière lui ce qui restait de l’Union, et le président et son cabinet furent habiles à exploiter cette situation inespérée.

Fort_Sumter_storm_flag_1861Le major (et bientôt brigadier-général) Anderson et ses officiers furent largement mis à contribution dans des meetings destinés à exciter l’ardeur patriotique des foules et à susciter le volontariat chez les hommes en âge de porter les armes. De telles réunions servirent aussi à lever des fonds, en vendant aux enchères le drapeau, passablement déchiquetés par les obus sudistes, du fort Sumter. Il était bien sûr entendu que l’acheteur, en bon patriote, se devait de redonner aussitôt son bien à peine acquis au gouvernement, afin que la précieuse relique puisse être revendue dans une autre ville.

Le recrutement des volontaires dépassa toutes les espérances. Il y avait tout simplement trop d’engagés. La Pennsylvanie, qui devait fournir initialement 16 régiments, vit rapidement son quota ramené à 14 par Cameron, mais en envoya pratiquement le double. Le gouverneur de l’Ohio, William Dennison, qui devait fournir 13 régiments, annonça rapidement que compte tenu du nombre de volontaires, il ne saurait en armer moins de 20. Même le plus petit État de l’Union, le Rhode Island, recruta quatre régiments au lieu d’un seul.

497px-William_Dennison_JrL’enthousiasme pour la « suppression de la rébellion » ne se limita pas à cela. Non sollicité de par son statut particulier, le District de Columbia (le minuscule territoire, administré directement par le gouvernement fédéral, qui abrite Washington) recruta six régiments de volontaires. Quant au Kansas, récemment intégré à l’Union et encore largement sous-peuplé, il parvint néanmoins à mettre sur pied un petit régiment de 650 hommes. Enfin, en dépit de la neutralité de leur État, plus de 10.000 Missouriens constituèrent des unités de volontaires de leur propre chef.

Tant et si bien qu’en tout, malgré la sécession ou la neutralité de sept États, ce premier effort de recrutement nordiste porta les effectifs de l’armée des volontaires à près de 92.000 hommes. C’était théoriquement assez pour combattre les armées rebelles : les Confédérés avaient mis sur pied une force comptant théoriquement 100.000 hommes, mais beaucoup étaient dispersés à travers tout le territoire sudiste. Toutefois, c’étaient là des chiffres impressionnants sur le papier. Dans les faits, il faudrait plusieurs semaines pour en faire un semblant d’armées organisées, d’une valeur militaire encore douteuse.
Au final, les deux camps bénéficièrent à court terme de la bataille du fort Sumter. Le Nord, scandalisé par l’attaque sudiste, avait fait corps derrière un gouvernement qui, jusque-là, était loin de faire l’unanimité, même si cet enthousiasme n’allait pas tarder à s’émousser. La Confédération, pour sa part, y avait gagné quatre États et reculé ses frontières de plusieurs centaines de kilomètres vers le nord, une profondeur stratégique qui retarderait d’autant l’invasion nordiste.

Toutefois, à long terme, ce fut bien le Sud qui fut perdant, et l’avertissement lancé par Robert Toombs à Jefferson Davis au moment de prendre la décision d’attaquer le fort Sumter allait s’avérer pétri de clairvoyance. Au printemps 1861, l’issue du conflit était cependant loin d’être évidente. La lutte pour les États-frontière, qui allait occuper l’essentiel des mois à venir, serait à ce titre décisive.
cartejuin1861

La situation en juin 1861. Marron : États ayant fait sécession avant le début de la guerre. Rouge : États ayant fait sécession après l'appel aux volontaires du 15 avril 1861. Jaune : États "neutres", ayant refusé d'envoyer des troupes au gouvernement fédéral mais sans faire sécession. Bleu : États restés fidèles à l'Union.


Sources

La guerre de Sécession de John Keegan, récemment paru chez Perrin, donne un bon aperçu de ce que furent les premières semaines de la guerre. Si l’on veut une vision plus détaillée, on se reportera aux ouvrages du même titre, plus anciens, de Bruce Catton et James McPherson.
Pour ce qui est des documents de première main, le site The American Civil Home Page est une véritable mine d’or, bien qu’il faille lire l’anglais pour pouvoir en profiter. On y trouvera ainsi :
Le récit du capitaine Abner Doubleday sur le prélude à la bataille du fort Sumter et le combat lui-même.
Le rapport détaillé du capitaine John Foster sur le bombardement du fort.
La correspondance du major Robert Anderson.
La correspondance du général Pierre Beauregard.
La page d’ensemble sur le fort Sumter, qui contient d’autres documents.
L’appel aux volontaires du 15 avril 1861 par Lincoln.
Par ailleurs, on se référera aux sources suivantes (toujours en anglais) pour divers autres éléments :
Documents au sujet du prétendu « complot de Baltimore » contre Lincoln.
Les membres du gouvernement confédéré.
Reproductions du journal nordiste illustré Harper's Weekly du 27 avril 1861, sur l'attaque du fort Sumter et le début de la guerre.

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